La National Oil Corporation (NOC), la compagnie publique libyenne, a annoncé le 1er mars une augmentation progressive de la production sur le champ terrestre d’al-Mabruk. Selon les informations relayées par Reuters, le site devrait produire entre 25 000 et 30 000 barils par jour après la mise en service d’une nouvelle unité de production.
Situé à environ 170 kilomètres au sud de Syrte, le champ d’al-Mabruk avait été fermé en 2015 après une attaque que la NOC avait attribuée à des militants islamistes, occasionnant d’importants dégâts matériels. La production n’a repris qu’en mars 2025, à un niveau initial d’environ 5 000 barils par jour.
Mabruk Oil Operations exploite le champ pour le compte de la NOC et de TotalEnergies. Selon la compagnie nationale, la production combinée d’al-Mabruk et du champ offshore d’Al-Jurf pourrait atteindre environ 40 000 barils par jour d’ici la fin du mois de mars.
« Cette étape reflète le succès de la vision de la National Oil Corporation visant à développer les infrastructures du secteur et à renforcer l’économie nationale », a commenté l’entreprise publique.
Préparer l’avenir et transformer sur place
L’augmentation des volumes à Mabruk s’inscrit dans l’objectif officiel de porter la production nationale à 1,6 million de barils par jour d’ici fin 2026, avant un éventuel relèvement à 2 millions de barils par jour à plus long terme. La production actuelle est estimée autour de 1,4 million de barils par jour.
Cette progression de l’amont pétrolier intervient alors que la NOC a relancé l’exploration qui vise à identifier de nouveaux gisements afin de renouveler les réserves et de soutenir la production à long terme. En février dernier, une première depuis 2007, de nouveaux blocs ont été attribués à des compagnies internationales, dont Chevron, Eni, QatarEnergy, Repsol, MOL, TPOC et Aiteo. Cinq blocs ont été octroyés sur vingt proposés, certaines zones n’ayant pas trouvé preneur en raison de divergences sur les conditions contractuelles.
En parallèle, les autorités cherchent à renforcer les capacités de raffinage. La capacité théorique des raffineries libyennes est estimée à environ 380 000 barils par jour, mais la production effective est nettement inférieure, autour de 180 000 barils par jour, en raison de l’obsolescence des installations et de l’arrêt prolongé de certaines unités.
En janvier, la NOC a présenté un plan visant à porter la capacité de raffinage à environ 660 000 barils par jour. Les investissements nécessaires pour moderniser et développer les infrastructures sont estimés entre 3 et 4 milliards de dollars. L’objectif affiché est de réduire la dépendance aux importations de carburants.
Un secteur stratégique dans un environnement fragile
La Libye détient les plus importantes réserves prouvées de pétrole en Afrique et figure parmi les plus grands producteurs du continent. Son brut, léger et relativement facile à raffiner, est traditionnellement prisé sur les marchés internationaux.
Malgré ce potentiel, le pays connaît des pénuries récurrentes d’essence. Les capacités de raffinage limitées, la vétusté de certaines infrastructures et un système de subventions important obligent la Libye à importer une part significative de ses carburants.
Des enquêtes de presse et des rapports d’audit ont mis en évidence des irrégularités dans la gestion de certaines cargaisons, qui alimentent des circuits parallèles et pèsent sur l’approvisionnement intérieur. Le secteur navigue par ailleurs dans un environnement politique marqué par la coexistence de centres de pouvoir rivaux et par des tensions récurrentes autour de la gestion des revenus pétroliers.
Si les annonces récentes ont de quoi susciter de l’espoir du côté de Tripoli, le véritable enjeu sera de voir si elles permettront de stabiliser durablement les volumes produits, de réduire effectivement la dépendance aux importations de carburants et d’améliorer la prévisibilité des recettes publiques.
Dans un pays qui dépend étroitement de son secteur pétrolier, selon le FMI, la capacité à consolider ces évolutions dans la durée sera déterminante pour la trajectoire économique des prochaines années. Selon les données citées par la Direction générale du Trésor français, les hydrocarbures représentent environ les deux tiers du PIB et 97 % des recettes publiques.