ArcelorMittal a dévoilé, jeudi 5 février, des résultats 2025 solides avec un Ebitda en hausse de 25% en Europe. Le géant sidérurgique a salué les mesures de protection de l’acier sur le continent, sans confirmer d’investissements de décarbonation pourtant très attendus. L’inquiétude grimpe, alors qu’un nouveau plan de délocalisation des fonctions support de l’Europe vers l’Inde, qui pourrait être massif, a été annoncé fin janvier.
ArcelorMittal prend son temps pour rassurer l’Europe. Jeudi 5 février, à l’occasion de la présentation de ses résultats annuels, le géant de l’acier a dévoilé des résultats solides pour 2025. Malgré un chiffre d’affaires en légère baisse, à 61,35 milliards de dollars (-1,7%), la multinationale affiche un bénéfice net multiplié par 2,3, qui atteint 3,15 milliards de dollars. Le numéro 2 mondial de la sidérurgie n’a cependant pas profité de l’occasion pour annoncer d’investissements dans le verdissement de ses usines en Europe, pourtant très attendus.
En Europe, la production baisse mais les résultats grimpent
Dans le détail, les chiffres d’ArcelorMittal dévoilent une situation industrielle mitigée. La baisse du chiffre d’affaires du groupe, comme celle de son Ebitda (-7,3%), s’expliquent notamment par une diminution des cours moyens de l’acier en Inde et au Brésil, et par l’impact des taxes douanières de Donald Trump aux Etats-Unis. Le bon résultat net, lui, bénéficie notamment d’une amélioration du taux de change entre l’euro et le dollar et des frais de financements.
A contrario, l’Europe se distingue et affiche une meilleure performance d’Ebitda qu’en 2024 (+25%, à 2 milliards de dollars) malgré une production en baisse notable de 6,7% avec 29,1 millions de tonnes d’acier, en raison d’un «effet prix-coût positif». En 2019, avant la pandémie de covid-19, la production se rapprochait des 44 millions de tonnes.
En 2025, le groupe s’est séparé de quelques petites activités sur le continent. Il a vendu l’aciérie intégrée de Zenica et la mine de fer de Prijedor, en Bosnie, et annoncé la fin des opérations de l’usine de Huta Królewska (qui fabrique des produits longs et employait 270 personnes), en Pologne, en raison des coûts de l’énergie. Début janvier, le sidérurgiste a aussi annoncé un plan de fermeture de l’usine de flans soudés pour l’automobile (Tailored Blanks) de Gand, en Belgique, qui emploie 90 personnes.
Vos indices
Janvier 2026
Cours mensuel de l’étain – settlement
Février 2026
Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) – Ecart d’alliage
En France, le groupe a aussi annoncé un plan social en avril, visant la suppression de 400 emplois de production (dans le cadre du plan “React”) et de 230 emplois dans les services supports. Les licenciements, 180 au final, estiment les syndicats, doivent être effectif à la fin mars.
Pour autant, l’Europe reste centrale pour la multinationale basée au Luxembourg, contrôlée par l’indien Lakshmi Mittal. Il y employait, en 2024, 48500 personnes et y a réalisé 47% de son chiffre d’affaires et un tiers de son Ebitda en 2025. ArcelorMittal ne communique pas sur ses revenus par pays ni sur la situation économique de ses sites français. Mais le moindre dynamisme industriel du continent, la concurrence des importations d’acier et les impératifs de décarbonation justifient, à ses yeux, d’y limiter la construction de nouvelles usines au profit d’autres régions. Principalement l’Inde et le Brésil.
Des mesures de soutien saluées, mais pas d’acier vert
Parmi les projets stratégiques mis en avant par ArcelorMittal à l’occasion de ses résultats, seul un se trouve en Europe. Il s’agit de l’usine d’acier pour moteur électrique de Mardyck, dont la production a démarré fin 2025, et qui représente un investissement de plus de 500 millions d’euros. Aucun projet ne concerne la production d’acier vert, qu’il s’agisse de construire des fours de réduction de minerai de fer alimentés avec de l’hydrogène, ou d’installer des fours électriques.
Fin 2024, le sidérurgiste avait suscité les premières craintes sur le sujet, en confirmant la mise en pause de ses investissements prévus dans la décarbonation sur le continent, dont celui annoncé jusqu’alors à Dunkerque. Depuis, Bruxelles a réagi, et commencé à mettre en place des mesures, dont le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) et un instrument limitant drastiquement la part d’importations d’acier (qui doit encore être validé avant juillet).
«Ensemble, ces mesures permettront aux producteurs européens de retrouver des niveaux d’utilisation durables et de générer des rendements solides sur leur capital. Et même si les avantages des changements apportés à l’environnement réglementaire se feront pleinement sentir au fil du temps, de manière plus visible au second semestre et en 2027, nous sommes très bien placés pour tirer parti de cette orientation», prend soin de saluer le directeur général du groupe, Aditya Mittal, dans son communiqué.
Mais le sidérurgiste, dont le cours de bourse est au plus haut depuis 15 ans, n’a pour autant pas formellement validé de nouveaux investissements. Le projet de 1,2 milliard d’euros, prévu pour construire un grand four électrique – qui permettrait de fondre de la ferraille ou du minerai de fer préréduit (DRI), à Dunkerque dans le Nord – reste toujours en suspens. Le sidérurgiste avait promis de confirmer sa décision «après l’été [2025]».
Nouvelle vague de délocalisation des fonctions support vers l’Inde
Une situation qui suscite l’inquiétude chez les salariés, d’autant plus que le groupe leur a annoncé, le 29 janvier dernier, une deuxième vague à venir de délocalisation de ses fonctions support (finances, ressources humaines, informatiques, supply chain, achats, marketing) vers l’Inde, dans un souci d’optimisation des coûts. Pour rappel, en 2025, ArcelorMittal avait déjà fait part de son intention de délocaliser jusqu’à 4500 emplois de ce type vers la Pologne et l’Inde, dans le cadre de la phase 1 d’un plan baptisé Zenith. Après examen, de 1300 à 1400 postes seront supprimés, estiment les syndicats.
La deuxième phase, annoncée fin janvier, devrait examiner 5600 postes supplémentaires, situés dans des sites et des usines non concernés jusqu’alors. En France, 1650 postes sont concernés, notamment à Fos-sur-Mer et dans les usines de l’est de la France, dont Florange. Là encore, cela ne veut pas dire que l’ensemble de ces postes sera effectivement transféré en Inde.
«C’est ce qui est succeptible d’être délocalisé, mais il n’y a pas d’objectif ni de temporalité affichés : on ne sait pas comment cela va se passer. C’est horrible psychologiquement pour les gens qui viennent au boulot», déplore Jean-Marc Vécrin, qui représente la CFDT au comité économique européen du groupe. Interrogé avant la publication des résultats, il fustige l’absence d’annonces d’investissement : une «trahison, alors que le plan acier a été fait sur mesure pour ArcelorMittal et que tous les feux sont au vert».
«Cela interroge sur l’engagement du groupe ArcelorMittal pour l’avenir de la sidérurgie au niveau européen. Une délocalisation de ces fonctions n’est pas un signe positif, et on ne voit plus rien avancer au niveau des investissements, malgré les mesures européennes et, au niveau national, un accord sur la fourniture d’électricité de 18 ans avec EDF», fustige de son côté Jean-Luc Ruffin, représentant de la CGT au CEE du groupe.
Pour profiter de l’effet à venir des restrictions d’importation, ArcelorMittal envisagerait de faire fonctionner temporairement l’aciérie de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhone) avec deux hauts-fourneaux, revenant sur la situation en vigueur depuis 2023 : un seul haut fourneau en activité. Une bonne nouvelle pour l’emploi, mais qui ne résout rien à moyen-terme alors que le prix du CO2 payé par les sidérurgistes va s’accroître d’année en année d’ici à 2034, s’inquiètent cependant les représentants syndicaux auprès de L’Usine Nouvelle.
«Les quotas gratuits disparaissent : d’ici 2030, les haut-fourneaux risquent de ne plus être suffisamment rentables et si rien n’est fait, il n’y aura plus de production d’acier», s’inquiète Jean-Luc Ruffin. «Faire parvenir un four électrique à maturité prend trois à cinq ans, les capacités ne sont pas les mêmes et on ne parle même plus d’hydrogène. Nous sommes déjà en retard», abonde Jean-Marc Vécrin. Les annonces d’ArcelorMittal en 2026 seront décisives.
