Présentée au Musée du CRDS de Saint-Louis après son passage à Thiès, l’exposition « Samba Sadio 1875 » dévoile au public sénégalais des objets culturels liés à la bataille de 1875 et conservés en France depuis plus de 150 ans. Entre travail scientifique, devoir de mémoire et attentes autour d’une éventuelle restitution, les acteurs du projet appellent à mieux connaître ce patrimoine avant toute démarche officielle.

L’exposition « Samba Sadio 1875 : un butin de guerre au cœur de l’histoire » a été inaugurée ce mardi au Centre de recherches et de documentation du Sénégal (Crds). L’exposition est le fruit d’un travail d’enquête mené par l’association Alter Natives sur l’héritage colonial. Ce travail a permis d’identifier à Dunkerque huit objets prélevés sur le champ de bataille de Boumdou, près de Coki, après l’affrontement du 11 février 1875. Ces pièces en cuir, bois et métal auraient été rapportées en France par le lieutenant Émile Faidherbe. Pour les porteurs du projet, l’urgence est d’abord pédagogique. « Aujourd’hui, si l’on veut parler d’égalité et de souveraineté, il faut commencer par faire connaître ces objets aux populations et les montrer », explique Emmanuelle Cadet, présidente d’Alter Natives. La collection comprend notamment une selle, des sacs à balles, une tablette coranique et des amulettes de guerre. Un manuscrit talismanique contenant des versets coraniques attire particulièrement l’attention des chercheurs. « C’est une pièce très intéressante que nous faisons analyser à la fois par des chercheurs et par des communautés sources », précise Emmanuelle Cadet. L’exposition repose sur une démarche collaborative associant chercheurs, institutions muséales et jeunes enquêteurs sénégalais et français afin de croiser archives coloniales et savoirs locaux.

La restitution, une décision encore attendue

La présence temporaire des objets au Sénégal relance la question de leur retour définitif. Mais les organisateurs rappellent que la restitution relève des États. « Nous, en tant qu’association de la société civile, nous n’avons pas le pouvoir de restituer. Nous créons les conditions pour que les populations mobilisent leur État », souligne Emmanuelle Cadet. Une loi-cadre en préparation en France devrait faciliter ce processus, mais aucune demande officielle du Sénégal n’a encore été formulée pour cette collection. Pour le professeur Abdoul Sow, directeur du Centre de recherche et de documentation du Sénégal, l’exposition constitue une étape essentielle. « Le rôle d’un musée, c’est d’éveiller les consciences et de montrer que ce patrimoine existe », a dit le Pr Sow. Il insiste toutefois sur la nécessité de consolider les préalables à savoir formation de spécialistes, modernisation des musées et identification des collections à l’étranger. « Les conditions commencent à être remplies pour enfin demander le retour de ces objets », estime-t-il. Dans la commune de Coki, directement liée à la bataille de Samba Sadio, les autorités locales voient dans cette dynamique une opportunité culturelle et touristique. « Une commune sans culture n’a pas développement. Ces objets permettent à la commune de revivre son histoire », affirme Penda Ba, première adjointe au maire. La municipalité envisage la création d’un musée local, tout en appelant l’État à améliorer l’accessibilité routière pour faciliter l’arrivée des visiteurs. Après son étape sénégalaise, l’exposition doit repartir à Dunkerque au printemps 2026. Une journée d’étude est également annoncée pour approfondir les recherches sur les biens culturels acquis en contexte colonial.

Jeanne SAGNA (Correspondante)