Début mars, le président nigérian Bola Tinubu a annoncé la création d’une société publique dédiée à la gestion et à la modernisation des infrastructures de transmission. Baptisée « Grid Asset Management Company (GAMCO) », cette entité aura pour mandat de prendre en charge les lignes à haute tension, les postes électriques et les transformateurs qui constituent l’ossature du transport d’électricité à l’échelle nationale.

D’après les médias locaux, un comité de 11 membres, présidé par le chef de cabinet du président, Femi Gbajabiamila, a été mis en place pour étudier les implications juridiques, budgétaires et financières du projet ainsi que pour évaluer la nécessité d’un texte législatif pour encadrer l’établissement et l’opérationnalisation de la future entité.

Transmission électrique : la récurrence des problèmes

L’annonce du chef de l’État, relayée par le ministre de l’Information Mohammed Idris, s’inscrit dans le chantier plus large de restructuration du système électrique nigérian, où la transmission est officiellement reconnue comme le maillon le plus fragile de la chaîne depuis plusieurs années.

Si, dans le pays le plus peuplé d’Afrique, la production (GenCos) et la distribution (DisCos) ont été privatisées en 2013, la transmission est restée sous le contrôle de la Transmission Company of Nigeria (TCN), l’entreprise publique qui gère le réseau national mais qui fait face à d’importants défis structurels.

Malgré une capacité installée de 12 500 à 13 500 MW, le Nigeria n’achemine qu’un tiers environ de ce potentiel sur le réseau. Les experts pointent la vétusté des infrastructures de transmission, le défaut de maintenance et l’insuffisance du pilotage en temps réel du réseau.

La TCN peine à équilibrer en continu l’offre et la demande, à gérer les flux entre les différentes zones du pays et à intégrer de nouvelles capacités de production, alors même que le gouvernement revendiqué une hausse de 34% de la puissance effectivement injectée sur le réseau entre 2023 et 2024.

Les effondrements du réseau (grid collapses) sont devenus récurrents. En 2022, le système s’est écroulé au moins quatre fois, provoquant des coupures à l’échelle nationale, et en 2024, le ministre de l’Énergie a reconnu huit incidents, dont cinq effondrements complets. Ces dysfonctionnements ont un coût direct pour les ménages, les entreprises et l’administration, qui doivent recourir aux générateurs diesel, aux systèmes solaires ou aux miniréseaux pour sécuriser leur approvisionnement. Le Nigeria est actuellement le plus gros utilisateur de générateurs au monde, avec 10 à 14 millions d’unités disponibles.

Des enjeux structurants pour l’économie nigériane 

Pour le pays, la création de la GAMCO apparaît comme une initiative majeure alors que les autorités visent l’accès universel à l’électricité d’ici 2030. Selon les conclusions de la Nigeria Energy Conference 2025, cet objectif nécessitera un investissement de 34,5 milliards $ (29,6 milliards d’euros). Ce plan devrait s’accompagner de réformes structurelles pour non seulement augmenter la production, mais aussi prioriser les investissements sur les lignes stratégiques afin d’améliorer la fiabilité du réseau.

En parallèle à la mise en place de la nouvelle entité, l’État nigérian a déjà engagé plusieurs réformes dans le secteur électrique.

Fin janvier, le gouvernement a ainsi bouclé avec succès une première émission obligataire de 501 milliards de nairas (309 millions d’euros) dans le cadre du Presidential Power Sector Debt Reduction Programme (PPSDRP), un dispositif destiné à apurer les arriérés de paiement envers les producteurs d’électricité et à restaurer la liquidité du secteur. Plus récemment, en février, les autorités ont annoncé la fin du financement exclusif des subventions électriques[6] par le niveau fédéral et la mise en place d’un cadre explicite de répartition de ces coûts entre les trois niveaux de gouvernement : fédéral, États fédérés et collectivités locales.