Selon la base de données « Chinese Loans to Africa » de l’Université de Boston, les prêts chinois vers le continent sont tombés à environ 2,1 milliards de dollars en 2024, loin des niveaux atteints au milieu des années 2010. Dans le même temps, les taux d’intérêt élevés ont rendu l’accès aux marchés obligataires internationaux très coûteux pour les États africains. S&P Global Ratings estime que les remboursements de dette extérieure des gouvernements africains pourraient dépasser 90 milliards de dollars en 2026, ce qui fragilise encore davantage leurs finances publiques. Le FMI, la Banque mondiale et les banques de développement régionales jouent un rôle d’amortisseur, mais ils ne suffisent pas à couvrir l’ensemble des besoins.
C’est dans ce contexte que les pays du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar — ont progressivement pris une place centrale. Leurs interventions prennent des formes variées : prêts directs aux États, dépôts de liquidité, financements de projets d’infrastructure et participations dans des entreprises.
Le Groupe arabe de coordination (ACG), qui regroupe les institutions de financement de plusieurs pays du Golfe, a engagé 19,6 milliards de dollars en 2024, dont environ 20% à destination de l’Afrique. L’instance s’est engagée à verser 50 milliards de dollars au continent d’ici 2030 et avait déjà décaissé 10 milliards de dollars fin 2025.
Un accord récent avec la Banque africaine de développement doit encore accélérer ces engagements. Sur le terrain, l’émirati DP World a annoncé 2,5 milliards de dollars d’investissements logistiques en 2025, dont des projets en Afrique, tandis qu’ACWA Power participe à un projet éolien de 1,1 GW dans le Golfe de Suez. Le fonds saoudien SALIC, quant à lui, a trouvé un accord pour prendre le contrôle total d’Olam Agri, dont les réseaux couvrent une grande partie du continent. S&P note par ailleurs que les pays du Golfe représentaient 45 % des émissions mondiales de sukuk en 2025, un instrument de financement islamique utilisé notamment par l’Égypte, qui en a émis pour 2,5 milliards de dollars la même année.
Quand la guerre vient perturber l’équation
Le conflit qui a éclaté au Moyen-Orient introduit une incertitude majeure dans cette dynamique. Selon une récente réflexion de S&P Global Ratings sur la question, l’impact à attendre sur les pays africains dépend directement de la durée des hostilités, et l’agence de notation new-yorkaise envisage plusieurs scénarios quant au profil d’emprunteur des États du continent. Mais au-delà des effets macroéconomiques, c’est la disponibilité même des capitaux du Golfe qui pourrait être remise en cause. Une fois les armes tues, les monarchies du Golfe devront faire face à la facture de la reconstruction régionale, dont les montants demeurent inconnus. Dans ce contexte, financer ou investir dans des pays tiers risque de ne plus figurer parmi les priorités. La question de fond reste alors entière : l’Afrique peut-elle réduire sa dépendance au financement extérieur ?
Africa Finance Corporation (AFC), une institution africaine de financement du développement basée à Lagos, au Nigéria, avait estimé, dans un rapport de 2025, que le continent disposait de plus de 4 000 milliards de dollars d’épargne domestique, répartie entre les banques, les fonds institutionnels et les réserves des banques centrales. Mais cette épargne est majoritairement investie dans des instruments à court terme, loin des projets productifs qui, eux, ont besoin de capitaux à long terme.
Ainsi, les financements du Golfe conservent un rôle essentiel. Selon S&P, la dynamique positive amorcée en 2025 par l’Afrique avec les partenaires du Golfe arabe, peut se poursuivre si les chocs externes restent limités — mais elle peut être rapidement remise en cause, ce qui replongerait le continent dans une situation financière compliquée.