L’Éthiopie et l’Allemagne ont effectué une nouvelle avancée dans leur relation bilatérale en adoptant un cadre de coopération triennal doté de 206 millions d’euros pour la période 2025-2027. Derrière l’annonce financière, faite à l’issue de discussions de haut niveau à Addis-Abeba, se dessine une ambition plus large : accompagner les réformes économiques éthiopiennes, renforcer la stabilité de la Corne de l’Afrique, et ancrer le pays comme partenaire stratégique de l’Europe sur les enjeux climatiques, sécuritaires et commerciaux.

Le montant engagé par Berlin se répartit entre 106 millions € dédiés à des projets et programmes de coopération technique et financière, et 100 millions € de soutien budgétaire direct, aligné sur l’agenda de réformes du gouvernement éthiopien. Un soutien qui survient à un moment où ce pays Est-africain cherche à restaurer son équilibre macroéconomique après plusieurs années de chocs cumulés, entre conflits internes, tensions régionales et contraintes de financement externe.

Un appui financier pour des réformes économiques

Lors des échanges le ministre éthiopien des Finances, Ahmed Shide, a mis en avant les réformes engagées pour assainir le marché des changes, fluidifier la logistique et le commerce, et améliorer la qualité des services publics. Autant de leviers destinés à soutenir une croissance que plusieurs institutions internationales estiment encore robuste. La priorité est désormais de transformer la reprise macro-économique en croissance durable, capable d’attirer davantage d’investissements privés.

Les besoins restent particulièrement élevés dans le secteur de l’énergie, bien que des projets structurants comme le barrage de la Renaissance doivent apporter plus de 5 000 MW à la capacité électrique du pays. Addis-Abeba reconnaît que l’investissement public ne suffira pas et mise de plus en plus sur les investissements directs étrangers pour combler le déficit de financement du secteur.

Dans ce contexte, Berlin observe avec intérêt l’appétit croissant de ses entreprises pour le marché éthiopien. « La réunion a fait état du vif intérêt manifesté par les entreprises allemandes lors du récent Forum d’affaires éthio-allemand, avec un accent particulier sur les investissements dans les grandes infrastructures, notamment le projet de nouvel aéroport international, ainsi que sur les opportunités offertes par la digitalisation, les industries de haute technologie et l’intelligence artificielle (IA) » indique le ministère éthiopien des Finances.

Climat, sécurité et géopolitique régionale au cœur du partenariat

Au-delà des enjeux économiques, la coopération germano-éthiopienne s’inscrit dans une lecture stratégique plus large. La visite de la ministre fédérale allemande de la Coopération économique et du Développement, Reem Alabali-Radovan, a souligné l’importance accordée par Berlin au rôle régional d’Addis-Abeba, qui abrite notamment le siège de l’Union africaine. L’Allemagne voit dans le pays Est-africain un partenaire clé pour la promotion d’un ordre international fondé sur des règles fortes, dans un environnement géopolitique de plus en plus fragmenté.

La dimension climatique occupe également une place centrale. Berlin a réaffirmé son engagement dans les mécanismes internationaux de financement climatique, tandis que l’Éthiopie capitalise sur sa stratégie de résilience, incarnée par la Green Legacy Initiative et par des infrastructures énergétiques d’envergure. La désignation du pays pour accueillir la COP32 en 2027, après le Sommet africain sur le climat de 2025, illustre cette trajectoire.

Enfin, les discussions ont abordé des enjeux de stabilité régionale, en particulier la situation au Soudan. Addis-Abeba s’est positionnée comme un acteur neutre, favorable à une solution conduite par les Soudanais eux-mêmes, avec l’appui de la communauté internationale. La question de l’accès à la mer, qualifié de pacifique et légal par les autorités éthiopiennes, a également été présentée comme un impératif stratégique de long terme. Enclavée depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie dépend quasi exclusivement du port de Djibouti pour ses échanges extérieurs, ce qui accroit ses coûts logistiques et constitue une vulnérabilité stratégique pour une économie de plus de 135 millions d’habitants.

Depuis quelques années, Addis-Abeba cherche à diversifier et à sécuriser ses corridors maritimes afin de soutenir sa croissance, réduire sa dépendance à un seul débouché et renforcer sa souveraineté économique. Mais cette ambition se heurte à des équilibres régionaux sensibles, notamment avec l’Érythrée, la Somalie et Djibouti.