Dangote Fertiliser, filiale du groupe nigérian Dangote Industries, a signé un accord pour exploiter le procédé « Fluid Bed Granulation » de l’allemand Thyssenkrupp Uhde, dans les quatre nouvelles unités de granulation d’urée qu’il prévoit de construire sur son site de Lekki, près de Lagos. Ces unités doivent porter sa capacité annuelle de production à plus de 8 millions de tonnes contre 3 millions actuellement, ce qui en ferait un des plus grands producteurs mondiaux d’engrais azotés.
L’accord inclut la licence de technologie, le package de conception du procédé ainsi que la fourniture d’équipements propriétaires comme les granulateurs et les systèmes de filtration de Thyssenkrupp. Il relève d’un choix stratégique. La Fluid Bed Granulation se distingue par sa combinaison d’efficacité énergétique et de respect des normes environnementales. Grâce à un système de lavage d’air innovant, elle permet de réduire la chute de pression, tout en contrôlant efficacement les émissions de poussière et d’ammoniac. Ces performances environnementales sont devenues un critère déterminant dans l’industrie des engrais, soumise à des réglementations de plus en plus strictes.
Processus industriel innovant
Les nouvelles unités intégreront également la technologie Ammonia Convert (ACT) de Thyssenkrupp. Ce procédé permet d’incorporer les sous-produits d’ammonium sulfate dans les granulés d’urée, supprimant ainsi les flux de déchets et réduisant les coûts logistiques. Cette innovation contribue à une meilleure circularité du processus industriel, limitant les pertes de matière tout en améliorant la qualité du produit final. Pour la PDG de la firme allemande, Nadja Haakansson, cette coopération illustre une vision partagée pour une industrialisation durable et pour la sécurité alimentaire mondiale.
De son côté, Aliko Dangote, président du groupe éponyme, affirme que cette extension est avant tout un instrument au service de l’autosuffisance agricole du Nigeria, et au-delà, de l’Afrique. Il dit vouloir positionner son pays comme un acteur de référence sur le marché mondial des engrais. Après le lancement en 2021 du premier complexe de Dangote Fertiliser pour un coût total de 2,5 milliards USD (environ 2,16 milliards d’euros), le Nigeria est passé du statut d’importateur à celui d’exportateur net d’urée. Selon un rapport du Centre international pour le développement des engrais (IFDC), le pays avait exporté cette année-là près de 1,35 million de tonnes de cet engrais azoté largement utilisé dans les cultures céréalières.
Une Afrique encore loin de l’autosuffisance
Lors des assemblées annuelles d’Afreximbank en juin 2025, Aliko Dangote a pris un pari audacieux : « Nous voulons faire de Dangote Fertiliser le premier producteur mondial d’urée, devant le Qatar. L’Afrique n’importera plus d’engrais de nulle part. Accordez-moi quarante mois. », a-t-il déclaré, faisant montre d’une ambition qui, si elle se concrétise, marquerait un cap dans la quête d’autosuffisance agricole du continent.
Les données de la Banque africaine de développement montrent néanmoins que le chemin reste long. L’Afrique produit environ 30 millions de tonnes d’engrais minéraux par an, soit plus du double de sa consommation, mais demeure déficitaire d’environ 2 millions de tonnes. Ce déséquilibre s’explique par une répartition géographique et sectorielle inégale. Concentrés en Afrique du Nord, les principaux producteurs se spécialisent surtout dans les engrais phosphatés destinés aux marchés internationaux. L’offre d’engrais azotés et potassiques reste quant à elle insuffisante pour répondre à la demande croissante du secteur agricole subsaharien.
Dans ce contexte, l’investissement de Dangote Fertiliser revêt une importance stratégique. En augmentant la production d’urée, la firme peut non seulement satisfaire son marché domestique, mais aussi approvisionner d’autres pays africains à des coûts plus compétitifs. Ce développement s’inscrit dans un mouvement régional plus large, de sécurisation des chaînes d’approvisionnement agricoles. Des acteurs comme Indorama Eleme Fertilizer & Chemicals Ltd, dont l’usine de Rivers State produit 1,4 million de tonnes d’urée par an, participent aussi à cet effort collectif.
Cependant, la véritable autosuffisance ne sera atteinte que lorsque le continent aura comblé son retard sur les engrais potassiques. La production de chlorure de potassium, ou muriate de potasse (MOP) demeure en effet faible, et le Nigeria figure parmi les pays les plus dépendants de ces importations. Des projets de production locale émergent néanmoins, notamment la mine de potasse Kola en République du Congo, portée par Kore Potash. Avec une capacité prévue de 2,2 millions de tonnes par an et un coût estimé à 2,2 milliards USD, soit environ 1,9 milliard d’euros, sa mise en service est envisagée à partir de 2028.