Eramet a annoncé cette semaine la suspension de la production de sa mine de sables minéralisés au Sénégal, exploitée par sa filiale Eramet Grande Côte (EGC), à la suite d’un incendie survenu le 22 février sur l’unité de concentration humide, étape initiale du procédé où les minéraux lourds sont séparés du sable extrait. Le groupe a indiqué qu’il actualiserait ses prévisions de production pour 2026 lorsque l’impact de l’incident pourra être précisément évalué.

L’incident, maîtrisé le jour même et sans faire de victime, a affecté la première phase du traitement. Selon le groupe, les installations situées en aval ainsi que l’usine de séparation implantée à une dizaine de kilomètres n’ont pas été touchées. Néanmoins, l’indisponibilité de cette unité amont suffit à interrompre l’ensemble du processus industriel. Le site sera totalement arrêté à la fin du mois de mars 2026, pour une durée qui reste indéterminée à ce stade.

Des investigations techniques sont en cours afin d’identifier les causes du sinistre et d’évaluer l’état des équipements. Dans l’intervalle, Eramet a activé les clauses de force majeure prévues dans ses contrats commerciaux.

Le poids du Sénégal dans le portefeuille d’Eramet

L’activité sénégalaise d’Eramet porte sur l’exploitation de sables minéralisés contenant principalement de l’ilménite et du zircon, utilisés dans la fabrication de pigments pour peintures, de revêtements, de céramiques ou encore dans certaines applications industrielles spécialisées.

À l’échelle du groupe, ce segment reste minoritaire en volume d’affaires, mais il n’est pas marginal. En 2025, l’activité « Sables minéralisés » a généré 241 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit environ 8% des revenus ajustés d’Eramet, établis à 3,155 milliards d’euros. L’EBITDA du segment s’est élevé à 78 millions d’euros, en baisse de 35% en glissement annuel.

Le site sénégalais constitue l’actif central de cette activité. En 2025, la production a atteint 983 000 tonnes de concentrés, un niveau record en hausse de 11 % sur un an. Pour 2026, le groupe anticipait encore une production supérieure à 900 000 tonnes.

Le secteur évolue toutefois dans un environnement de prix plus contraint. En 2025, les marchés du zircon et de l’ilménite sont restés excédentaires, ce qui a pesé sur les cours. Eramet a enregistré une dépréciation d’actifs de 171 millions d’euros sur cette activité, liée à une révision des perspectives de prix de long terme.

Un groupe en phase d’ajustement

La suspension de l’opération sénégalaise intervient alors qu’Eramet sort d’un exercice 2025 marqué par un net repli de ses performances. En 2025, le chiffre d’affaires ajusté du groupe a reculé de 7%, tandis que l’EBITDA ajusté a chuté de 54%, à 372 millions d’euros. Le résultat net part du groupe s’est établi à -477 millions d’euros et l’endettement net a progressé à 1,9 milliard d’euros à fin décembre.

Cela s’explique notamment par la baisse des prix sur plusieurs matières premières, des contraintes opérationnelles et des charges accrues, y compris la dépréciation sur les sables minéralisés. Face à ces tensions, la direction a engagé un programme d’amélioration de la performance, centré sur la réduction des coûts, l’optimisation des investissements et le renforcement de la génération de trésorerie.

Dans cette configuration, les actifs africains jouent un rôle central. En dehors du Sénégal et ses opérations de sables minéralisés, Eramet contrôle au Gabon Comilog, premier producteur mondial de minerai de manganèse à haute teneur, qui constitue le principal pilier du groupe en termes de volumes et de chiffre d’affaires. Le portefeuille du groupe inclut également en Indonésie une participation stratégique dans la mine de nickel de Weda Bay.