L’Afrique met le cap vers une nouvelle étape destinée à renforcer sa souveraineté numérique. Les ministres en charge des TIC, des Télécommunications et de l’Économie numérique sur le continent ont adopté, sous l’égide de l’Union africaine des télécommunications (UAT), la « Déclaration d’Alger sur des plateformes numériques équitables, sûres et responsables en Afrique », en marge de la 4ème Conférence africaine des start-up tenue du 6 au 8 décembre 2025 en Algérie.
Le texte fixe les bases d’un cadre réglementaire continental visant à encadrer l’activité des plateformes Over-The-Top (OTT) mondiales et des grandes plateformes numériques, y compris celles d’Intelligence artificielle. Les plateformes dites « OTT » regroupent un large éventail de services : applications de messagerie, réseaux sociaux, plateformes de streaming, solutions d’IA accessibles en ligne, etc. Elles captent une part croissante de la valeur créée sur les marchés africains, tout en restant pour la plupart régies par les lois de leurs pays d’origine.
Inspirée par des cadres internationaux comme le Digital Services Act européen, cette Déclaration marque une volonté de passer d’un simple statut de consommateur à celui d’acteur décisionnel dans la gouvernance numérique mondiale. L’enjeu est colossal : pendant des années, les géants du numérique ont opéré en Afrique, exploitant les données du continent et diffusant leurs contenus, sans toujours fournir une contribution économique équitable ou investir au niveau local. Une situation de déséquilibre longtemps dénoncée par les opérateurs télécoms, et à laquelle la Déclaration d’Alger entend mettre fin.
Rémunérer l’Afrique à la hauteur de sa contribution
Parmi les engagements phares, on retrouve la négociation continentale unifiée, par laquelle les pays africains s’engagent à négocier d’une seule voix avec les plateformes OTT, renforçant considérablement leur pouvoir d’influence face aux multinationales. Le texte impose également des obligations de contribution locale concrètes, incluant le réinvestissement d’une partie des bénéfices, le développement d’infrastructures locales et la formation de talents locaux. Un point crucial est l’exigence de garantir que « la donnée africaine demeure en Afrique », notamment par la localisation Cloud et l’instauration d’infrastructures souveraines.
Au-delà des aspects économiques, la Déclaration d’Alger met l’accent sur la nécessité de plateformes sûres et responsables. Elle introduit des normes strictes de responsabilité en matière d’IA, couvrant la transparence et la sécurité algorithmique. Le renforcement de la protection des utilisateurs est aussi une priorité, avec un accent particulier sur les femmes, les enfants et les groupes vulnérables. L’encadrement vise également à protéger et à valoriser le patrimoine culturel africain face à la domination des contenus étrangers.
Comme l’a souligné le ministre algérien de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, cette Déclaration répond à un besoin urgent d’établir un cadre juridique pour que le continent puisse se positionner dans l’écosystème mondial de l’OTT. L’adoption du texte, qui sera soumis à l’Union africaine début 2026, est saluée par le secrétaire général de l’UAT, John Omo, comme un pas vers le renforcement du domaine de la diffusion numérique en Afrique. Pour lui, elle encouragera l’investissement local et permettra de conduire un dialogue avec les plateformes mondiales sur diverses questions, notamment l’utilisation des données personnelles et la protection des consommateurs.
« Il est temps de discuter des bénéfices que le continent tire de l’activité des plateformes OTT mondiales qui y opèrent, et d’examiner ensemble l’avenir de la circulation des données et leur sécurité » affirme-t-il. Reste à savoir si, comme le font remarquer certaines délégations, ce mécanisme continental unifié pourra réellement être piloté dès 2026.