La Banque mondiale a approuvé un financement de 200 millions USD (environ 173 millions d’euros) en faveur de l’Éthiopie pour soutenir la sixième phase du Productive Safety Net Project (PSNP 6), un programme destiné à renforcer la sécurité alimentaire, créer des opportunités économiques et soutenir les ménages les plus vulnérables. Financé par un crédit de l’Association internationale de développement (IDA), ce nouveau cycle d’appui s’inscrit dans la continuité d’un partenariat de près de deux décennies entre l’institution multilatérale et le gouvernement éthiopien.
L’initiative survient dans un contexte marqué par des tensions sociales persistantes et des fragilités économiques. Le pays est confronté à des conflits ethniques et politiques, à des crises humanitaires et à des inégalités économiques qui fragilisent la cohésion nationale. Parallèlement, les sécheresses répétées, la hausse des prix alimentaires et le manque d’emplois rendent plus difficile la satisfaction des besoins essentiels des ménages.
Malgré les progrès enregistrés ces dernières années — avec une croissance estimée à 8,1 % en 2023/2024 — l’Éthiopie reste l’un des pays les plus pauvres du monde. Selon la Banque mondiale, le revenu national brut par habitant s’élève à environ 1020 dollars. Dans ce contexte, le programme vise à répondre aux besoins immédiats des familles tout en renforçant leur résilience économique et climatique. « Ces pressions obligent les parents à faire des choix impossibles : sauter des repas, vendre des biens précieux ou retirer les enfants de l’école », a déclaré Maryam Salim, directrice de division de la Banque mondiale pour l’Éthiopie, l’Érythrée, le Soudan et le Soudan du Sud.
Emploi rural et entrepreneuriat au cœur du programme
Le PSNP 6 prévoit d’accompagner 700 000 personnes dans la création ou le développement de petites entreprises, grâce à des formations, du mentorat et un appui financier de base. Les jeunes et les femmes seront particulièrement ciblés par ces dispositifs.
En parallèle, des travaux publics intégrant des solutions climatiques devraient fournir des revenus temporaires à 6 millions de personnes tout en renforçant les infrastructures locales. Les activités prévues incluent notamment la restauration de bassins versants, la réhabilitation de terres dégradées et la construction d’infrastructures adaptées aux chocs climatiques.
Le programme prévoit également des investissements dans la nutrition, la santé et le développement de la petite enfance, afin de contribuer à réduire le retard de croissance chez les enfants. Il soutiendra par ailleurs la création de coopératives féminines, facilitera l’accès au crédit et favorisera l’intégration des producteurs locaux dans les chaînes de valeur.
Pour Sintayehu Demissie, responsable du bureau de coordination de la sécurité alimentaire au ministère éthiopien de l’Agriculture, ce programme constitue « un investissement essentiel pour l’emploi et les moyens de subsistance des populations rurales » et doit contribuer au renforcement du système de protection sociale du pays.
Rappelons que le Productive Safety Net Program, devenu l’un des principaux mécanismes de protection sociale en Afrique a été lancé en 2005. Lors de la phase précédente (PSNP 5), les communautés ont restauré 1,2 million d’hectares de terres à travers 11 800 bassins versants, et réalisé ou réhabilité près de 2 600 infrastructures sociales, notamment des écoles, centres de développement de la petite enfance et postes de santé.