Au Ghana, premier producteur africain de métal jaune, les autorités étudient des solutions alternatives afin de sécuriser les exportations issues du secteur artisanal.

Selon deux sources proches du dossier, citées par Reuters, le Ghana Gold Board (GoldBod), société publique chargée d’acheter et d’exporter l’or artisanal, prépare des itinéraires de secours vers d’autres centres de raffinage si les perturbations des vols vers les Émirats arabes unis (EAU) devaient se prolonger. L’organisme n’a pas encore subi d’impact direct sur les échanges, mais anticipe un scénario de blocage durable.

Une forte dépendance au hub de Dubaï

Cette vigilance s’explique par la place centrale qu’occupe Dubaï dans les flux d’exportations aurifères ghanéens. La plateforme du Golfe raffine habituellement environ 80% de l’or issu du secteur artisanal et à petite échelle du pays. Elle constitue également un hub mondial du négoce du métal jaune, alimentant notamment les marchés de la Suisse, de Hong Kong et de l’Inde.

Or, le conflit déclenché à la suite des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran a entraîné des perturbations du trafic aérien dans la région. Depuis plus d’une semaine, le trafic aérien à destination et en provenance de Dubaï est fortement réduit. L’aéroport, habituellement l’un des plus fréquentés au monde, fonctionnerait actuellement à environ 25 % de sa capacité, les priorités étant accordées aux passagers et aux cargaisons essentielles comme les produits pharmaceutiques. Ces restrictions pourraient affecter la logistique de l’or, qui circule principalement par avion en raison de son rapport valeur-poids élevé.

Les destinations envisagées n’ont pas été officiellement précisées, mais des analystes du marché des métaux précieux évoquent notamment Shanghai ou certains centres de raffinage en Inde.

Pour l’organisme public, le risque commercial immédiat reste limité. « Il existe toujours un marché pour l’or. Des acheteurs font la queue et frappent à notre porte depuis des années, certains sont même prêts à payer une prime », a indiqué un responsable de GoldBod sous couvert d’anonymat.

L’or, pilier des exportations ghanéennes

Au-delà de la logistique, l’enjeu est important pour l’économie ghanéenne. En 2025, la production nationale a atteint un niveau record d’environ 6 millions d’onces, soit plus de 186 tonnes, selon les données provisoires de la Chambre des Mines.

Cette progression a été portée principalement par l’exploitation artisanale et à petite échelle. Ce segment a produit environ 3,1 millions d’onces en 2025, dépassant pour la première fois la contribution des grandes mines industrielles. Les exportations aurifères ont ainsi atteint 20,9 milliards de dollars en 2025 (environ 18 milliards d’euros) contre 10,3 milliards de dollars (environ 9 milliards d’euros) en 2024. Cela fait de l’or le premier produit d’exportation du pays, devant le cacao et le pétrole. Les recettes générées par l’or artisanal dépassent à elles seules 10 milliards de dollars (8,6 milliards €), fournissant une source essentielle de devises pour l’économie et contribuant à stabiliser la monnaie nationale, le cedi.

Cette progression intervient alors que le Ghana tente de mieux encadrer le commerce de l’or artisanal. Créé en 2025, le GoldBod détient désormais le monopole de l’achat et de l’exportation de l’or issu des petits exploitants. L’objectif est de formaliser un secteur longtemps marqué par la contrebande et par l’exploitation illégale.

Une part importante de l’or artisanal africain a en effet transité par le passé vers les EAU via des circuits informels. Les autorités ghanéennes et émiraties ont engagé des efforts pour réduire ces flux illicites et renforcer la traçabilité de l’or.

Vers une diversification des circuits de raffinage

La perturbation actuelle pourrait néanmoins accélérer certaines évolutions dans l’organisation du marché. Selon la London Bullion Market Association (LBMA), la situation pourrait inciter les acteurs du secteur à réévaluer leurs chaînes d’approvisionnement et à développer de nouveaux partenariats de raffinage, notamment en Afrique, dans un contexte où le Ghana prévoit de canaliser jusqu’à 127 tonnes d’or artisanal vers des circuits d’exportation formels.

En janvier, le sud-africain Rand Refinery, principal raffineur d’or du continent, a conclu un partenariat avec la raffinerie ghanéenne, Gold Coast Refinery, afin de soutenir le développement d’un raffinage local conforme aux standards internationaux d’approvisionnement responsable.