Depuis une quinzaine d’année, un phénomène de grande ampleur progresse dans l’océan Atlantique en raison du réchauffement climatique : la Grande ceinture de sargasses. Auparavant confiné dans une zone précise de l’Atlantique Nord, cet agglomérat d’algues a aujourd’hui pris des dimensions gigantesques. Malheureusement, le phénomène menace gravement les écosystèmes marins et le tourisme, en l’absence de solutions viables.
Qu’est ce que la Grande ceinture de sargasses ?
Rappelons tout d’abord que la sargasse est une algue brune holopélagique, se caractérisant donc par une absence de racines. Celle-ci flotte toute sa vie à la surface de l’eau, à l’aide de petites vésicules contenant du gaz. A l’origine endémique d’une zone particulière – la mer des Sargasses – l’algue était piégée dans le gyre subtropical, un immense tourbillon océanique permanent formé par des courants marins convergents sous l’effet de la rotation terrestre. Ce tourbillon, également connu pour abriter un vortex de déchets plastiques, se situe dans l’océan Atlantique entre 20° et 40° de latitude.
Dès 2011, le réchauffement climatique et les régimes des courants océaniques ont favorisé la prolifération des sargasses mais également, leur migration. Ainsi est née une immense bande brunâtre d’une longueur de près de 9 000 kilomètres : la Grande ceinture de sargasses. En 2026, ces algues ont finalement colonisé le golfe du Mexique, la mer des Caraïbes et ont pratiquement atteint l’Afrique de l’Ouest. Quant à sa masse, celle-ci a quadruplé et est désormais estimée à environ 37,5 millions de tonnes, selon une étude parue dans la revue Nature Geoscience en décembre 2025 et menée par des chercheurs de l’Université de Hong Kong (Chine).
Crédit : Miranda et al., Frontiers in Marine Science., 2021En 2021, une étude de l’Université nationale autonome du Mexique avait déjà permis de cartographier la Grande ceinture de sargasses.
Pourquoi cette prolifération ?
Difficile d’imaginer l’énorme masse disparaitre un jour. En effet, cette dernière bénéficie d’un apport quasi continu de nutriments dont les algues se nourrissent. Or ces sources de nutriments sont multiples, à savoir le ruissellement de grands fleuves – comme l’Amazone, le Mississippi et le Congo – et les remontées d’eau en provenance de l’Équateur. Ainsi, la Grande ceinture de sargasses devrait prospérer très longtemps dans la zone de l’océan Atlantique où les eaux sont plus chaudes.
Les nutriments dont il est ici question proviennent principalement du secteur de l’agriculture, plus principalement des cultures intensives en tous genres utilisant des millions de tonnes d’engrais chimiques chaque année, en Amérique du Sud et aux Etats-Unis. Très riches en azote et en phosphate, ces intrants ruissellent des champs au gré des précipitations, via les fleuves pour se retrouver dans l’océan. Pour les sargasses, la nourriture abonde quasi continuellement.
Un désastre pour les écosystèmes et le tourisme
Malheureusement, le phénomène menace des écosystèmes entiers et l’économie touristique de nombreux pays. La prolifération massive des sargasses étouffe les écosystèmes côtiers (mangroves, herbiers, coraux) en bloquant la lumière et l’oxygène, entraînant une asphyxie de la faune marine. Leur décomposition relâche des gaz toxiques (hydrogène sulfuré) et des métaux lourds polluant l’eau et les sols, nuisant gravement à la biodiversité et notamment, aux tortues marines. Régulièrement, les plages de nombreux pays de la zone Caraïbe sont infestées, ce qui nuit au tourisme. Il faut dire qu’en s’échouant, les algues ne tardent pas à devenir une nuisance et surtout, un danger. En effet, celles-ci se décomposent et libèrent de l’ammoniac et du sulfure d’hydrogène, des gaz toxiques, corrosifs et irritants.
Face à cette catastrophe écologique de grande envergure, les solutions ne sont pas légion. Évoquons tout de même le projet de la société française V2O Marine, dont les premières expériences ont débuté il y a quelques années. Celle-ci pense pouvoir déployer d’imposants filets flottants faits de polyamide ultra-résistant, en théorie capables d’intercepter les algues avant qu’elles n’atteignent le littoral. Ainsi capturées, les sargasses pourraient faire l’objet d’un traitement et même d’une revalorisation.