Le 15 octobre 2025 en marge des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Washington, la ministre égyptienne de la Planification, Rania Al-Mashat, a annoncé que son pays souhaite finaliser un accord d’échange de dette (debt swap) avec ses partenaires européens d’ici à la fin de l’année.
Selon elle, l’objectif est de « créer davantage d’espace budgétaire et de montrer que nos objectifs nationaux sont collectivement alignés sur les objectifs internationaux ». Autrement dit, le pays des pharaons espère desserrer l’étau sur ses finances publiques en restructurant une partie de sa dette extérieure. Les ressources ainsi dégagées seraient alors réorientées vers des besoins jugés plus urgents, dans un contexte économique tendu.
Une économie sous tension
En dépit d’une reprise amorcée depuis plusieurs années, l’économie égyptienne demeure fragilisée. L’inflation, bien qu’en recul depuis janvier, reste à deux chiffres, s’affichant à 11,7% en septembre. Pour freiner la hausse des prix, la Banque centrale a déjà abaissé à quatre reprises son taux directeur cette année.
La conjoncture est aggravée par la chute des revenus du canal de Suez, par lequel transite 12% du commerce maritime mondial. Les flux sur cette voie stratégique, source majeure de devises pour le pays, ont été lourdement affectés par les attaques des rebelles houthis yéménites en mer Rouge, contre des navires et chargements jugés liés à Israël et aux USA, en représailles au conflit à Gaza. En mars, le président Abdel Fattah al-Sissi estimait que ces perturbations privent l’État égyptien de près de 800 millions USD par mois.
Malgré ces chocs, les réserves de change se maintiennent. Elles ont atteint 49,5 milliards USD en septembre contre 49,2 milliards un mois plus tôt, en hausse continue depuis leur creux de 34 milliards en 2022. Mais la livre égyptienne, elle, poursuit sa dépréciation. Selon les données recueillies sur la plateforme Xe Converter au 22 octobre 2025, elle a perdu 2,27 % de sa valeur face au dollar entre octobre 2024 et octobre 2025, accentuant le poids de la dette extérieure libellée en devises.
Convertir la dette en leviers de développement
La dette publique totale égyptienne représentait environ 83% du PIB en 2024, dont 155,1 milliards USD de dette extérieure, soit 41 % du PIB. Rien que sur le premier semestre de l’exercice 2024/2025, le service de la dette a coûté à l’État 21,3 milliards USD, exerçant une forte pression sur les réserves de change. Dans ce contexte, un nouvel échange de dette avec l’Europe apparaît comme une bouffée d’oxygène budgétaire. Ce type d’opération permet en effet à un pays débiteur de convertir une partie de sa dette extérieure en financements domestiques.
L’Égypte a déjà mené plusieurs opérations similaires avec l’Allemagne et l’Italie dans les années 90, convertissant plusieurs centaines de millions d’euros en projets éducatifs, hydrauliques ou énergétiques. Cette fois, Le Caire veut aller plus loin et aligner ces swaps sur les « objectifs de développement mondiaux ».
Le mécanisme présente un double avantage. Il préserve les réserves en devises, tout en finançant des secteurs stratégiques comme l’eau, les infrastructures vertes, l’agriculture durable ou les énergies renouvelables, autant de domaines privilégiés par les bailleurs de fonds européens. En adoptant cette approche proactive, le pays nord-africain cherche aussi à renforcer sa crédibilité auprès de ses partenaires, notamment le FMI dont elle applique actuellement un programme d’ajustement, ainsi que les investisseurs privés.
Pour l’heure, les contours précis de l’accord évoqué restent à définir. Les autorités égyptiennes n’ont pas donné de détails sur le montant, les créanciers impliqués, ou le calendrier de l’opération. Rania Al-Mashat a cependant précisé que d’autres opérations du même type sont prévues pour 2026. Notons que les précédents swaps ont eu une ampleur limitée, au regard de l’endettement total du pays.