En 2026/2027, les importations de blé du Nigeria pourraient aller à près de 7,2 millions de tonnes, selon les analyses faites par le Département américain de l’agriculture (USDA) dans son dernier rapport sur le marché céréalier du pays ouest-africain. Ce volume, qui traduirait une hausse de 7,4% par rapport à l’exercice précédent, marquerait surtout un nouveau record pour la nation la plus peuplée d’Afrique. Ce serait en effet la première fois que ses importations franchiraient le cap des 7 millions de tonnes.

D’après l’USDA, cette vigueur des achats sera notamment favorisée par l’amélioration des conditions macroéconomiques et un taux de change du naira stable par rapport au dollar américain. Plus globalement, un tel niveau reste révélateur de la forte demande de la graminée dans le pays le plus peuplé d’Afrique. Avec l’urbanisation et les changements d’habitudes alimentaires, le blé est devenu une composante importante des régimes alimentaires, employé pour la fabrication d’une grande diversité de produits transformés comme les pâtes alimentaires, les biscuits, le couscous et les pâtisseries.

Alors qu’il n’est que la quatrième céréale la plus consommée derrière le maïs, le riz et le sorgho, le blé est devenue la seconde marchandise la plus importée par le pays, dans un contexte où la filière locale n’arrive pas à suivre le rythme, pénalisée par des attributs biophysiques, notamment un climat et un sol, qui restent peu favorable à l’essor de la culture. Il y a également des défis sécuritaires dans des Etats comme Jigawa et Kano, qui représentent plus de 70 % de la production nationale de blé. Malgré ces défis structurels, la production a doublé depuis 2018/2019, passant de 60 000 à 125 000 tonnes en 2024/2025.

Cette trajectoire prévisionnelle des importations nigérianes de blé pourrait changer l’ordre des plus gros acheteurs africains. Traditionnellement, le Top 3 des importateurs est formé par ordre d’importance par l’Egypte, l’Algérie et le Maroc, qui battent aussi des records continentaux en termes de consommation. Si les deux premiers pays tiennent leurs positions avec des niveaux d’achat dépassant au moins 9 millions de tonnes chacun, celle du Maroc pourrait être prise durant la campagne 2026/2027.

Le Royaume chérifien pourrait en effet voir une réduction de son volume d’achat. Les derniers chiffres publiés dans son Budget économique prévisionnel (BEP) indiquent que la production céréalière devrait dépasser 8 millions de tonnes en 2025/2026, soit une hausse de près de 80% par rapport aux 4,4 millions de tonnes estimés en 2024/2025. Cela constituerait la meilleure récolte depuis 2020/2021, lorsque la production avait atteint 10,3 millions de tonnes, et un net soulagement après plusieurs campagnes marquées par la sécheresse. Un tel rebond offre aussi une marge pour réduire le recours aux importations en volume et en valeur.

Dans un tel contexte, les prochaines prévisions de l’USDA sur le marché céréalier marocain pour la campagne 2026/2027 seront particulièrement scrutées par les analystes. Elles permettront de voir dans quelle mesure la bonne récolte chérifienne se traduit effectivement par une baisse des importations et par l’installation durable du Nigéria comme troisième acheteur africain derrière l’Égypte et l’Algérie.