Les marchés financiers replongent dans un scénario qu’ils espéraient révolu. La flambée des prix de l’énergie, provoquée par l’embrasement au Moyen-Orient, ravive le spectre d’un choc inflationniste et, avec lui, celui d’un retour de la stagflation en Europe.

À New York, les indices ont ouvert mardi en forte baisse : le Dow Jones chutait de plus de 2 %, comme le Nasdaq et le S&P 500. En Europe, la correction a été plus sévère encore : Paris, Francfort, Londres et Milan ont décroché de plus de 3 %. Pour Kevin Thozet, de Carmignac, « es investisseurs craignent un choc d’inflation, en raison de la flambée des prix des hydrocarbures provoquée par le conflit au Moyen-Orient ».

Au quatrième jour de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, les menaces sur le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, ont déclenché une envolée des cours. Le Brent a bondi de plus de 8 %, au-delà de 84 dollars, tandis que le gaz européen s’est envolé de près de 31 % sur la seule séance, et de 75 % depuis vendredi. Un choc brutal pour une Europe fortement importatrice d’hydrocarbures.

Moins violent mais plus durable

Pour Neil Wilson, analyste chez Saxo Markets, cette flambée ravive « la crainte que, même si cette guerre reste localisée, elle puisse fortement impacter la croissance européenne et raviver l’inflation ». L’Europe garde en mémoire la crise de 2022, lorsque l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait propulsé l’inflation au-delà de 10 %. Aujourd’hui, le risque serait celui d’un choc moins violent mais potentiellement durable.

La question est posée sans détour par Kathleen Brooks de XTB : « La question est : revenons-nous à un scénario similaire à 2022, où la flambée des prix de l’énergie avait déclenché une vague massive d’inflation frappant l’économie mondiale ? »

Un terrain déjà fragilisé

Ce regain de tension intervient alors que l’inflation donnait des signes d’accalmie. Selon Eurostat, la hausse des prix dans la zone euro est remontée à 1,9 % sur un an en février, légèrement au-dessus des attentes, mais proche de l’objectif de 2 % visé par la Banque centrale européenne. L’inflation sous-jacente atteint toutefois 2,4 %, tirée par les services.

Après huit baisses de taux entre juin 2024 et juin 2025, la BCE avait marqué une pause, son principal taux directeur étant stabilisé à 2 %. Or le choc énergétique complique l’équation monétaire. Comme l’a rappelé Philip Lane, chef économiste de la BCE, « une hausse des prix de l’énergie exerce une pression à la hausse sur l’inflation, en particulier à court terme ».

Mais le danger ne se limite pas à un simple dérapage des prix. Pour Neil Wilson l’Europe fait face à « un événement stagflationniste (une inflation durable combinée à une croissance fragile, ndlr) pas encore à l’échelle de la guerre en Ukraine en 2022, mais avec ce potentiel ». Autrement dit, un cocktail de croissance atone et de tensions inflationnistes — le scénario redouté des années 1970.

Déjà, les marchés obligataires envoient un signal d’alerte. Les rendements des dettes souveraines grimpent, y compris en Allemagne et en France, signe que les investisseurs exigent une prime plus élevée pour se protéger contre l’érosion monétaire. Une inflation persistante réduirait la valeur réelle des remboursements et contraindrait la BCE à retarder toute nouvelle détente.

Fuite vers le dollar

Sur le marché des changes, la défiance frappe d’abord les devises européennes. L’euro et la livre sterling ont reculé face au dollar. Lee Hardman, de MUFG, observe que « les devises européennes (…) sont celles qui se sont le plus dépréciées face au dollar » depuis le début du conflit, « reflétant les craintes des acteurs du marché quant à l’impact d’un nouveau choc énergétique sur les économies européennes ».

Même les valeurs refuges traditionnelles sont malmenées. « Les investisseurs vendent sans discernement, y compris des valeurs refuges comme l’or », pour « se ruer sur le dollar et l’énergie », explique Kathleen Brooks. « L’or et l’argent sont traités comme des actions et subissent la même vague de ventes ».

Cette ruée vers le billet vert traduit aussi l’anticipation de « risques inflationnistes » aux Etats-Unis, qui amènent les marchés à revoir à la baisse leurs espoirs de baisse des taux américains, renforçant encore le dollar.