Il n’y a pas que le cours du pétrole qui monte. Il y a aussi le dollar. Depuis le samedi 28 février, date du début de l’offensive israélo-américaine en Iran, le billet vert a vu sa valeur grimper de 2,44 %, une hausse notable dans le monde des devises. Ce lundi, il fallait 1,15 dollar pour acheter un euro quand il en fallait 1,20 fin janvier.
C’est évidemment la guerre au Moyen-Orient qui a propulsé la monnaie américaine. « Depuis 1945, la valeur refuge par excellence, c’est le dollar. Lors de chaque crise mondiale, son cours a monté », rappelle à La Tribune Christopher Dembik, économiste chez Pictet AM. Un statut de valeur refuge amplifié par la position des États-Unis, bien moins dépendants que d’autres régions de l’activité du détroit d’Ormuz pour ses marchandises et son énergie.
Mais la hausse de la monnaie américaine vient aussi des craintes inflationnistes. Un rebond des prix « pourrait inciter la Fed à maintenir les taux inchangés, voire à les relever pour contenir la pression sur les prix. Cela a fait grimper les rendements des bons du Trésor à des sommets de plusieurs semaines et soutenu le dollar », ajoute Maud Reinalter, responsable des investissements chez Belfius AM.
Double peine pour l’Europe
Pour le moment, les analystes sont peu inquiets du brusque mouvement du billet vert. « Il reste dans le couloir, entre 1,20 et 1,15 dollar pour un euro qu’il connaît depuis un an », note Florence Pisani, cheffe économiste au sein de la société d’analyse Candriam.
« Mais si la hausse continue et que l’on se rapproche de la parité, cela renchérira le prix des matières premières importées en Europe », prévient Florence Pisani.
La plupart des raffineries du monde entier payent leur pétrole en dollars. Toute augmentation de la valeur du billet vert augmente donc mécaniquement le prix auquel l’or noir est négocié par les acheteurs européens. « En 2022, c’est la hausse – de 24 % en un an – du dollar en même temps que celle du pétrole qui avait provoqué un choc énergétique », pointe Alexandre Hezez, stratégiste indépendant. Or, aujourd’hui « si les prix du pétrole restent à 100 dollars, l’inflation pourrait atteindre presque 3 % pour le reste de l’année dans la zone euro », prévient Maud Reinalter de Belfius.
Un scénario noir pour le pouvoir d’achat des Français mais qui « améliorerait, dans le même temps, la compétitivité des entreprises européennes », nuance Christopher Dembik, économiste chez Pictet AM. Les secteurs les plus exportateurs, tels que l’agroalimentaire, pourraient ainsi proposer leurs produits avec des prix artificiellement baissés sur le marché américain, ce qui pourrait doper leurs ventes.
Une rechute attendue dans les prochains mois
Ce scénario aux multiples conséquences est cependant loin de faire l’unanimité. « Je ne crois pas que le cours du dollar va monter massivement », lance Florence Pisani de Candriam. La plupart des analystes interrogés estiment que la pression acheteuse du dollar dépendra de l’intensité et de la longueur de la guerre entre Téhéran et Washington.
Et sur le plus long terme, « nous estimons toujours que le billet vert va voir sa valeur baisser sous les 1,20 dollar pour un euro à cause de l’inquiétude grandissante autour de la dette américaine qui devient de moins en moins soutenable », maintient Christopher Dembik de Pictet. Ce… à condition que le conflit en Iran ne s’enlise pas dans une guerre de plusieurs années.