Le Biologicals and Vaccines Institute of Southern Africa (Biovac), entreprise biopharmaceutique détenue à 47,3% par l’État sud-africain et à 52,3% par un consortium privé, entre dans une phase de développement industriel décisive. Historiquement positionnée sur le remplissage et la finition, la société souhaite désormais produire la substance active des vaccins, une étape clé pour internaliser la chaîne de valeur et réduire sa dépendance à l’égard des tiers.

Pour concrétiser ce changement d’échelle, Biovac recherche un financement global d’environ 240 millions d’euros. La Société financière internationale (IFC) pilote la structuration du montage afin de mobiliser une partie de ces ressources. Cette opération comprend un prêt pour compte propre de 20 millions de dollars, et jusqu’à 90 millions de dollars sous forme de prêts parallèles mobilisés auprès de plusieurs institutions de développement. Le complément devrait être couvert par des subventions, des fonds propres et de la dette en capital-risque.

La démarche de Biovac intervient dans un contexte où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le GAVI – Alliance mondiale pour les Vaccins et l’Immunisation – signalent depuis 2022 une pénurie mondiale persistante de vaccins oraux inactivés contre des épidémies telles que le choléra. Ce déficit d’approvisionnement a conduit les autorités internationales à recommander, par nécessité, une stratégie à dose unique plutôt que le schéma standard à deux doses. Parallèlement, plusieurs pays d’Afrique australe, dont le Malawi, le Zimbabwe et la Zambie, ont subi d’importantes épidémies en 2023 et 2024. Cette pression épidémiologique illustre la vulnérabilité du continent, qui continue d’importer plus de 99% des vaccins qu’il consomme, selon le Centre africain pour le contrôle et la prévention des maladies (Africa CDC), basé à Addis-Abeba, en Éthiopie.

La future usine que Biovac souhaite ériger dans la ville du Cap, en Afrique du Sud, a été conçue pour répondre à cette fragilité structurelle. Elle doit atteindre une capacité initiale de 250 millions de doses par an, avec un objectif à long terme de 500 millions de doses. Le projet s’inscrit dans la stratégie de l’Union africaine visant à produire 60% des vaccins consommés sur le continent d’ici 2040. L’installation intégrera trois unités distinctes : une chaîne dédiée à la fabrication de la substance active d’un vaccin oral inactivé contre le choléra, développée à travers un transfert de technologie conclu avec l’International Vaccine Institute (IVI) ; une ligne de remplissage stérile pour les flacons en verre ; et une ligne Blow-Fill-Seal permettant de produire des unidoses résistantes, adaptées aux campagnes massives de vaccination.

Biovac aborde cette nouvelle étape avec un historique de collaborations solides qui crédibilise son ambition. L’entreprise opère déjà des contrats de production avec des géants comme Pfizer-BioNTech et Sanofi, et a levé en 2022 près de 150 millions de dollars pour ses activités liées au Covid-19. Ses installations sont certifiées par l’autorité sud-africaine de régulation (SAHPRA), et un laboratoire de développement soutenu par la Fondation Bill & Melinda Gates a été inauguré en novembre 2025, renforçant ses capacités en R&D.

En cherchant à produire localement la substance active et à augmenter massivement ses volumes, Biovac entend contribuer à corriger un déséquilibre historique dans l’accès aux soins, tout en positionnant l’Afrique du Sud comme un acteur industriel central dans la réponse aux futures urgences sanitaires.