Le ministre nigérian des Communications, Bosun Tijani, a annoncé fin février que la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) investira 100 millions USD (84,3 millions d’euros) dans Project BRIDGE, une initiative visant à déployer un réseau de fibre optique à l’échelle nationale. Cette annonce fait suite à une tournée de deux semaines dans six pays européens, dont l’objectif était de consolider des partenariats internationaux et sécuriser les financements nécessaires au projet.

Dévoilé en août 2025, Project BRIDGE vise concrètement à connecter les 774 zones de gouvernement local du Nigeria grâce à 90 000 km de fibre optique, faisant passer la taille du réseau national de 35 000 à 125 000 km à terme. Le but est d’offrir un accès internet haut débit fiable et abordable à toutes les populations locales, en particulier dans les zones sous-desservies et non desservies.

Au-delà de l’amélioration de la connectivité, le projet entend renforcer l’infrastructure numérique nationale, soutenir le télétravail, favoriser le développement de services numériques et préparer le pays à une économie compatible avec l’intelligence artificielle. Selon le ministre, ce financement reflète la confiance des partenaires internationaux dans la viabilité commerciale et stratégique du projet.

Un projet stratégique pour le marché du haut débit

Project Bridge répond à des besoins stratégiques : le marché du haut débit fixe au Nigeria a perdu 18 000 abonnés entre le troisième trimestre 2024 et le premier trimestre 2025, en raison de la hausse des tarifs et des résiliations de contrats. Le projet vise à offrir un accès évolutif et partagé, tout en réduisant la dépendance des fournisseurs d’accès (FAI) à la fibre détenue par les opérateurs historiques, dont MTN qui contrôle plus du double des 16 112 km d’Airtel. Les anneaux redondants et les itinéraires alternatifs du réseau national doivent aussi limiter le persistant problème des interruptions dues aux coupures de fibre.

Mis en œuvre efficacement, Project BRIDGE pourrait ainsi  créer un marché nigérian du haut débit plus compétitif, plus résilient et plus inclusif sur le plan géographique. Les travaux préliminaires sont déjà engagés. Le soutien de la BERD et de l’Union européenne envoie le signal selon lequel l’expansion du réseau national de fibre optique est commercialement viable et stratégiquement essentielle pour le développement numérique du géant ouest-africain.

Selon le ministère de Communication, elle devrait, à terme, permettre de générer 20 000 emplois directs et plus de 150 000 emplois indirects, tout en soutenant la croissance de l’économie numérique. Selon les projections, elle pourrait même entraîner une augmentation de 1,5% du PIB par habitant, portant le PIB national de 472,62 milliards USD (environ 408 milliards d’euros) à environ 502 milliards USD (environ 433,4 milliards d’euros) environ en quatre ans.

Soutien et engagement d’autres partenaires internationaux

Au même moment que la BERD, l’UE a signé avec Abuja un accord de 45 millions d’euros dans le cadre du Digital Economy Package, qui veut investir au moins 820 millions d’euros entre 2021 et 2027 pour soutenir la transformation numérique du pays Ouest-africain. L’enveloppe des 45 millions d’euros comprend 22 millions pour Project BRIDGE, 18 millions pour le renforcement des services publics numériques et 5 millions pour le programme gouvernemental 3MTT (3 Millions de Talents Technologiques), destiné à développer les compétences numériques locales et à soutenir l’innovation technologique.

L’investissement de la BERD complète les 500 millions USD (environ 431,5 millions d’euros) déjà approuvés par la Banque mondiale pour Project BRIDGE. Cette dernière a structuré son financement selon un modèle de « paiement au résultat ». La première tranche de 5,08 millions d’euros prévue en 2026 servira à créer une société spécifiquement chargée de gérer le projet. Une seconde tranche de 131,2 millions d’euros suivra en 2027. Les tranches suivantes seront conditionnées à l’atteinte d’objectifs spécifiques de 25 000, puis 65 000 km de fibre optique, assurant que le financement suit la progression réelle des travaux.

Au-delà de l’infrastructure, Project BRIDGE vise à renforcer la concurrence et la résilience du secteur digital. Le réseau partagé permettra aux FAI de diversifier leurs offres de services aux populations nigérianes, dans un pays ou l’écosystème start-up est l’un des plus dynamiques d’Afrique.