La Banque mondiale a annoncé le 26 février le lancement du programme Skills for Economic Transformation and Jobs (SET4Jobs). Doté de 972 millions de dollars, soit environ 830 millions d’euros, il sera financé par l’Association internationale de développement, le guichet du groupe dédié aux pays à faible revenu. D’ici 2034, l’institution prévoit d’améliorer les compétences de 18 millions de jeunes dans sept pays d’Afrique de l’Est et australe.

Les pays concernés sont les Comores, la République démocratique du Congo (RDC), Madagascar, le Mozambique, Sao Tomé-et-Principe, la Tanzanie et la Zambie. Selon la Banque mondiale, environ huit millions de jeunes entrent chaque année sur le marché du travail dans la région, mais moins d’un million accèdent à un emploi salarié. Par ailleurs, 6,5 millions de jeunes, dont 3,6 millions de femmes, ne sont ni en formation ni en emploi.

Secteurs porteurs d’emploi

Le programme sera déployé sur huit ans, avec des investissements orientés vers des secteurs présentés comme porteurs d’emplois, en l’occurrence l’agro-industrie, l’énergie, la santé, le tourisme et certaines activités manufacturières. L’approche retenue consiste à rapprocher les dispositifs de formation des besoins des chaînes de valeur locales et à associer davantage le secteur privé.

La coordination régionale sera assurée, apprend-on, par le Conseil interuniversitaire pour l’Afrique de l’Est (IUCEA). Une plateforme d’échange d’expériences doit également être mise en place afin de faciliter la circulation des bonnes pratiques entre pays participants et de mobiliser, le cas échéant, d’autres partenaires publics ou privés.

« SET4Jobs est un investissement transformateur dans la plus grande richesse de l’Afrique, sa jeunesse. En travaillant étroitement avec le secteur privé, nous allons contribuer à aligner les formations sur les secteurs en croissance […] », a commenté Ndiamé Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Est et australe.

Une problématique aux multiples dimensions

L’annonce survient alors que les indicateurs du marché du travail présentent un contraste marqué entre niveau de chômage et qualité des emplois. En Afrique subsaharienne, le taux de chômage des jeunes s’établit autour de 8,9 % selon l’Organisation internationale du travail (OIT), un niveau inférieur à celui observé dans plusieurs économies européennes sur la même période.

Cette donnée ne reflète toutefois pas la nature des emplois occupés. Selon l’OIT, plus de 70% des jeunes adultes exercent des activités considérées comme précaires, sans contrat formel ni protection sociale. Le rapport Africa Youth Employment Outlook 2026, publié par le World Data Lab en partenariat avec la Mastercard Foundation, indique que près de 90 % des jeunes actifs travaillent dans l’informel, principalement dans l’agriculture et dans des services à faible productivité.

Parallèlement, la structure des économies évolue. Les services progressent sous l’effet de l’urbanisation et de la transformation des chaînes de valeur, et pourraient devenir le premier employeur des jeunes au début des années 2030. Ces secteurs sont généralement associés à des niveaux de productivité et de revenu plus élevés que l’agriculture, mais requièrent des compétences plus spécialisées.

Dans un contexte de croissance démographique soutenue, l’enjeu pour des programmes comme SET4Jobs réside dans la qualité des compétences développées et dans leur adéquation avec les besoins effectifs des secteurs ciblés. Leur impact dépendra également de la capacité des économies concernées à générer des activités suffisamment productives pour absorber une population active en expansion.