Dans la plupart des pays africains, les antennes et équipements de réseaux mobiles portent largement la marque de Huawei et, dans une moindre mesure, de ZTE. Selon plusieurs analyses, Huawei équipe près de 70 % des réseaux 4G du continent. Une domination rendue possible par des financements chinois massifs (China Eximbank, China Development Bank) qui ont favorisé une couverture rapide et une baisse notable des coûts des services télécoms. La même approche se poursuit aujourd’hui avec le déploiement de la 5G.
Pourtant, Ericsson conserve des positions stratégiques — notamment sur les cœurs de réseau, la modernisation cloud-native et les services managés — grâce à ses atouts en matière de sécurité, de conformité réglementaire européenne et d’interopérabilité éprouvée.
Des contrats clés pour les cœurs de réseau
Ces dernières années, Ericsson a remporté plusieurs contrats majeurs liés à la modernisation des cœurs de réseau, étape essentielle à la migration vers la 5G. En octobre 2025, l’équipementier suédois a ainsi signé un partenariat de quatre ans avec e& Egypt pour renforcer la préparation du réseau à la 5G via une transformation cloud-native, enrichir l’expérience utilisateur avec de nouveaux services et accélérer l’adoption de la voix sur LTE.
Ces succès s’ajoutent à une série de contrats similaires conclus avec Orange Maroc (juin 2025), MTN Afrique du Sud et Nigeria (février 2024), ou encore Airtel Kenya (2020). Une tendance se dessine : les opérateurs africains privilégient désormais des architectures multi-fournisseurs où la partie radio reste majoritairement chinoise, tandis que les fonctions critiques sont confiées à des acteurs européens.
Le facteur normatif : l’avantage européen
Depuis 2020, l’Union européenne a instauré un cadre commun de sécurité 5G — la « Toolbox » — invitant les États membres à limiter l’usage de fournisseurs considérés comme à haut risque. En 2023, la Commission européenne a salué les décisions nationales visant Huawei et ZTE comme « justifiées » au regard de ce cadre. L’Allemagne, par exemple, a acté le retrait progressif des composants chinois de ses réseaux, d’ici 2029.
Bien que centrées sur l’Europe, ces décisions ont un effet domino en Afrique, où les opérateurs et investisseurs liés à l’UE (Orange, Vodacom, institutions financières européennes) introduisent des exigences de conformité plus strictes dans leurs chaînes d’approvisionnement.
Les réserves occidentales vis-à-vis de certains équipementiers chinois — bien que contestées par ces derniers — ont transformé la perception du risque à long terme : continuité d’approvisionnement, accès aux codes sources, mises à jour logicielles, gestion des vulnérabilités. Pour les opérateurs africains connectés aux marchés internationaux, réduire ces risques devient un avantage compétitif, notamment dans les secteurs du roaming, de la fintech ou du cloud.
Au-delà de la politique, l’argument économique reste central. La capacité d’Ericsson à s’intégrer dans des parcs technologiques hétérogènes et à limiter la dépendance à un seul écosystème répond à la priorité des opérateurs africains : réduire les coûts dans des marchés où le revenu moyen par abonné demeure faible.
Une cohabitation stratégique
La présence chinoise, dominante sur les équipements radio et appuyée par des conditions financières attractives, ne disparaîtra pas de sitôt. Mais la montée en puissance des exigences normatives européennes et la recherche de réseaux plus certifiables, auditables et finançables permettent à Ericsson de conserver un rôle central.
Au final, cette cohabitation stratégique semble appelée à durer : la Chine pour l’échelle et le coût, l’Europe pour la conformité, la confiance et les fonctions critiques. Un équilibre fragile, mais durable, qui permet pour l’heure à Ericsson de rester au cœur des réseaux africains.