Au cœur de l’emblématique Vallée des rois, située sur la rive ouest du Nil, en Égypte, des archéologues viennent de mettre au jour une série de graffitis inattendus. Dans ce recoin, connu pour avoir servi de cimetière aux pharaons du Nouvel Empire, de Thoutmôsis I à Ramsès XI, un duo de chercheurs a découvert entre 2024 et 2025 une trentaine d’inscriptions rédigées dans des langues indiennes anciennes sur les murs de six tombeaux de la nécropole thébaine.

À ces différents endroits, Charlotte Schmid, de l’École française d’Extrême-Orient (EFEO), et Ingo Strauch, de l’Université de Lausanne, ont identifié des messages en tamoul-brahmi, en sanskrit et en prakrit. Ils ont été laissés dans la pierre entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère, plus d’un millénaire après la mort de ces pharaons, expose Live Science.

Cikai Korran, visiteur le plus prolifique

À cette période, l’Égypte faisait partie de l’Empire romain et la Vallée des rois était déjà devenue une destination de voyage pour les plus curieux. Et certains venaient même de loin, de l’Inde, comme en attestent les inscriptions. Ceux qui ont laissé leurs traces n’étaient pas des marchands faisant escale dans les ports de la mer Rouge avant de rentrer chez eux, assurent les auteurs de la découverte, mais bien des « touristes » qui se sont aventurés à l’intérieur des terres jusqu’à Thèbes (actuelle Louxor), loin des côtes, où ils ont laissé leur nom aux côtés de ceux de visiteurs grecs et latins.

Au milieu de cette foule de noms, l’un se répète à de maintes reprises. Celui d’un homme prénommé Cikai Korran. Lors de son passage, ce voyageur l’a gravé en vieux tamoul à huit reprises dans cinq tombes, notent les chercheurs lors de la présentation de leur rapport au gouvernement du Tamil Nadu. « Cikai Korran est venu et a vu », peut-on notamment lire.

Si la plupart de ces inscriptions se trouvent près des ouvertures, l’une d’elles a étonnamment été retrouvée à « une hauteur de plus de quatre mètres au-dessus de l’entrée de la tombe du pharaon Ramsès XI », ce qui suggère un placement délibéré et peut-être même une « volonté d’être remarquée ». Comment s’y est-il pris ? Le mystère reste entier.

Arrivés par le port de Bérénice ?

De Cikai Korran, les archéologues savent seulement qu’il venait probablement du sud de l’Inde, en raison de la langue employée. Sa profession et son âge, en revanche, demeurent inconnus. Certains pensent qu’il pourrait avoir été marchand, soldat mercenaire, diplomate ou membre d’une élite locale qui l’a poussé à arpenter les routes commerciales de l’époque. Comme nous, voyageurs modernes, avec nos photographies et nos mentions « J’étais ici » sur les réseaux sociaux, Cikai Korran a voulu laisser sa trace, deux millénaires auparavant.

Cet homme n’était d’ailleurs pas le seul Indien à visiter la Vallée des rois à cette période. D’autres inscriptions, comme l’une d’un dénommé Indranandin, qui se décrit comme un « messager du roi Kshaharata », envahissent ces chambres funéraires. Dans le cas de ce dernier, les chercheurs pensent qu’il serait arrivé en Égypte en passant par Bérénice, ancien port de la mer Rouge, autrefois très actif dans le commerce entre l’Inde et le monde romain. De là, les voyageurs pouvaient rejoindre les terres et visiter des lieux déjà célèbres, comme cette vallée.

Indranandin, Cikai Korran et les autres prouvent que les civilisations étaient plus développées qu’on ne le pense, il y a 2 000 ans. Les routes maritimes qui reliaient l’océan Indien, la mer Rouge et la Méditerranée servaient au commerce des épices, des tissus ou encore des pierres précieuses, mais aussi à voyager, à la découverte de cultures lointaines.