Cette semaine, la visite à Alger d’une délégation ministérielle biélorusse a permis d’ouvrir plusieurs pistes de collaboration dans l’agriculture entre les deux pays. Pour l’Algérie, cette démarche s’inscrit dans la stratégie nationale de modernisation agricole et de sécurisation de son approvisionnement alimentaire. Pour Minsk, ce développement est le dernier signal en date d’un rapprochement avec l’Afrique déjà perceptible.

Une coopération renforcée avec l’Algérie

Au cours des échanges tenus à Alger, les deux gouvernements ont passé en revue un large éventail d’opportunités de coopération. Dans le sillage de séances de travail tenues en avril et en octobre, les discussions ont porté sur les industries mécaniques et, en particulier, sur les équipements et machines agricoles, la transformation du blé, la fabrication de silos métalliques pour le stockage des céréales, ainsi que les tracteurs, machines de grande capacité, véhicules miniers et camions.

Le ministre algérien de l’Industrie, Yahia Bachir, a appelé à concrétiser le partenariat avec le groupe public AGM pour la fabrication locale de tracteurs et machines agricoles, tout en souhaitant étendre cette coopération à des domaines tels que les industries plastiques, chimiques, électriques, électroménagères et la sidérurgie. Il a également encouragé les sous-traitants biélorusses à investir en Algérie, notamment pour renforcer l’offre de pièces de rechange.

Son homologue biélorusse Andrei Kuznetsov a exprimé la disponibilité de son pays à créer, avec AGM, des unités de production communes afin de soutenir le transfert d’expertise et l’amélioration des capacités industrielles locales. Il a également marqué l’intérêt de Minsk pour le secteur textile, en évoquant des coopérations possibles avec le groupe public algérien GETEX pour répondre aux besoins du marché algérien et envisager l’exportation.

Les deux parties ont élargi leur échange à la coopération dans les filières du lait, des céréales, de la viande et des semences, dans l’objectif d’appuyer les chaînes de valeur nationales et de contribuer à la sécurité alimentaire.

Une présence africaine de plus en plus visible

La coopération avec l’Algérie s’inscrit dans une dynamique africaine déjà en cours. Au Ghana, où l’agriculture représente 21% du PIB et mobilise 38% de la population active, la mécanisation reste un défi majeur. En juin dernier, lors d’une rencontre officielle à Minsk, le ministre ghanéen de l’Agriculture, Eric Opoku, a exprimé l’intérêt de son pays pour les équipements biélorusses, notamment les tracteurs, les machines portées et tractées, et les équipements de préparation des sols et de récolte.

Plus tôt cette année, une délégation d’entreprises biélorusses de machines agricoles, dont faisait partie Bobruiskagromash, a visité le Ghana et le Tchad.  Des négociations ont eu lieu, apprend-on, avec les ministres de l’Agriculture des deux pays africains, ainsi que des réunions avec des responsables d’entreprises agricoles et d’exploitations. « Ces échanges ont permis d’identifier des pistes de coopération bilatérale et de définir la nomenclature ainsi que les conditions de fourniture des équipements biélorusses dans les régions africaines », a indiqué Bobruiskagromash sur son site web.

En 2023, la Biélorussie a conclu des accords pour fournir au Zimbabwe environ 4 000 unités de tracteurs biélorusses, d’équipements agricoles. La même année, elle a tenu des négociations avec la Guinée équatoriale pour discuter de plusieurs sujets, y compris l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Au-delà de ces points, le rapprochement est également visible sur d’autres volets. En mars 2025, la Biélorussie a réalisé sa première expédition de lait en poudre vers le Sénégal, soit 125 tonnes selon la Bourse universelle des matières premières de Biélorussie (BUCE). « Le Sénégal présente un intérêt particulier pour les producteurs laitiers biélorusses. D’une part, le pays est un grand consommateur de lait en poudre et dépend des importations pour répondre à la demande locale. D’autre part, son marché peut servir de plateforme de transit pour les livraisons vers d’autres pays d’Afrique de l’Ouest », peut-on lire sur la plateforme qui indique qu’en dehors du Sénégal, les exportateurs biélorusses ciblent également la Guinée, la Mauritanie et le Mali.

Un intérêt appelé à grandir

Importante puissance laitière européenne et exportateur actif vers le Moyen-Orient, la Biélorussie dispose d’un appareil agro-industriel structuré et d’entreprises reconnues dans les machines agricoles. Sa présence croissante en Afrique reflète l’intérêt d’un marché où la demande en équipements, en technologies agricoles et en produits transformés augmente avec la démographie et l’évolution des politiques agricoles.

Pour les pays africains, elle offre de nouvelles possibilités en matière de mécanisation, de transfert de compétences, de développement d’unités locales. Pour Minsk, l’enjeu réside dans la diversification de ses débouchés et le renforcement de ses réseaux industriels hors de son voisinage immédiat.

Les prochaines années permettront d’apprécier la manière dont ces initiatives se structureront et comment elles s’articuleront avec les stratégies nationales africaines.