Il y a 5 000 ans, l’Égypte n’était pas une nation unique, du moins pas telle qu’elle existe aujourd’hui. Depuis des milliers d’années, le territoire était divisé en deux terres : la Haute-Égypte au sud, et la Basse-Égypte au nord. Des inscriptions millénaires sur des céramiques et des illustrations de dirigeants de chaque royaume montrent deux entités distinctes avec des traditions différentes.
Avant leur unification, les œuvres représentant des rois montraient des traditions vestimentaires différentes. Les souverains de Haute-Égypte portaient une grande couronne blanche appelée hedjet, tandis qu’en Basse-Égypte, les rois portaient une couronne rouge plus courte appelée deshret. Vers 3100 avant notre ère, un roi de Haute-Égypte, connu sous le nom de Narmer, décida de changer tout cela. En incorporant les terres situées à l’ouest de la région fertile et triangulaire du delta du Nil dans son propre royaume, qui s’étendait alors sur la luxuriante vallée du Nil au sud (qui correspondrait actuellement à la zone qui s’étend du Caire au lac Nasser), il créa une Égypte unifiée : le premier grand État territorial du monde.
L’union des Deux Terres marqua non seulement les débuts d’un État politique, mais aussi les origines d’un grand État culturel. Avec Narmer, l’Égypte commença à développer son propre style visuel, qui demeura à travers les âges, à mesure que l’iconographie et les symboles adoptés par Narmer et ses successeurs s’imposaient. Ces symboles devinrent des outils que les pharaons, tels que Khufu, Hatchepsout ou encore Ptolémée XII, utilisèrent pour communiquer le pouvoir, la force et l’unité pendant des millénaires.
La capacité des œuvres d’art à préserver des moments de l’Histoire est remarquable, les événements ayant des impacts sur les personnes qui les subissent. Les documents de l’époque de Narmer sont rares, mais il existe un objet qui survécut à travers les âges et qui nous offre un aperçu des changements qui eurent lieu lors du règne de Narmer. Il s’agit d’une palette en pierre, semblable à celles qui furent commandées par divers rois de Haute-Égypte à la fin de la période prédynastique. Fabriquées en siltite grise et sculptées d’images de dieux, de bêtes et de rois, ces tablettes étaient utilisées pour broyer et mélanger les pigments cosmétiques. Certaines étaient destinées à un usage pratique, d’autres à des cérémonies et d’autres encore étaient déposées en tant qu’offrandes votives dans des temples.
Narmer commanda une telle palette votive en siltite, ou siltstone. Les archéologues britanniques James Quibell et Frederick Green la découvrirent dans les ruines d’un temple à Hiérakonpolis (ou Nekhen), au sud de Louxor, en 1897-98. Désormais connu sous le nom de palette de Narmer, cet objet date d’environ 3200 à 3000 avant notre ère. Il semble que le souverain dédia la palette au temple du dieu faucon Horus, symbole du pouvoir cosmique et politique. Contrairement au masque de Toutânkhamon, qui fit le tour du monde, la palette de Narmer ne quitta jamais l’Égypte. Aujourd’hui, cet artéfact de 64 centimètres de long, qui comporte certains des plus anciens hiéroglyphes du monde, est exposé au Musée égyptien du Caire.