L’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA) a annoncé le lancement de la phase pilote de son initiative de smartphone 4G « abordable » en Afrique. Lors du Mobile World Congress (MWC) qui se tient à Barcelone, la GSMA Handset Affordability Coalition, qu’elle a formée avec six grands groupes de télécommunications (Orange, Airtel Africa, Axian Telecom, Ethio Telecom, MTN et Vodacom) et des fabricants d’équipements d’origine à l’instar de Huawei, a dévoilé le 3 mars les six pays ciblés. Il s’agit de la République démocratique du Congo, de l’Éthiopie, du Nigeria, du Rwanda, de la Tanzanie et de l’Ouganda.

Deux leviers : industriel et politique

Lors de la création de cette coalition en juillet 2025, dans le cadre du MWC Kigali, deux leviers avaient été identifiés. Le premier, industriel, vise à standardiser les spécifications techniques minimales des smartphones (mémoire, RAM, autonomie, écran, appareil photo, etc.) afin de proposer un appareil viable, durable, produit à coûts maîtrisés et en grande quantité, et vendu à 30 à 40 USD (25,85 à 34,47 euros). Le second levier est politique : alléger la fiscalité. Vivek Badrinath, le directeur général de la GSMA, explique que « la suppression des taxes et des droits d’importation sur les smartphones 4G d’entrée de gamme sera essentielle pour assurer un déploiement à grande échelle ».

Cette phase pilote constitue une réponse à la fracture numérique qui persiste en Afrique. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), le continent affichait un taux de couverture mobile de 94% et un taux d’abonnement à la téléphonie mobile de 92% en 2025. Mais le taux d’abonnement actif au haut débit mobile n’était que de 56%. Le coût élevé des smartphones est considéré comme l’un des principaux freins à l’accès à Internet. Autrement dit, des centaines de millions de personnes vivent sous couverture 3G/4G, sans pouvoir franchir le pas, faute d’appareils adaptés.

Au-delà de l’inclusion mobile

L’accessibilité financière du smartphone en Afrique est un enjeu majeur pour les membres de la GSMA Handset Affordability Coalition, car elle dépasse la simple question de l’inclusion numérique. Elle représente une promesse de revenus supplémentaires pour les opérateurs. La GSMA souligne qu’elle constitue aussi « un moteur essentiel de la croissance économique, aidant les pays à surmonter des défis structurels tels que les lacunes en matière d’infrastructures, les contraintes énergétiques, les problèmes d’accessibilité financière et les évolutions démographiques. En 2024, le secteur mobile a contribué à hauteur de 220 milliards de dollars à l’économie africaine, soit 7,7% du PIB. D’ici 2030, ce chiffre devrait atteindre 270 milliards de dollars, soit 7,4% du PIB, grâce au développement de services mobiles, à la numérisation des entreprises et à une adoption plus large des technologies numériques, notamment la 5G ».

En attendant une amélioration du contexte industriel actuel, marqué par une flambée des prix mondiaux de la mémoire qui challenge l’atteinte du seuil critique du smartphone à entre 26 et 35 euros, indispensable à une adoption massive, la GSMA entend œuvrer en faveur de réformes fiscales décisives pour amortir les coûts côté consommateur. Avec les membres de la coalition, elle a annoncé qu’elle réunira à nouveau les dirigeants du secteur et les décideurs politiques lors du MWC Kigali du 16 au 18 juin prochains, afin d’évaluer les progrès accomplis et de poursuivre les discussions sur l’accessibilité financière des téléphones mobiles, ainsi que sur la réduction de la fracture numérique.