La Tanzanie a lancé la semaine dernière le raccordement au réseau national de sa première centrale solaire de grande capacité. Avec 50 MW, l’unité installée dans le district de Kishapu, région de Shinyanga au nordouest du pays, est directement connectée à la ligne haute tension Singida – Shinyanga de 220 kV qui borde le site.
La contribution de la centrale de Kishapu à la production énergétique tanzanienne était initialement prévue pour fin 2024/début 2025. Elle avait accusé du retard en raison de contraintes techniques. Il s’agit de la première phase d’un complexe de 150 MW développé par la compagnie publique Tanzania Electric Supply Company Limited (Tanesco), dans le cadre de son programme d’augmentation des capacités de production et de modernisation de son réseau de transport. Elle constitue à ce titre un jalon important pour le pays.
Avec cette injection dans le réseau national, le pays peut ainsi entamer la seconde phase prévoyant l’ajout de 100 MW supplémentaires sur le même site. Selon les médias locaux, la Tanesco est en passe de sélectionner l’entreprise chargée de construire cette extension, issue d’un appel d’offres lancé en avril 2025. Au total, ce projet d’envergure bénéficiera d’un soutien de 130 millions d’euros de l’Agence française de développement (AFD).
La démarche tanzanienne s’inscrit plus globalement dans une nouvelle dynamique de la filière solaire, qui concerne aussi l’archipel semiautonome de Zanzibar. La Zanzibar Electricity Corporation (ZECO) a en effet lancé début 2025 un appel d’offres pour une centrale solaire d’au moins 18 MW à Makunduchi, incluant conception, fourniture, installation, mise en service, ainsi que trois années d’exploitation et de maintenance, avec formation du personnel avant transfert.
Dans le pays d’Afrique de l’Est, les autorités cherchent depuis peu à diversifier le mix électrique. Selon le Power System Master Plan mis à jour en 2024, la capacité installée totale était d’environ 3,1 GW, dont 1,7 GW d’hydroélectrique (57,4 %) et 1,19 GW de gaz (38,78 %). Pendant ce temps, le solaire connecté au réseau reste quasi inexistant, malgré un potentiel considérable. D’après les données officielles, la Tanzanie bénéficie d’une ressource solaire journalière estimée à entre 4,5 et 6,0 kWh par mètre carré sur environ dix heures d’ensoleillement, ce qui représente un potentiel théorique de plus de 4 700 MWc, dont 1 674 MWc (3 666,06 GWh) déjà identifiés sur des sites prouvés.
Dans un tel contexte, le photovoltaïque peut jouer un rôle croissant dans l’amélioration de la desserte des ménages et entreprises par une électricité fiable et décarbonée, dans un contexte de forte croissance de la demande liée à l’urbanisation et à l’industrialisation. Selon les objectifs du Power System Master Plan, le pays cible d’ici 2038, 1,4 GW de capacité solaire installée et 1,7 GW à l’horizon 2050, ce qui en ferait sa 3e plus importance source d’énergie, toujours derrière le gaz et l’hydroélectricité.
Pour rappel, selon la BAD, l’accès à l’électricité s’est nettement amélioré en Tanzanie au cours de la dernière décennie, le taux de connexion passant d’environ 14 % à 46 % en 2024. Il reste cependant inférieur à la moyenne en Afrique subsaharienne (51 %), en grande partie à cause de la couverture encore limitée du réseau de transport et de distribution.