Le gouvernement ivoirien entend renforcer la contribution économique de sa diaspora. Le ministre délégué chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’Extérieur, Adama Dosso, a supervisé début mars 2025 la signature d’une convention-cadre entre son ministère et la Banque nationale d’investissement (BNI).

L’accord vise à faciliter l’accès des Ivoiriens résidant à l’étranger à des solutions de financement pour leurs projets d’investissement dans le pays. Selon les informations relayées par les médias locaux, il prévoit notamment la mise en place de produits et services bancaires adaptés à la diaspora, le financement d’initiatives entrepreneuriales ainsi que des actions d’éducation financière et de renforcement des capacités.

La diaspora, levier de transformation

Dans ce cadre, la BNI participera également aux forums et initiatives organisés pour mobiliser la diaspora et identifier les porteurs de projets susceptibles d’investir dans l’économie nationale.

« La diaspora ivoirienne constitue un levier important pour la croissance et la transformation économique du pays, notamment à travers les transferts financiers qu’elle effectue chaque année vers la Côte d’Ivoire », a indiqué Adama Dosso, lors de la cérémonie, selon des propos rapportés par l’Agence ivoirienne de presse (AIP).

Les autorités ivoiriennes considèrent depuis plusieurs années leurs ressortissants établis à l’étranger comme un acteur stratégique du développement national. En 2020, la diaspora ivoirienne était estimée à environ 1,2 million de personnes, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Elle est souvent qualifiée de « 32ᵉ région » du pays.

Au-delà de son poids démographique, cette communauté représente aussi une source croissante de financement pour l’économie. Selon la Banque mondiale, les transferts de fonds de la diaspora ivoirienne ont atteint 1,04 milliard de dollars (890 millions d’euros) en 2024, contre 440 millions de dollars (377 millions d’euros) en 2021.

Cette progression s’inscrit dans une tendance plus large observée sur le continent. Selon l’Institute for Security Studies (ISS), les transferts de fonds vers l’Afrique ont atteint 95 milliards de dollars (81 milliards d’euros) en 2024, ce qui en fait une source de financement extérieure souvent supérieure à l’aide publique au développement et, dans certains pays, comparable aux investissements directs étrangers.

Toutefois, ces flux restent encore largement orientés vers la consommation et le soutien familial. L’enjeu pour les pouvoirs publics consiste désormais à en capter une partie pour financer des projets productifs.

Transformer les remittances en investissements

La stratégie ivoirienne s’inscrit dans un mouvement observé dans plusieurs économies africaines. Les gouvernements cherchent de plus en plus à mobiliser l’épargne de leur diaspora afin de financer l’investissement tout en limitant le recours à l’endettement.

Au Sénégal, par exemple, les autorités ont récemment proposé la création d’un Fonds commun de placement immobilier dédié à la diaspora, destiné à orienter une partie des transferts vers le financement de logements locatifs. Dans ce pays, les remittances représentent près de 10% du PIB, soit environ 2 200 milliards FCFA (3,4 milliards d’euros) par an, constituant une source de financement potentielle pour soutenir l’investissement sans alourdir la dette publique.

D’autres pays ont également développé des instruments financiers spécifiques. Le Maroc, par exemple, propose depuis plusieurs années des produits bancaires dédiés aux Marocains résidant à l’étranger, qui représentent l’une des principales sources de devises du pays. Le Nigeria et l’Éthiopie ont, quant à eux, expérimenté des diaspora bonds, des titres de dette destinés aux expatriés, afin de financer des projets d’infrastructures ou de développement.