Au Sénégal, la construction d’un nouveau moulin à blé a été achevée fin février. Réalisée par l’entreprise marocaine d’ingénierie industrielle REMORA, l’installation dispose d’une capacité de traitement de 500 tonnes de céréales par jour. Elle s’ajoute à une dizaine d’autres minoteries déjà présentes sur le sol sénégalais, dont les Grands Moulins de Dakar, les Grands Moulins du Sahel ou encore Olam.
Des importations en hausse sur la dernière décennie
Cette nouvelle implantation illustre l’attractivité du marché de consommation du blé et des produits dérivés, ainsi que les opportunités économiques qu’il offre au secteur privé. Dans le pays de la Teranga où le riz reste la céréale reine, le blé a rapidement progressé au cours de la dernière décennie, s’imposant comme la seconde graminée la plus consommée devant le maïs.
Avec l’urbanisation et la croissance des besoins en farine pour la fabrication du pain, des pâtes ou des pâtisseries, les importations ont atteint un volume record de 904 947 tonnes en 2024 pour un montant de 171,3 milliards FCFA (261 millions d’euros), selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD).
Depuis 2015, la valeur des achats de blé par le Sénégal a presque doublé, avec un pic à 237,7 milliards FCFA en 2022, tandis que les volumes ont augmenté de près de 55%.
Le pays est désormais le 3ᵉ importateur de blé en Afrique de l’Ouest, avec des cargaisons fournies essentiellement par la France et la Russie (73% du total), et dans une moindre mesure par la Lituanie (16,4%) et la Pologne (3,4%), selon les données de 2024.
Il faut noter que la seconde économie de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) est aussi exportatrice de produits dérivés du blé vers d’autres marchés de la sous-région ouest-africaine. D’après l’ANSD, l’industrie sénégalaise a exporté en moyenne 13 861 tonnes de farine de blé tendre entre 2020 et 2023, avec un maximum de 29 249 tonnes en 2021.
Des politiques volontaristes pour accroître la production
Au Sénégal, comme dans la plupart des économies d’Afrique de l’Ouest, la dépendance aux importations est d’autant plus forte que la production locale de blé reste marginale.
Dans la région, où plusieurs États comme le Burkina Faso et la Mauritanie explorent la piste d’un développement de l’offre malgré des conditions biophysiques peu favorables (sols et climat), le pays de la Teranga n’est pas en reste.
Depuis 2023, l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA) est parvenu à développer et homologuer huit variétés de blé produites localement dans le cadre d’un programme pilote initié en octobre 2022, principalement avec des semences de blé égyptien.
L’objectif affiché est de réduire d’au moins 40% les importations de blé à l’horizon 2028, en misant sur une combinaison d’initiatives comprenant des tests variétaux, l’irrigation et l’adaptation des itinéraires techniques aux conditions locales.
Si ces initiatives sont louables, plusieurs analystes soulignent que le chemin sera long pour établir une filière blé compétitive capable de satisfaire une demande croissante. Dans ce contexte, les appels se multiplient pour diversifier les régimes alimentaires et investir davantage dans la production d’autres cultures importantes pour la sécurité alimentaire et adaptées aux conditions locales, comme le sorgho et le mil.