Le négociant suisse Mercuria a annoncé le 30 octobre un accord avec Eurasian Resources Group (ERG), portant sur un financement de 100 millions USD (environ 87 millions d’euros). Cette enveloppe permettra à ERG de soutenir le développement de ses actifs de cuivre en République démocratique du Congo, tandis que Mercuria s’assure un approvisionnement régulier du métal rouge sur trois ans. L’accord repose sur un mécanisme classique de prépaiement, avec plusieurs versements en avance pour les futures livraisons.

Aucun détail n’a été communiqué sur les conditions de prix ni les volumes, mais en se fondant sur les cours actuels du cuivre à la Bourse de Londres, l’enveloppe pourrait correspondre à un peu plus de 9 000 tonnes du métal. ERG opère plusieurs sites de production dans le pays d’Afrique centrale, dont le complexe de retraitement de résidus miniers Metalkol, et y développe le projet Comide, une usine hydrométallurgique de cuivre et de cobalt. Non cotée, la société ne publie pas ses données de production, mais ses capacités combinées se chiffrent en plusieurs centaines de milliers de tonnes par an.

Cet engagement financier de Mercuria constitue une nouvelle illustration de l’offensive du groupe suisse en RDC et en Zambie, deux des principaux producteurs mondiaux de cuivre.

Une stratégie d’influence régionale

L’accord avec ERG s’inscrit dans une stratégie plus large pour consolider des positions dans la Ceinture de cuivre d’Afrique centrale. En 2024, Mercuria faisait déjà partie des partenaires choisis par la société publique congolaise Gécamines pour commercialiser à l’international une partie du métal rouge extrait des mines du pays. Selon le président de la Gécamines, Robert Lukama, le négociant suisse a contribué à la vente d’environ 88 000 tonnes issues de la mine Tenke Fungurume, exploitée par le chinois CMOC. Ce volume devrait augmenter dans les années à venir, à mesure que la Gécamines négocie avec les compagnies minières actives en RDC le droit de commercialiser la part de production correspondant à sa participation dans chaque projet.

« [Mercuria, Ndrl] est nouvelle dans le secteur, mais elle a fait ses preuves et elle est capable de tenir ses promesses. Elle a les capacités, elle a les moyens financiers et cela nous facilite donc la vie », explique M. Lukama, dans des propos rapportés par Fastmarkets.

Le groupe suisse étend également ses liens en Zambie. En décembre 2024, il a signé un partenariat avec l’Industrial Development Corporation (IDC), holding publique chargée de structurer une société nationale de négoce de métaux. Deuxième producteur africain de cuivre derrière la RDC, le pays cherche en effet à mieux valoriser sa ressource dans un contexte de forte demande mondiale liée à la transition énergétique. « Ce partenariat prévoit la création d’un véhicule pour commercialiser et négocier le cuivre zambien grâce à l’effet de levier mutuel entre Industrial Resources Limited et Mercuria, afin de positionner la Zambie comme un acteur clé sur les marchés internationaux », a expliqué Cornwell Muleya, le DG de l’IDC.

Une région stratégique pour le cuivre

L’intérêt de Mercuria pour la RDC et la Zambie n’est pas anodin, car le potentiel de croissance de ces deux régions productrices de cuivre est encore considérable. Deuxième producteur mondial, la RD Congo bénéficie ces dernières années d’investissements massifs dans l’exploration et l’exploitation du métal rouge. Ses exportations sont passées de 1,6 million de tonnes en 2020 à 3,1 millions de tonnes en 2024, et de nouvelles augmentations de capacité de production sont attendues d’ici la fin des années 2020.

La Zambie n’est pas en reste. Alors que la production cuprifère s’est établie à 821 000 tonnes en 2024, le gouvernement vise une production annuelle de 3 millions de tonnes d’ici 2031. La montée en puissance de Mercuria dans la région peut l’aider à se positionner comme un des principaux négociants mondiaux du métal rouge, qui fait l’objet d’un intérêt accru depuis quelques années. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la hausse de la demande mondiale et une offre insuffisante pourraient conduire à un déficit de 30 % d’ici 2035.