Le gouvernement fédéral du Nigeria et l’Africa Finance Corporation (AFC) ont signé, dimanche 1er mars, un partenariat d’investissement de 1,3 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros) destiné à accélérer la transformation du secteur des minéraux solides. L’accord a été conclu via le Fonds de développement des minéraux solides (SMDF). Il prévoit trois volets principaux : la construction d’une raffinerie d’alumine, un programme national de cartographie minière et la création d’un véhicule d’investissement stratégique destiné à dynamiser l’exploration et la production à l’échelle nationale.

Le cœur du projet repose sur une raffinerie d’alumine d’une capacité de traitement de 1 million de tonnes de bauxite par an sur un cycle de vie projeté de 20 ans, avec un taux d’utilisation de 95%. Les études de faisabilité menées conjointement par l’AFC et le SMDF ont confirmé la viabilité commerciale et la compétitivité du projet.

La raffinerie s’appuiera sur d’importants gisements de bauxite localisés dans plusieurs États, notamment Benue, Cross River, Kogi et Edo.

Retombées attendues

Les autorités nigérianes anticipent des retombées économiques significatives. La raffinerie devrait contribuer à hauteur de 1 milliard € par an au PIB, générer plus de 21 milliards d’euros de valeur économique globale et rapporter près de 7 milliards d’euros de recettes en devises étrangères. Le programme de cartographie minière vise à améliorer la connaissance des ressources du sous-sol et à réduire les risques associés à l’exploration.

« Nous sommes très fiers et honorés de faciliter cette étape historique […]. Le SMDF a désormais atteint la maturité nécessaire pour conclure un tel accord avec l’AFC. Je remercie l’AFC de collaborer avec nous afin de soutenir notre politique de création de valeur locale », a commenté la secrétaire exécutive du SMDF, Hajia Fatima Shinkafi.

Cette initiative intervient dans un contexte où le secteur minier reste marginal dans l’économie nigériane. Selon la Nigeria Extractive Industries Transparency Initiative (NEITI), il ne contribue qu’à environ 1% du PIB. Cette faible performance s’explique par une exploitation artisanale largement informelle, des cadres réglementaires obsolètes et des problèmes d’insécurité dans certaines zones.

Un secteur en pleine réforme

Depuis 2023, l’administration du président Bola Tinubu a engagé des réformes structurelles pour moderniser le secteur minier. Ces réformes portent sur la révision des procédures d’octroi de licences et la mise en place d’un cadastre minier numérique pour renforcer la transparence. Elles incluent également des politiques favorisant la transformation locale des ressources plutôt que leur exportation brute. Ces mesures ont permis de faire progresser les revenus miniers de 6 milliards de nairas (3,7 millions €) en 2023 à plus de 38 milliards de nairas (23,7 millions €) en 2024.

Au-delà du cadre national, le projet s’inscrit dans une dynamique continentale. L’Afrique détient environ 29% des réserves mondiales de bauxite mais moins de 1% de la capacité mondiale de raffinage d’alumine. Plusieurs pays, dont la Guinée, le Cameroun et le Ghana, ont engagé des projets similaires pour capter davantage de valeur ajoutée. Dans un contexte de hausse attendue de la demande mondiale d’aluminium, le marché de l’alumine pourrait passer de 36 milliards d’euros en 2024 à 57 milliards d’ici 2032.

En combinant raffinage industriel, production de données géologiques et financement structuré de l’exploration, l’accord signé avec l’AFC marque une étape clé dans la stratégie nigériane de diversification économique. Il positionne le pays comme un futur pôle industriel africain pour l’alumine et comme un acteur crédible sur la scène mondiale des minéraux stratégiques.