Il y a des publications qui semblent, au premier regard, purement institutionnelles. Et puis, il y a celles qui, pour qui sait lire entre les lignes, révèlent une réalité plus intéressante : là où les professionnels se réunissent, l’économie du tourisme se décide. C’est précisément ce que laisse entrevoir le message publié par Hamida Rezeg, vice-présidente de la Région Île-de-France en charge du Tourisme auprès de Valérie Pécresse, annonçant la mobilisation autour du congrès international des Entreprises du Voyage, prévu les 4, 5 et 6 mai prochains à Disneyland Paris.

Pour un lecteur tunisien, la question n’est pas seulement de savoir qu’un congrès aura lieu en France. La question est plutôt la suivante : que représente réellement ce type de rendez-vous dans la mécanique du tourisme mondial, et qu’est-ce que cela raconte sur les opportunités, mais aussi sur les exigences, auxquelles une destination comme la Tunisie doit répondre si elle veut gagner en parts de marché et en valeur.

Un congrès de la profession n’est pas une vitrine. C’est un carrefour. Là se rencontrent les distributeurs, les tour-opérateurs, les groupes hôteliers, les plateformes, les compagnies de transport, les institutions, les marques territoriales. C’est là que se tissent des accords de visibilité, que se négocient des programmations, que se testent des offres, que se nouent des partenariats. En clair, c’est là que se décide, parfois en quelques échanges, ce qui deviendra ensuite une page de catalogue, une campagne, une offre packagée, et finalement des milliers de réservations.

Dans ce contexte, l’intérêt tunisien est évident. La France reste un marché structurant, à fort volume, mais aussi un marché exigeant. On y achète un séjour, certes, mais on achète surtout une promesse. Une promesse de fluidité, de service, de sécurité opérationnelle, d’expérience. Une destination ne se vend pas seulement parce qu’elle est belle, elle se vend parce qu’elle est fiable. Et c’est là que ce type d’événement devient stratégique : il met face à face ceux qui fabriquent l’offre et ceux qui la vendent, ceux qui promettent et ceux qui livrent.

La Tunisie a longtemps été associée, dans l’imaginaire de certaines clientèles, à l’équation du bon plan. Ce positionnement a ses vertus, mais il a aussi ses limites. Car l’ère actuelle récompense moins le prix que la valeur perçue. Le tourisme qui résiste le mieux n’est pas celui qui brade, mais celui qui segmente, qui raconte, qui sécurise, qui fidélise. Et c’est précisément dans ces cercles professionnels que se construit ce changement. Les destinations qui gagnent sont celles qui savent proposer des produits lisibles, des expériences claires, des parcours maîtrisés, des partenaires solides.

Cela renvoie à une question très concrète : quels segments la Tunisie veut-elle réellement capter sur le marché français et européen. Les familles, oui, mais aussi les courts séjours, les escapades culturelles, le bien-être, la thalasso, le désert encadré, le haut de gamme, le voyage d’expérience, le bleisure et le MICE. Chaque segment a ses codes, ses attentes et ses canaux. Chaque segment exige un discours, une offre packagée, une logistique. Une destination ne progresse pas en se rendant “visible” de manière vague, mais en devenant vendable de manière précise.

Le message d’Hamida Rezeg apporte, au passage, une leçon silencieuse qui vaut de l’or pour les destinations qui veulent monter en gamme : l’expérience commence dès l’arrivée. La Région Île-de-France insiste sur l’accueil, l’information et l’orientation des visiteurs dès les aéroports parisiens, à travers une coopération avec les acteurs du transport et des hubs internationaux. Ce détail n’en est pas un. Dans le tourisme moderne, les premières minutes comptent autant que les dernières. Une signalétique claire, une information accessible, des parcours fluides, une assistance efficace sont devenus des standards. Pour la Tunisie, l’enjeu est limpide : un séjour peut être réussi dans l’hôtel et gâché au premier contact, ou l’inverse. Le tourisme n’est pas une addition de services, c’est une chaîne, et la chaîne ne vaut que par son maillon le plus fragile.

Autre enseignement : le couple “points d’information” et services numériques structure une destination. La Région évoque un réseau de douze points d’information touristiques permanents, complété par des services digitaux. Cette logique hybride a un avantage puissant : elle réduit l’incertitude du visiteur. Or l’incertitude est l’ennemie du voyage. Lorsque l’information est fragmentée, quand les parcours sont flous, quand l’assistance dépend du hasard, la destination perd en confiance et donc en conversion. À l’inverse, quand l’expérience est guidée, la satisfaction monte, les avis suivent, et la vente devient plus naturelle.

Dès lors, l’opportunité tunisienne n’est pas seulement de “participer” à des cercles professionnels. L’opportunité est de s’y présenter avec une stratégie claire. Une offre prête à être vendue. Des partenaires alignés. Des produits packagés. Des engagements de qualité. Un dispositif de suivi. Sans cela, on récolte des photos et des cartes de visite. Avec cela, on récolte des accords, des mises en avant, des opérations de co-marketing, et une programmation qui pèse sur une saison.

C’est ici que la figure d’Hamida Rezeg prend tout son sens pour un lectorat tunisien. Au-delà d’une publication, elle incarne une forme d’influence économique, celle de la diaspora qui occupe des fonctions où se croisent attractivité, tourisme et image internationale. Dans un secteur où les réseaux comptent, où la crédibilité se construit, où la stratégie de destination devient une science, voir une personnalité d’origine tunisienne à ce niveau rappelle une réalité simple : le tourisme n’est pas seulement un soleil et des plages, c’est une industrie, et l’industrie se gagne par l’organisation, la confiance et la constance.

La Tunisie a, dans ses atouts, tout ce qu’il faut pour séduire. Mais séduire ne suffit plus. Il faut convaincre durablement. Et dans la nouvelle économie du voyage, convaincre, c’est livrer une expérience cohérente du premier pas jusqu’au dernier, sans froisser la promesse faite au client. C’est peut-être la plus grande leçon que ces grands rendez-vous professionnels, et les stratégies territoriales qu’ils révèlent, peuvent inspirer.