Industrial Accelerator Act – « Ce n’est qu’un premier pas car le compte n’y est pas », estime le ministère français de l’Economie. Le Made in Europe proposé par la Commission de Bruxelles mercredi n’a pas convaincu non plus la filière automobile. Stellantis fustige un texte qui « ne permet pas d’atteindre l’objectif ». Pour véritablement « protéger et promouvoir l’industrie auto européenne et les millions d’emplois qu’elle génère (…), la politique doit être simple à mettre en œuvre et prévoir une compensation claire et rapide du surcoût lié au made in Europe », souligne le communiqué du groupe franco-italo-américain. « Elle doit également garantir des conditions de concurrence équitables pour tous les constructeurs commercialisant leur produits sur le marché européen ».
La Plateforme automobile PFA, qui rassemble constructeurs, équipementiers et fournisseurs, ironise pour sa part : « L’Union européenne sort enfin de la naïveté, en reconnaissant l’exigence de se protéger ». Mais l’extension du made in Europe à des pays tiers avec lesquelles l’Union a des accords de libre-échange révolte la profession. Et la PFA regrette que « seuls les véhicules électriques et hybrides rechargeables sont concernés, c’est moins d’un tiers du marché ».
Centre de développement Chery
Pendant que Bruxelles se hâte lentement et timidement, non sans contradictions, le rouleau compresseur chinois avance, lui, inexorablement. Chery, qui démarrera en avril prochain la commercialisation de ses modèles Omoda et Jaecoo dans l’Hexagone, annonce ce jeudi l’ouverture prochaine à Paris (La Défense) d’un centre de recherche et développement de ses futurs véhicules urbains (segment B des R5, Citroën C3), pour le marché français et européen.
« Notre ambition est de construire, dans la durée, une présence française complète, intégrant l’ingénierie, l’écosystème industriel, les services et une véritable proximité avec nos clients », affirme Hanbang Yu, PDG de Chery en France. Certes, ce que le constructeur appelle un centre de recherche et développement servira en fait à analyser au plus près les tendances et réglementations européennes pour mieux adapter des modèles chinois !
Des Geely chez Renault ?
Chery dispose déjà de facilités de production dans l’ancienne usine Nissan de la Zona Franca, à Barcelone. Il s’agit pour le moment d’un simple montage (SKD) à partir d’ensembles fournis par la Chine. Aujourd’hui, seuls les modèles portant un ancien label espagnol, Ebro, et destinés au marché local y sont assemblés, le reste venant des usines chinoises. Le site catalan dispose d’un potentiel installé de 100-150 000 véhicules par an. Une deuxième implantation européenne est à l’étude.
Geely va produire avec Volvo, que le groupe du milliardaire Li Shufu contrôle, à Kosice en Slovaquie. Et ce, à partir de 2028. Le premier véhicule sera la Polestar 7, un SUV compact 100 % électrique et haut de gamme. Moyennant un investissement d’environ 1,2 milliard d’euros, d’après le constructeur. Pour une capacité de production pouvant atteindre 250 000 voitures par an.
A terme, l’entreprise, qui s’est associée à Renault dans la co-entreprise de mécanique Horse, pourrait envisager un assemblage de véhicules sur un site du groupe tricolore. C’est déjà le cas en Corée et au Brésil où les usines Renault se sont désormais ouvertes à la fabrication des produits Geely. A une question sur une éventuelle production de Geely chez Renault en Europe, le directeur général du constructeur au losange François Provost nous avait répondu le 19 février dernier : pas de projet « pour l’instant » !… Ce qui laisse pour le moins la porte ouverte.
BYD en cours de démarrage
Le premier fabricant mondial de véhicules électrique BYD est quant à lui le plus avancé industriellement. Depuis le début de l’année, le groupe calibre ses machines sur le site flambant neuf de Szeged en Hongrie. Pour une pré-production d’ici à l’été et une fabrication en série dès le second semestre. Sont initialement prévues les fabrications de la Dolphin Surf (à partir de 18 990 euros en France) puis de l’Atto 2 (à partir de 32 990 euros).
Les premières livraisons de ces véhicules assemblés en Hongrie « sont attendues d’ici à la fin de l’année », selon le constructeur. Deux autres modèles électriques arriveront ensuite. Les capacités installées sont de 150 000 unités annuelles, qui peuvent être facilement doublées. Un projet d’usine supplémentaire est envisagé en Turquie. Un troisième site est en cours d’évaluation, potentiellement en Espagne.
Le groupe d’Etat chinois SAIC basé à Shanghai vise quant à lui une usine destinée à sa marque MG. Première marque chinoise en Europe, MG veut produire prioritairement des électriques. Le lieu n’est pas officiellement choisi. Une décision sera prise en principe cette année. Un deuxième site devrait d’ailleurs suivre. Leapmotor International – dont Stellantis détient 51% des parts – devrait également produire ses propres modèles dans l’usine espagnole du groupe franco-italo-américain à Saragosse, un site qui assemble aujourd’hui des Peugeot 208, Opel Corsa, Lancia Ypsilon. Même si, officiellement, rien n’est confirmé par le constructeur.
Un million d’unités en fin de décennie
Xpeng s’est associé pour sa part au carrossier et équipementier canadien Magna, afin d’utiliser ses capacités sous-employées à Graz en Autriche. Il y a d’ailleurs démarré l’assemblage de ses modèles en septembre dernier. Les capacités de production totales des constructeurs auto chinois sur le Vieux continent (et en Turquie) devraient se monter à plus d’un million d’unités avant la fin de la décennie, selon un rapport du Clifa (Comité de liaison des industries fournisseurs de l’automobile) diffusé en fin d’année dernière.
Avec ces implantations, les Chinois veulent tourner les droits de douane imposés par Bruxelles sur les modèles électriques chinois importés dans l’Union (27% pour BYD, 29% pour Geely). Tout en espérant atteindre à terme le contenu local de 70% (hors batteries) proposé par la Commission mercredi. Car ils pourront compter notamment sur la production de batteries… chinoises en Europe. Parallèlement à ces usines de montage, les fournisseurs de batteries de l’ex-Empire du milieu s’établissent en effet massivement sur le sol européen !