Lors d’une rencontre qui s’est tenue le mercredi 11 mars à Séoul entre le président sud-coréen, Lee Jae-myung, et le président ghanéen John Dramani Mahama, la Corée du Sud et le Ghana ont décidé de renforcer leur coopération dans plusieurs secteurs stratégiques. À l’issue des discussions, les deux gouvernements ont signé trois accords majeurs portant sur la coopération climatique, les technologies numériques et la sécurité maritime.
L’accord sur le climat établissait un cadre de coopération pour la mise en œuvre des plans nationaux de réduction des émissions dans le cadre de l’Accord de Paris. Il prévoyait des initiatives conjointes dans les technologies climatiques, la recherche scientifique et l’utilisation des mécanismes de coopération internationale prévus par l’article 6, permettant le transfert de résultats de réduction d’émissions entre États.
Les deux pays ont également conclu un protocole d’accord sur la technologie et l’innovation numérique visant à renforcer la coopération dans des secteurs tels que l’intelligence artificielle, l’accès aux technologies, l’innovation digitale et la formation des jeunes.
La sécurité maritime, un enjeu stratégique dans le golfe de Guinée
Un troisième mémorandum a été signé entre les garde-côtes sud-coréens et la marine ghanéenne afin d’approfondir la coopération en matière de sécurité maritime. Cet accord prévoyait notamment l’échange d’informations sur les crimes transnationaux en mer, dont la piraterie, le trafic d’armes et la contrebande de drogue. Il inclut aussi des programmes de formation, des échanges de personnel ainsi qu’une coopération dans les opérations de recherche et de sauvetage.
Pour Séoul, cette coopération répondait à un enjeu direct de sécurité dans le golfe de Guinée, une zone maritime stratégique pour le commerce international et les flux énergétiques mais également exposée aux actes de piraterie. Des marins sud-coréens avaient déjà été victimes de ces menaces. En 2018, trois ressortissants sud-coréens avaient été enlevés par des pirates au large des côtes ghanéennes, ce qui avait conduit Séoul à déployer l’unité navale Cheonghae depuis le golfe d’Aden pour mener une opération d’urgence.
La coopération maritime entre les deux pays remontait toutefois à plus d’une décennie. En 2010, la Corée du Sud avait déjà transféré au Ghana un patrouilleur de classe Chamsuri retiré du service, marquant un premier signal de coopération dans le domaine de la défense maritime.
Minerais et agriculture au cœur des perspectives économiques
Au-delà des questions sécuritaires, les discussions ont porté sur l’élargissement de la coopération économique et industrielle. Le président Mahama a souligné que le Ghana disposait d’importantes réserves de bauxite, de manganèse, d’or, de lithium et de nickel. Il a proposé de développer des projets conjoints afin d’explorer ces ressources et de renforcer les chaînes de valeur associées. Selon lui, les ressources naturelles du Ghana et les capacités technologiques sud-coréennes pouvaient créer des synergies dans l’exploitation et la transformation des minerais critiques.
Les échanges ont également porté sur l’agriculture, identifiée comme un autre pilier potentiel du partenariat. Le président ghanéen a notamment évoqué le projet K-Ricebelt, une initiative d’aide publique au développement de la Corée du Sud visant à améliorer la sécurité alimentaire en Afrique grâce à la production de semences de riz à haut rendement.
Lors du sommet, les deux dirigeants ont également évoqué l’élargissement de leur coopération dans des domaines tels que la sécurité économique, l’éducation, la culture et les minerais critiques.
Une relation bilatérale déjà structurée
Les relations bilatérales entre les deux pays se sont renforcées ces dernières années à travers plusieurs initiatives de financement et de coopération. En 2024, la Corée du Sud a signé un accord prévoyant l’octroi de prêts concessionnels d’un montant total de 2 milliards de dollars (≈ 1,7 milliard d’euros) au Ghana via le Fonds sud-coréen de coopération pour le développement économique. Ces financements devaient soutenir des projets dans les infrastructures, l’agriculture, la santé, l’éducation et l’énergie d’ici 2028.
En novembre 2025, l’Agence coréenne de coopération internationale (KOICA) a accordé une subvention de 9,5 millions de dollars pour soutenir un projet de renforcement des chaînes de valeur agroalimentaires dans les régions du Centre et de la Volta. Ce programme prévoyait la construction de centres de transformation agricole, des formations pour les agriculteurs et les PME ainsi que l’amélioration des systèmes de commercialisation afin de faciliter l’accès aux marchés.
Le Ghana occupe par ailleurs une position stratégique en Afrique de l’Ouest en tant que hub commercial et logistique régional. Le pays accueillait notamment le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine lancée en 2021. Pour Séoul, cette position renforçait l’intérêt du partenariat avec Accra, considéré comme une porte d’entrée vers le marché africain.
Lee Jae-myung a décrit le Ghana comme un « ami de longue date », rappelant que les deux pays partageaient une histoire marquée par la sortie du colonialisme et des périodes de régime autoritaire avant leur consolidation démocratique. Les deux États s’apprêtent par ailleurs à célébrer l’année prochaine le cinquantième anniversaire de leurs relations diplomatiques.
Dans ce contexte, la visite de John Dramani Mahama à Séoul visait à consolider un partenariat déjà structuré par des financements et des projets de coopération, tout en ouvrant de nouvelles perspectives dans les domaines de la sécurité maritime, de la transition climatique et des technologies numériques.