La Commission européenne a adopté cette semaine son plan d’action RESourceEU destiné à sécuriser l’approvisionnement de l’UE en matières premières critiques, dans un contexte marqué par des restrictions chinoises sur les terres rares et une montée des tensions géo-économiques. Cette évolution survient alors que plusieurs pays africains figurent déjà parmi les partenaires identifiés par Bruxelles pour diversifier ses sources d’approvisionnement.

Dans le détail, l’Europe veut rendre plus opérationnelle sa stratégie. « L’Europe ne peut plus agir comme auparavant. Nous avons tiré cette leçon avec l’énergie, nous ne la répéterons pas avec les matières critiques », indiquait déjà en octobre dernier la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, en présentant un aperçu du plan. Bruxelles prévoit ainsi de mobiliser 3 milliards d’euros au cours des douze prochains mois pour appuyer des projets d’extraction, de transformation et de recyclage jugés prioritaires. « La Commission accélérera les projets pertinents pour l’UE en mobilisant des outils de réduction des risques financiers et en supprimant les goulets d’étranglement réglementaires, en accélérant les projets stratégiques qui peuvent réduire les dépendances de jusqu’à 50 % d’ici 2029 », apprend-on.

Mobiliser les investisements

Elle souhaite également réduire les délais d’autorisation qui ralentissent le développement de nouvelles capacités industrielles. Un Centre européen des matières premières critiques sera mis en place en 2026 afin de centraliser l’information, orienter les financements, encadrer d’éventuels achats groupés et accompagner la constitution de stocks stratégiques dans les chaînes d’approvisionnement sensibles.

Avant l’adoption formelle du plan le mercredi 3 décembre, plusieurs éléments avaient déjà circulé dans la presse spécialisée.

Bloomberg indiquait ainsi en début de semaine que la Commission envisage de mobiliser les fonds grâce à un montage financier issu de plusieurs sources européennes. Un programme de l’UE devait contribuer à hauteur de 2 milliards d’euros sur la période 2026-2027, pour soutenir des investissements liés aux matières premières. Un autre fonds européen prévoyait d’ajouter 700 millions d’euros dès 2026 pour renforcer les chaînes d’approvisionnement et appuyer les technologies bas carbone. Le média évoquait aussi la montée en puissance de la Banque européenne d’investissement, qui pourrait pourvoir 2 milliards d’euros de financements annuels destinés au développement du marché intérieur des matières critiques.

Une bataille mondiale pour les minéraux critiques

Le nouveau plan européen s’inscrit dans un contexte de forte compétition mondiale pour les ressources indispensables aux technologies bas carbone et aux équipements industriels. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Chine concentrait en 2024 plus de 95 % de la production mondiale de graphite et de terres rares de qualité batterie, ainsi que près de 70 % des produits chimiques du lithium. Cette position dominante repose sur une possession de capacités industrielles massives, mais aussi sur l’activité d’entreprises chinoises dans plusieurs mines à l’étranger. Pour les économies occidentales, cet état de fait nourrit la volonté de renforcer la diversification des approvisionnements.

Elles ont commencé dans ce cadre à se tourner progressivement vers l’Afrique, qui abrite selon plusieurs sources concordantes environ 30 % des réserves mondiales de minéraux critiques, dont du cuivre, du cobalt, du lithium, du graphite et certaines terres rares. Bien que le plan annoncé le 3 décembre ne mentionne pas explicitement ce continent, l’UE indique vouloir « approfondir la coopération avec des partenaires partageant les mêmes valeurs, afin de diversifier l’offre et d’accélérer la coopération industrielle, en s’appuyant sur les 15 partenariats stratégiques existants signés avec des pays riches en ressources, et un autre avec le Brésil à l’horizon ». Bruxelles dit travailler également à des cadres d’investissement avec l’Ukraine, les Balkans occidentaux et son voisinage Sud, tout en soutenant des initiatives du G7 et du G20 en faveur de chaînes d’approvisionnement plus résilientes.

Ces orientations sont dans la même lignée que les démarches déjà engagées en Afrique. Fin novembre, en marge du sommet du G20 à Johannesburg, l’Union européenne et l’Afrique du Sud ont ainsi signé un accord de partenariat dans le domaine des minéraux critiques. « Nous avons besoin de ces intrants pour alimenter la transition énergétique propre, ici comme en Europe. L’avenir de notre économie repose donc sur des chaînes d’approvisionnement équitables et fiables », avait alors déclaré Ursula von der Leyen.  En 2022, l’UE avait signé un mémorandum d’entente avec la Namibie, portant sur les matières premières durables et l’hydrogène renouvelable.

En 2023, des accords similaires avaient été conclus avec la Zambie et la République démocratique du Congo pour accompagner le développement de chaînes de valeur locales dans les minéraux critiques. Depuis 2024, plusieurs projets liés aux terres rares ou au graphite au Malawi, en Afrique du Sud et en Ouganda ont été intégrés à des dispositifs européens d’assistance technique ou de financement.

Implications et perspectives

L’adoption de RESourceEU survient à un moment où plusieurs pays africains souhaitent mieux valoriser leurs ressources minérales, en privilégiant la transformation locale, la montée en compétence des acteurs nationaux et la diversification des partenaires industriels. Les instruments proposés par Bruxelles pourraient, selon les modalités de mise en œuvre qui restent à préciser, offrir de nouvelles possibilités de coopération, qu’il s’agisse d’appui aux infrastructures industrielles, de financement de projets ou de renforcement des capacités techniques.

S’il est encore trop tôt pour mesurer l’impact concret de ce plan sur les relations Afrique-Europe dans le domaine des minéraux critiques, les prochaines étapes permettront certainement d’éclairer la manière dont ces instruments seront articulés avec les partenariats existants et les ambitions économiques des pays africains concernés. Dans un paysage mondial où la demande augmente rapidement et où les initiatives américaines, chinoises et du Golfe se multiplient, l’Afrique reste l’une des zones clés dans la recomposition des chaînes d’approvisionnement de la transition énergétique.