Les États-Unis sont convenus de mobiliser la somme de 1,3 milliard USD (environ 1,1 milliard d’euros) dans le cadre de protocoles d’accord de cinq ans signés dans le domaine sanitaire, avec le Burkina Faso, le Niger et la République démocratique du Congo (RDC). 147 millions USD (environ 125,5 millions d’euros) seront alloués au Burkina Faso, 179 millions USD (153 millions d’euros) pour le Niger tandis que 900 millions USD (environ 768,6 millions d’euros) iront à la RDC.
Cibler les maladies infectieuses
Selon les informations communiquées par le département d’État américain fin février 2026, ces conventions visent plusieurs objectifs, dont le renforcement des capacités du Burkina Faso et de la RDC à détecter et répondre aux menaces de maladies infectieuses avant qu’elles ne se propagent dans sur leurs territoires, leur région, et atteignent les USA. Concrètement, les fonds contribueront à intensifier la lutte contre le VIH/SIDA et d’autres maladies infectieuses. Washington financera la continuité des traitements, le dépistage, la prévention et le développement de diagnostics plus rapides, avec un accent mis sur la lutte contre la stigmatisation.
Le Burkina Faso a accompli des progrès dans la lutte contre le VIH. En 1997, le taux de prévalence de la maladie était de 7,17%, avant de chuter à 0,6% en 2023, selon le rapport ONUSIDA 2024. Pour la RD Congo, les Nations Unies s’inquiétaient en 2023 de chiffres en hausse, le pays enregistrant alors environ 520 000 personnes vivant avec le VIH, dont 300 000 femmes et 50 000 enfants. Le nombre de nouvelles infections était presque deux fois plus élevé que celui des décès liés à la maladie, avec environ 21 000 nouvelles infections — dont 7 000 parmi les enfants — pour 11 000 décès.
Améliorer les soins ailleurs, limiter les risques pour tous
Les protocoles d’accord couvrent également le paludisme, dont la prise en charge connaît également des améliorations au Burkina Faso, ainsi que d’autres maladies infectieuses. Lors du Conseil des ministres du 19 février 2026, le ministre burkinabè de la Santé, Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, a révélé que le nombre total de cas de paludisme est passé de 10 805 020 en 2024 à 7 329 278 en 2025, soit une diminution de 32,17%. Le nombre de décès est quant à lui passé de 3 523 en 2024 à 1 979 en 2025, soit une baisse de 43,83%.
En RDC, le rapport 2024 du programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) dévoile un nombre total de cas qui est passé de 27 676 634 en 2023 à 29 123 262 en 2024, soit une hausse de 5,23%. Le nombre de décès a quant à lui baissé, passant de 22 330 à 21 695 cas entre 2023 et 2024, soit -2,93%.
Au Niger, le programme vise également à améliorer les soins maternels et infantiles. Dans le pays, la mortalité maternelle a reculé de plus de 200 points entre 1992 et 2020, pour s’établir à 441 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2020, selon les dernières estimations des Nations unies.
L’appui financier américain s’inscrit dans le cadre de l’America First Global Health Strategy dévoilée en septembre 2025. Cette approche met l’accent sur des résultats mesurables (indicateurs de performance, calendriers stricts, etc.) desquels dépendra le déblocage de nouveaux financements. Désormais, 19 Etats africains ont officiellement rejoint ce cadre de coopération bilatérale avec les USA, à savoir le Botswana, le Burkina Faso, le Burundi, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, l’Eswatini, l’Éthiopie, le Kenya, le Lesotho, le Liberia, Madagascar, le Malawi, le Mozambique, le Niger, le Nigeria, l’Ouganda, la République démocratique du Congo, le Rwanda et la Sierra Leone.
Réduire la dépendance à l’aide
Afin de contribuer à l’amélioration de leur riposte contre le VIH/sida, le paludisme et les maladies infectieuses, Ouagadougou et Kinshasa et Niamey se sont également engagées à accroître leurs dépenses sanitaires nationales durant la période couverte par le protocole d’accord, à hauteur de 107 millions USD (environ 90,4 millions d’euros), 300 millions USD (environ 256 millions d’euros) et 71,9 millions USD respectivement (61,2 millions d’euros).
Au Burkina Faso, une enveloppe d’environ 12 millions USD (environ 10,2 millions d’euros) sera dédiée au programme de sécurité sanitaire internationale, avec un accent sur le renforcement des systèmes de proximité, la numérisation et l’amélioration de la transmission des données, ainsi que le renforcement des capacités des laboratoires à détecter les agents pathogènes potentiels. Le protocole entend également capitaliser sur des programmes déjà en place, notamment en matière santé maternelle et infantile, tout en soutenant l’intégration des soignants de première ligne au système sanitaire du pays.
Le même modèle sera financé en RDC et au Niger, dans le but de créer un système de santé national résilient, géré de manière autonome par les États, et moins dépendant à long terme de l’aide américaine.
L’Afrique en ordre dispersée
Ces nouvelles adhésion à la stratégie américaine interviennent alors que le directeur du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) affilié à l’Union africaine, a exprimé récemment de vives préoccupations concernant les accords de partage de données et de pathogènes avec certaines entités américaines. L’institution craint en effet que les États fournissent des échantillons biologiques et des données épidémiologiques précieuses à Washington sans obtenir en retour un accès garanti et abordable aux technologies et traitements qui en découlent.
D’ailleurs, certains pays comme la Zambie ou le Zimbabwe ont déjà rejeté ces accords, invoquant les mêmes raisons de souveraineté sur les données collectées par les USA. Ceci, à contre-courant des 18 autres qui y ont déjà adhéré. Une situation qui relance le débat de l’uniformisation des positions africaines en matière de négociation avec les grandes puissances étrangères, dans un contexte où les différences de réalités d’un pays à l’autre, les obligent parfois à signer des accords en rangs dispersés.