Au Ghana, les autorités veulent attirer du financement chinois en faveur de la filière huile de palme. Lors du Gala du Nouvel An lunaire chinois le 1er mars dernier à Accra, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Eric Opoku, a lancé un appel aux investisseurs. « Nous ne recherchons pas de l’aide. Nous construisons des coentreprises », a-t-il indiqué.

Une course vers l’autosuffisance

Si l’ex-Gold Coast est le 3e producteur ouest-africain d’huile de palme, derrière le Nigeria et la Côte d’Ivoire, il n’est pas pour autant autosuffisant. En 2023/2024, le rendement avoisinait 0,92 tonne de noix de palme par hectare, soit deux fois moins que son voisin ivoirien, selon les données du Département américain de l’agriculture (USDA).

Depuis 2020, la production locale peine à dépasser les 400 000 tonnes, alors même que la demande reste soutenue, stimulée par l’usage de l’oléagineuse comme huile de cuisson et comme ingrédient pour la fabrication de savons, détergents, produits pharmaceutiques et cosmétiques.

D’après les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Ghana a importé près de 257 400 tonnes d’huile de palme brute (CPO) par an, en moyenne, entre 2019 et 2023, principalement depuis des pays comme la Malaisie, l’Indonésie, la Côte d’Ivoire ou encore la Colombie.

Pour inverser la tendance, le gouvernement a inscrit la relance du secteur au cœur de sa stratégie économique. Dans sa Déclaration budgétaire et de politique économique pour 2026, présentée en novembre 2025 au Parlement, il a annoncé la création d’une facilité de financement de 500 millions de dollars (430 millions d’euros) destinée à soutenir la mise en œuvre de la Politique nationale de développement intégré de l’huile de palme pour la période 2026-2032.

Ce mécanisme prévoit l’octroi de prêts à long terme, assortis d’un moratoire de cinq ans et de taux concessionnels. Il pourrait couvrir jusqu’à 70% des coûts des projets industriels liés à la filière.

La stratégie prévoit également l’aménagement de 100 000 hectares de nouvelles palmeraies afin de sécuriser l’approvisionnement des unités de transformation et de renforcer la disponibilité de la matière première.

Un soutien chinois pour monter en puissance

Avec les investissements chinois, le Ghana entend accélérer la mue du secteur en renforçant davantage la production d’huile de palme brute.

La Chine dispose notamment d’une expertise scientifique reconnue sur les cultures tropicales à travers le Coconut Research Institute – Chinese Academy of Tropical Agricultural Sciences (CRICATAS), spécialisé entre autres dans le palmier à huile et le cocotier. En septembre 2024, l’organisation a signé un accord avec le Nigerian Institute for Oil Palm Research (NIFOR) pour développer des variétés à haut rendement adaptées au climat local et améliorer la productivité des plantations au Nigeria.

Au-delà de la production, le Ghana veut aussi tirer parti de l’expérience de l’empire du Milieu pour développer ses capacités de transformation, encore largement dominées par des unités artisanales qui assurent près de 80% du traitement des régimes de fruits frais. Si Pékin est aujourd’hui le troisième plus grand consommateur d’huile de palme, derrière l’Indonésie et l’Inde, il possède aussi une forte capacité industrielle dans le raffinage, la transformation et la distribution à grande échelle.

Plus globalement, en plus du cadre incitatif que le gouvernement ghanéen veut mettre en place, l’attractivité du marché pour les futurs investisseurs dépendra aussi de la capacité des autorités à lutter efficacement et dans la durée contre l’afflux d’huiles de cuisson de contrebande, vendues à des prix très bas qui freinent l’expansion des plantations de palmiers à huile, d’après l’USDA.