À côté de sa carrière de présentateur à la télévision, Denis Brogniart s’est engagé auprès de plusieurs fondations pour changer, à son échelle, la vie des personnes défavorisées. Dans les colonnes de Paris Match, il s’est confié sur son dernier voyage, au Kenya, avec l’association World Vision France.

Paris Match : Comment est née votre soif d’engagement humanitaire ?

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Denis Brogniart : Je suis devenu ambassadeur d’Architectes de l’Urgence en 2010 parce que le patron de cette fondation, Patrick Coulombel, était l’un de mes amis. Lorsqu’il m’a expliqué quel était son travail [le relogement des populations vulnérables], ça m’a bouleversé. En parallèle, j’ai toujours été très attiré par le milieu militaire, alors je suis devenu en 2018 parrain des blessés de guerre. Pour finir, ayant perdu mon père très jeune d’un cancer, je me suis intéressé au développement de la recherche sur cette maladie. Je suis donc devenu ambassadeur de la fondation ARC il y a cinq ans.

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Et avec World Vision France ?

Iris Mittenaere, qui est l’ambassadrice de World Vision France, n’a pas pu se rendre à une vente aux enchères, alors elle a suggéré mon nom. On se connaissait depuis notre collaboration sur « Ninja Warrior ». Grâce à ça, j’ai rencontré Raphaële Vauconsant qui s’occupe de la communication et Camille des Boscs, la directrice générale de l’association. Au fil de la soirée et de nos échanges, j’ai trouvé leurs actions plus que nobles. La façon de les gérer aussi, avec l’aide apportée aux enfants, aux femmes qui souffrent… Ça m’a touché. Alors on est resté en contact et en octobre dernier, je suis parti avec eux en voyage humanitaire au Kenya.

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Qu’est-ce qui vous a touché exactement ?

En découvrant le Kenya, j’ai été bouleversé de m’apercevoir que dans des zones à trois heures de voiture de Nairobi, 90 % des femmes sont encore excisées et 75 % des jeunes filles de moins de 15 ans sont déjà mariées et mamans. Au-delà de me faire grandement réfléchir, ça m’a donné envie de m’engager davantage. Mis à part le Kenya avec World Vision France, avez-vous effectué d’autres voyages humanitaires ? Avec les Architectes de l’Urgence, je me suis rendu en Haïti, après le séisme de 2010. Je me rends aussi dans des laboratoires, à la rencontre de médecins. Je suis d’ailleurs devenu très proche de Fabrice André, le directeur de la recherche à l’Institut Gustave Roussy. J’ai également participé en 2020 à un congrès sur le cancer du pancréas au cours duquel le fonds Bertrand Kamal a été créé. Ce fonds, nommé ainsi en souvenir d’un ancien candidat de Koh-Lanta décédé à 30 ans de cette maladie, vise à développer la recherche sur ce cancer en particulier.

Vous semblez prendre très à cœur le sujet de la recherche sur le cancer. Vous n’avez jamais songé à devenir médecin ? Ou oncologue ?

Je suis fasciné par cet univers, par les acteurs de ce milieu. C’est d’ailleurs triste de constater qu’aujourd’hui, les plus grands chercheurs ne travaillent pas en France à cause du manque de moyens. Beaucoup d’entre eux partent aux États-Unis. Mais ce que l’on ne dit pas assez, c’est que parmi les meilleurs chercheurs du monde, une grande partie est française. C’est une vraie fierté et je pense qu’il va y avoir un exode de l’autre côté avec ce que Trump dit de la recherche et de la science. À mon avis, de nombreux chercheurs vont avoir envie de traverser l’Atlantique dans l’autre sens.

Comment s’est passé votre voyage humanitaire au Kenya avec World Vision France ?

Je parraine un petit garçon qui s’appelle Saibulu. Je l’ai rencontré lui, sa maman et ses frères et sœurs. J’ai tenté d’aller plus loin que le simple envoi de cadeaux, je donne donc mensuellement à cet enfant de quoi suivre une scolarité. J’ai aussi compris qu’au Kenya, pour avoir une vie à peu près décente, il faut être propriétaire d’un troupeau. La famille que j’ai rencontrée était simplement gardienne de celui de quelqu’un d’autre. Pour arranger ça, je suis en train d’organiser l’achat de bétail pour qu’ils forment leur propre troupeau et gagnent en indépendance. C’est quelque chose que je n’aurais jamais pu imaginer si je n’étais pas venu au Kenya pour discuter avec la population.

Pouvez-vous me parler du petit Saibulu ?

C’est un petit garçon de huit ans, l’avant-dernier d’une famille de sept enfants. Ils vivent dans une maison faite de paille et de bois, à cinq ou six dans la même pièce et dorment sur une paillasse. La maison est coupée en deux, un tiers pour les humains et les deux restants pour les animaux. J’aimerais permettre à cette mère de protéger ses filles, pour éviter qu’elles soient excisées, mariées de force à 14 ans et enceintes à 15. J’ai compris que le seul refuge pour ces jeunes filles, lorsqu’elles arrivent à se sauver, c’est de rentrer à l’école. C’est pour ça que World Vision France travaille avec les écoles.

Ce voyage semble vous avoir profondément marqué.

Quand j’ai rencontré ces jeunes femmes, ce qui m’a impressionné, c’est l’énergie qui les accompagne. Elles sont capables de quitter un mari castrateur qui les a prises en otage et couper les liens avec leur famille qui les ramènerait auprès de lui. Elles vivent dans des zones où, pour des questions sanitaires, elles ne peuvent pas avoir la coupe de cheveux de leur choix. Elles sont toutes rasées, en uniforme et dotées d’une volonté d’acier. Pas besoin de les forcer à faire leurs devoirs, elles savent parfaitement que leur réussite est la condition de leur survie et l’espérance d’une meilleure vie. Je suis père de trois filles, donc tout ça a résonné très fort en moi.

Votre quotidien a-t-il changé ?

Pas vraiment. C’est important pour moi d’être capable de donner un peu de la chance que j’ai moi-même dans mon quotidien. La chance d’avoir quatre enfants en bonne santé. Je me rends compte qu’avec un engagement pas si important que ça, on peut changer les choses. Il faut éviter de se regarder un peu trop le nombril et penser un peu plus aux autres.

Vos quatre enfants prennent-ils le même chemin que vous dans l’humanitaire et l’engagement ?

Pas encore, ils ont entre 18 et 25 ans, ils ont d’autres chats à fouetter pour l’instant. Ils sont évidemment sensibilisés à tout ça parce que je leur raconte mes voyages. Mes trois filles ont été particulièrement touchées par mon récit du Kenya. Leur engagement viendra peut-être plus tard, c’est de toute façon une composante de leur éducation, venir en aide aux autres.

Si vous aviez la charge du pays, qu’est-ce que vous mettriez en place comme loi pour faire avancer l’humanitaire plus vite et plus loin ?

Pour la recherche contre le cancer, j’avais l’idée de faire une ou deux fois par an, un week-end à 1 euro par personne. C’est-à-dire que le week-end du 20 février par exemple, dans la mesure du possible, chaque Français donne un euro. C’est à la fois beaucoup parce que ça ferait 70 millions d’euros, mais c’est à la fois très peu parce que même lorsque l’on ne gagne pas beaucoup d’argent, un euro, ça ne bouleverse pas une vie. C’est l’un des objectifs que je me suis fixés. J’aimerais que ça soit un jour possible.