Cette résilience allemande dans le financement du secteur privé en Afrique et en MENA intervient alors que plusieurs banques commerciales européennes ont poursuivi leur retrait du continent, notamment sur des segments de banque de détail, redistribuant les cartes entre acteurs africains, investisseurs institutionnels et banques de développement.

Dans ce contexte, l’Allemagne est par ailleurs annoncée parmi les pays invités, aux côtés de l’Inde, au sommet Africa Forward (Afrique-France) prévu à Nairobi (Kenya) les 11 et 12 mai 2026, où la question du financement du secteur privé en Afrique sera au centre des échanges. 

Premier investisseur institutionnel

Selon des données collectées par la plateforme premium de l’Agence Ecofin, la Société Financière Internationale (IFC, groupe de la Banque mondiale) est le premier investisseur institutionnel du secteur privé en Afrique, avec plus de 467 engagements annoncés depuis 2017 jusqu’à aujourd’hui, suivie de Proparco (288 engagements). La DEG allemande intervient ensuite, après l’actuelle structure britannique dénommée British International Investment (ancien CDC Group) et la Banque africaine de développement, qui jouent aussi un rôle de poids dans ce domaine.

La KfW est une banque publique allemande créée après la Seconde Guerre mondiale pour reconstruire l’économie. Aujourd’hui, elle agit comme banque de développement au service du gouvernement fédéral, notamment via son ministère de tutelle, le BMZ (ministère fédéral de la coopération économique et du développement).

Elle opère en deux volets principaux : la KfW Development Bank, qui gère des financements concessionnels, souvent destinés à des États ou à des projets publics, et sa filiale DEG, spécialisée dans le financement du secteur privé (entreprises, fonds d’investissement, banques locales). En 2025, les nouveaux engagements (financements fraîchement accordés) de DEG s’élèvent à 2,4 milliards d’euros au total dans le monde. Pour l’Afrique et le MENA, ils représentent 592 millions d’euros, soit environ un quart des engagements globaux. Ce volume est stable par rapport à 2024 (609 millions) et marque une progression par rapport à 2021 (206 millions cumulés Afrique subsaharienne + MENA) et 2022 (424 millions).

DEG, le bras privé qui porte l’essentiel des volumes 

Le portefeuille cumulé de 3,018 milliards d’euros pour l’Afrique/MENA est particulièrement visible via DEG. Selon la brochure « DEG Image 2026 » (publiée en février 2026 et présentant les chiffres au 31 décembre 2025), sur un portefeuille global DEG de 11,7 milliards d’euros, la région Afrique/MENA pèse environ 3 milliards d’euros, soit 25,6%.

Les nouveaux engagements DEG en Afrique/MENA atteignent précisément 592 millions d’euros en 2025. 

Parmi les pays les plus soutenus en 2025 figurent l’Égypte (94 millions d’euros), l’Afrique du Sud (87 millions d’euros), Maurice (30 millions d’euros), la Tanzanie (32 millions d’euros) et le Nigeria (22 millions d’euros). Une part très importante – 256 millions d’euros, soit plus de 43% des engagements Afrique/MENA – passe par des programmes suprarégionaux, c’est-à-dire des initiatives couvrant plusieurs pays, comme des fonds pour l’énergie renouvelable, l’inclusion financière ou les petites et moyennes entreprises (PME).

DEG cible explicitement le secteur privé pour favoriser une croissance durable. Par exemple, en Ouganda, elle a accordé un prêt de 16,5 millions d’euros à Selecta One, une entreprise d’horticulture, pour acquérir une ferme et développer l’énergie solaire ; ce projet sécurise plus de 2000 emplois locaux et inclut des services d’appui en santé. Au Nigeria, 25 millions de dollars renforcent Access Bank pour financer les PME, dans le cadre d’un partenariat de longue date. En Afrique du Sud, un prêt syndiqué de 300 millions de dollars avec FirstRand Bank vise à accélérer la transition vers les énergies renouvelables et à renforcer la résilience climatique.

Stratégie locale et partenariats

La KfW Development Bank complète ces actions par des financements publics, souvent pour des infrastructures sociales ou économiques. En 2024 (derniers chiffres détaillés disponibles), elle avait engagé 2,6 milliards d’euros en Afrique, dont plus d’un milliard pour la sécurité alimentaire, la santé, l’eau et l’éducation, et 952 millions pour l’énergie et l’environnement. En 2025, un prêt notable de 500 millions d’euros soutient la transition énergétique en Afrique du Sud dans le cadre du Just Energy Transition Partnership (partenariat international pour une transition juste vers l’énergie propre). La stratégie repose sur des bureaux locaux (à Nairobi, Johannesburg, Abidjan, Lagos…) et des partenariats avec des acteurs africains, comme la Banque africaine de développement, des fonds de capital-investissement (ex. AfricInvest) ou des véhicules régionaux. L’objectif est de promouvoir l’entrepreneuriat, l’accès aux services essentiels et la transition verte, tout en alignant les projets sur les Objectifs de développement durable des Nations unies (énergie propre, travail décent, action climatique).