International Finance Corporation (IFC), la branche de la Banque mondiale en charge du financement du secteur privé actif dans les pays en développement, accélère la constitution de son portefeuille d’engagements financiers au début de l’année 2026, selon des données collectées par la plateforme de l’Agence Ecofin, dédiée au suivi de ces transactions. Au total, 21 projets ont été annoncés sur la période du premier janvier au 5 mars 2026, pour une valeur globale de 307 milliards de dollars.

Illusion statistique

Ce montant, trois fois inférieur à celui de la même période en 2025, peut apparaître comme une contre-performance. Mais c’est une illusion statistique, car sur le total des projets d’engagement annoncés, seuls 3 affichent déjà des montants confirmés. Il s’agit des transactions avec Banque Misr en Égypte, du projet de financement de l’accès à l’électricité pour tous, développé par la Compagnie ivoirienne d’Électricité, et d’Orange Bank. La valeur finale et effective des transactions de la période sera révélée au fur et à mesure des passages au Conseil d’administration d’IFC prévus d’ici la fin du mois d’avril.

Pour le reste, les indicateurs des initiatives africaines de l’institution de financement du développement sont au vert. Le nombre de divulgations de projet par semaine est le plus élevé depuis 2021. La couverture géographique des projets annoncés, qui concernent 15 pays, est également la plus élevée, tout comme le nombre de secteurs, qui a culminé à 16.

Sur ce volet — l’agriculture, le transport et l’énergie — des segments très productifs de l’économie occupent une place de choix, avec une dizaine de projets, contre seulement 6 pour les entreprises des services financiers, hors fonds d’investissement par capitaux privés.

Plus globalement, un portefeuille en pleine expansion continentale

Le portefeuille d’investissements actifs de la Société Financière Internationale en Afrique reflète un engagement stratégique profond et en constante progression. Avec 500 projets répartis sur l’ensemble du continent, la SFI couvre aujourd’hui plus de quarante-sept pays, des économies émergentes d’Afrique du Nord aux marchés les plus fragiles d’Afrique subsaharienne.

Loin d’être concentré sur quelques grands centres économiques, ce portefeuille dessine une présence continentale qui s’étend aussi bien vers des places financières matures comme Le Caire ou Johannesburg que vers des marchés pionniers comme la Guinée, le Gabon ou la Mauritanie. Cette diversification géographique traduit une ambition de faire de l’Afrique non plus une région d’opportunités secondaires, mais le premier terrain d’intervention, alors que les banques commerciales occidentales ont continué de quitter la région pour des raisons de conformité à leurs réglementations.

Ce qui distingue la stratégie de la SFI en Afrique, c’est la sophistication de ses instruments financiers. Le portefeuille combine prêts directs, prises de participation en fonds propres et garanties, souvent au sein d’un même projet, afin de structurer des financements adaptés à chaque contexte de risque. Les prêts constituent naturellement la part prépondérante des engagements, mais ce sont les garanties qui concentrent le plus grand effet de levier, permettant à un nombre limité d’opérations de mobiliser des volumes considérables aux côtés du secteur privé. Les fonds propres, pour leur part, se concentrent principalement dans l’écosystème des fonds de capital-investissement panafricains, soutenant des entreprises à fort potentiel de croissance, depuis le capital-risque jusqu’aux fonds de croissance à grande échelle. Cette architecture composite témoigne d’une institution qui ne se contente pas de prêter, mais partage le risque entrepreneurial avec ses partenaires.

Des secteurs prioritaires ancrés dans les besoins du continent

Les secteurs auxquels s’adresse ce portefeuille révèlent les fractures de développement que la SFI entend combler. Les institutions financières — banques commerciales, établissements de microfinance, fonds de garantie pour les petites et moyennes entreprises — constituent le premier axe d’intervention, en reconnaissant que l’accès au crédit reste le principal obstacle à la croissance privée en Afrique. L’infrastructure suit de près, en accordant une attention particulière aux énergies renouvelables, notamment solaires, aux télécommunications mobiles et aux transports. L’agriculture, de la transformation du cacao à la production céréalière en passant par les intrants, bénéficie également d’une présence marquée, reflétant les enjeux de souveraineté alimentaire du continent. Enfin, les nouvelles technologies numériques — fintech, e-commerce, connectivité — occupent une place croissante, ce qui prouve que la SFI accompagne activement la transformation digitale africaine.

Rappelons que d’autres institutions de financement du développement jouent un rôle clé dans le financement du secteur privé en Afrique, parfois dans le cadre de projets communs. Il s’agit notamment de Proparco en France, du British International Investment (successeur de CDC Group), de la DEG allemande, de l’US Development Finance Corporation américaine, et, sur le continent, de la Banque africaine de développement ou encore d’Afrexim Bank.