Fraîchement installé sur le banc de l’Espérance de Tunis, Patrice Beaumelle n’a rien perdu de la passion qui l’anime depuis plus de vingt ans sur le continent africain. Dans cet entretien exclusif, le technicien français revient avec franchise sur les raisons qui l’ont poussé à quitter son projet en Angola pour relever le défi immense que représente le « géant d’Afrique » tunisois. Entre l’exigence des titres et la préparation du choc imminent face à Al-Ahly en Ligue des champions, Beaumelle affiche une ambition intacte et une méthodologie basée sur le travail quotidien.

Mais au-delà des objectifs sportifs, c’est l’homme de cœur qui s’exprime. Il évoque avec une émotion palpable son passage au MC Alger, club qui reste « gravé à jamais » en lui, et adresse un message de soutien sincère aux supporters algérois. L’entraîneur prend également position sur le cas de Youcef Belaïli, son ancien protégé, qu’il considère comme le « facteur X » indispensable à son projet, malgré les incertitudes physiques et administratives entourant l’international algérien. De la formation des jeunes Tunisiens à sa collaboration future avec Sabri Lamouchi, Patrice Beaumelle livre une analyse profonde d’un football africain qu’il chérit plus que tout.

« Entraîner un géant d’Afrique comme l’EST est excitant »

Pourquoi avoir fait le choix de rejoindre l’Espérance de Tunis ?

PatriceBeaumelle : Cette équipe fait partie des plus grandes équipes du continent africain avec Al-Ahly. Lorsqu’on regarde le palmarès de l’Espérance de Tunis, je pense que c’est à peu près un peu plus de 60 trophées entre les championnats, les coupes, la Ligue des champions, les Supercoupes et autres. Donc c’est une équipe qui est à la recherche de titres et, en tant qu’entraîneur, c’est toujours motivant. C’est toujours beaucoup de plaisir, beaucoup d’énergie, beaucoup de choses positives que de venir entraîner ce géant d’Afrique, qui a en plus participé à la dernière Coupe du monde des clubs.

Donc voilà, cela fait plusieurs années qu’on se suivait. Moi, je suivais ce club. Plusieurs fois, j’avais été approché, cela ne s’était jamais réalisé. Et puis voilà, là, lorsque j’ai été sollicité, même si j’étais encore en poste avec l’Angola et que, on va dire, ma véritable mission démarrait avec l’Angola, lorsque j’ai eu l’opportunité, voilà, je me suis regardé dans le miroir, je me suis dit : « Qu’est-ce qui m’attire le plus ? Qu’est-ce qui me plaît le plus ? » Et c’est vrai que le fait de pouvoir entraîner ce club m’a vraiment motivé. Voilà, le défi, le challenge était vraiment très, très excitant.

En parlant de l’Angola, vous étiez avec cette sélection durant la dernière CAN. N’aviez-vous pas une certaine envie de continuer à la tête d’une sélection, plutôt que de revenir en club ?

PatriceBeaumelle : Oui, bien sûr. En fait, l’idée, lorsque j’ai été approché par l’Angola à la fin du mois d’août, c’était de venir participer à cette CAN de manière à pouvoir faire une évaluation et puis repartir sur un nouveau cycle. C’était vraiment l’idée, quels que soient les résultats de cette CAN au Maroc. L’idée, c’était de partir sur un nouveau cycle.

D’ailleurs, au lendemain de l’élimination de l’Angola à la CAN, j’avais fait une conférence de presse et mon envie, ma motivation étaient grandes. C’était de pouvoir repartir sur un nouveau cycle. Et voilà, j’avais établi un programme de 2026 vraiment chargé où, vivant au pays, en Angola, je suivais le championnat, je voulais faire des stages sur place, je voulais travailler avec les meilleurs joueurs locaux.

Même si la CAF avait décidé d’arrêter le CHAN, moi, dans mon état d’esprit et dans le projet que j’avais mis en place avec le président et le vice-président de la Fédération de l’Angola, c’était de travailler au pays avec les meilleurs joueurs locaux et de continuer à faire mon scouting dans le monde entier pour essayer de trouver les meilleurs joueurs angolais ou binationaux. C’est ce que j’avais fait au lendemain de la CAN. J’étais en Europe, j’ai effectué de nombreux voyages. J’avais identifié une centaine de joueurs angolais potentiellement sélectionnables et j’avais commencé ma mission de scouting durant tout le mois de janvier et début février.

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« Je voulais continuer avec l’Angola mais… »

Et vous vous êtes heurté à des difficultés…

Patrice Beaumelle : Voilà. Et c’est vrai que le fait qu’il n’y ait plus de championnat CHAN au pays… Vous voyez, j’avais organisé un stage au mois de février avec les locaux, j’avais envoyé une liste et, en fait, les clubs angolais n’ont pas libéré les joueurs. Et du coup, mon stage est tombé à l’eau et je me suis rendu compte que, en fait, si à un moment donné, fédérations et clubs en Afrique ne s’entendent pas, cela va être très compliqué pour les sélectionneurs d’avoir vraiment une mainmise sur les meilleurs joueurs locaux.

Après, je comprends les clubs parce que, vous voyez, en Europe, c’est toujours difficile. En Algérie, au Maroc, en Tunisie, les clubs sont importants, ils jouent des titres, ils jouent des compétitions africaines. Ce n’est pas toujours évident de libérer les joueurs. Mais moi, ce qui m’animait, c’était justement de prendre des joueurs que je connaissais déjà, qui jouaient la Ligue des champions avec Petro, ou des joueurs que j’avais déjà vus en sélection.

Moi, ce qui m’animait aussi, c’était de prendre des joueurs peut-être pas encore connus et de développer ce football. Et c’est vrai que j’ai senti que cela allait être un frein au football africain. Le fait de ne pas pouvoir travailler avec des équipes nationales locales, cela risque d’être un frein. Sauf si on met toute l’énergie sur les U23, les Olympiques et autres, mais voilà, c’est encore un autre travail. Et lorsque j’ai eu l’Espérance de Tunis, je me suis assis, j’ai réfléchi…

Le plan A, c’était donc de continuer avec l’Angola…

PatriceBeaumelle : J’insiste sur le fait qu’après la CAN, moi, j’étais parti pour réellement commencer mon projet avec l’Angola. Mais lorsqu’il y a eu toutes ces composantes, je me suis dit qu’en fait, pour 2026, je vais attendre septembre, octobre, novembre pour des matchs officiels. Et, pour être honnête, j’avais vraiment envie de travailler au quotidien.

Même en tant que sélectionneur, je suis quelqu’un de très actif. Vous pouvez regarder tout le travail que j’ai fait dans toutes les fédérations où j’ai pu travailler depuis bientôt 20 ans en Afrique. J’étais dans un quotidien, je suivais les championnats, je m’investissais aussi dans les équipes de jeunes. Je me souviens qu’en Zambie, j’avais même pu travailler avec des équipes féminines, avec le futsal, parce que j’aime ça, en fait. Je ne me vois pas être sélectionneur à attendre juste les échéances parce que, réellement, je pense qu’en faisant ça, on n’a pas un impact important sur l’équipe. On est juste soumis au fait d’avoir une équipe de qualité ou pas, alors que le fait de travailler au quotidien, cela permet vraiment d’amener sa philosophie, d’amener sa propre vision des choses, et c’est important.

« J’aime le lien qu’ont les Africains avec le football »

En tout cas, avec vous, la constante, c’est toujours l’Afrique. On a le sentiment que vous y avez trouvé vos repères en tant qu’entraîneur.

PatriceBeaumelle : Oui, oui… Bon, après, il y a un an, j’ai signé au Qatar, et cela a été une très belle expérience. J’avais envie justement de partir au Moyen-Orient. Cela a été une réussite puisque la mission était de sauver Umm Salal de la relégation et, non seulement, on a réussi cette mission, mais juste derrière, on a atteint une demi-finale de Coupe de l’Émir. Et il s’en est fallu de peu pour qu’on aille en finale. Donc, j’ai le sentiment d’avoir tiré la quintessence de ce groupe, de cette équipe.

Et voilà, étant compétiteur, je voulais vraiment que cette équipe, ce club, puissent figurer parmi les cinq ou six premiers. Et pour cela, il fallait, je pense, changer certaines choses. Le club a souhaité plutôt garder ce qu’il avait envie de faire. C’est à ce niveau-là que cela n’a pas fonctionné et on a tous les deux préféré en rester là. Mais, en tout cas, cela a été une réussite.

Pour répondre à votre question, le continent africain, c’est un continent où j’aime la relation qu’il entretient avec le football. J’aime ce quotidien dans la rue, être interpellé… Au final, qu’il s’agisse d’un sportif, d’un banquier, d’un chef d’entreprise ou d’un employé, ils supportent des clubs, ils supportent des équipes et on en parle tous les jours. Cette ferveur qu’on peut avoir en Afrique me plaît beaucoup. Je remercie le ciel tous les jours d’avoir à chaque fois des propositions de clubs ou d’équipes nationales qui participent à des compétitions majeures, qui font partie des grandes nations. On peut essayer d’aller chercher des titres, des trophées, et cela m’anime beaucoup.

« Face à Al-Ahly, il ne faudra pas que l’enjeu nous paralyse »

Pour en revenir à l’ES Tunis, quelles sont vos ambitions avec ce club ? On imagine qu’elles sont élevées vu le rang et le palmarès de ce club. Y a-t-il un projet à moyen ou long terme au sein de ce club ?

PatriceBeaumelle : L’idée, c’est de continuer ce qui a été mis en place depuis de nombreuses années. Je pense que le président Hamdi Meddeb est là depuis quasiment 20 ans et il a fait de grandes choses. Il a gagné de nombreux titres, quatre Ligues des champions, des trophées majeurs. Aujourd’hui, l’envie de ce club et des supporters, c’est de figurer parmi les plus grands, si ce n’est d’être le plus grand en Afrique.

Il y a beaucoup d’attente, beaucoup de pression, mais cette pression, il faut toujours la tourner de manière positive. Il faut se dire que lorsqu’on vient à l’Espérance de Tunis, c’est pour finir la saison avec des trophées. C’est un peu comme Al-Ahly, qui a quasiment 115 ou 120 trophées dans son musée. On voit des clubs comme Pyramids qui ont gagné l’année dernière la Ligue des champions et la Supercoupe, on voit Mamelodi Sundowns… Tous ces géants d’Afrique sont présents.

Al-Ahly, c’est justement votre prochain adversaire dans cette C1 africaine…

Patrice Beaumelle : Oui, et il faudra être solide la semaine prochaine. C’est un grand classique face à Al-Ahly, mais quand on est à l’Espérance de Tunis, on se doit de remporter des titres, d’être à la hauteur des événements. C’est ce que le public attend de moi : faire tourner cette équipe à plein régime. Les joueurs en sont bien conscients ; on travaille depuis trois semaines ensemble et il y a beaucoup de plaisir, de concentration et d’envie de bien faire.

Même si ce n’est pas toujours facile en ce mois sacré du Ramadan, parce qu’on a joué trois ou quatre matchs à 13 heures et que les organismes sont plutôt fatigués, l’idée est de se régénérer rapidement, aussi bien mentalement que physiquement, en vue de ces deux matchs aller-retour contre Al-Ahly en fin de semaine et la semaine prochaine.

« On a un public qui va nous pousser à fond »

Êtes-vous confiant pour ce match ? Au-delà de ce que vous avez dit, tout se passe bien au niveau de la préparation pour ce rendez-vous ? Et ce type de confrontation est-il révélateur du niveau réel de votre équipe ?

PatriceBeaumelle : On arrive quasiment dans le dernier carré, ce sont les quarts de finale. Toutes les équipes se donnent le droit de rêver de pouvoir passer un prochain tour et d’accéder aussi à une demi-finale, puis à une finale. En tout cas, on est concentrés sur l’Espérance de Tunis, on est concentrés sur nous. On sait qu’on a de grands joueurs, on a une très belle équipe, on a un public qui va nous pousser au match aller à Radès. On a tout le club derrière nous, à fond, qui est prêt.

Donc oui, il faut qu’on soit confiants, sachant qu’en face, il faudra aussi aller au match retour en Égypte, au Caire, ce qui n’est jamais facile. Mais, en tout cas, il y a l’envie de bien faire, l’envie de tout donner pour faire plaisir à notre public. Les consignes sont claires : jouer concentrés mais décontractés, parce qu’il ne faut pas que l’enjeu paralyse les joueurs. Il faut se donner à fond.

Depuis une semaine, on est déjà en configuration Ligue des champions. On voit aux entraînements beaucoup d’application, de concentration et d’envie de bien faire. Petit à petit, je récupère aussi tous les joueurs qui étaient à l’infirmerie à mon arrivée, donc c’est bon signe. J’espère, durant cette semaine, pouvoir compter sur tout le monde afin que l’on puisse présenter la meilleure équipe face à Al-Ahly dimanche.

Quel regard portez-vous sur l’effectif dont vous avez hérité au niveau intrinsèque ? Y a-t-il un vrai potentiel ? L’Espérance est le vivier de la sélection tunisienne ; constatez-vous une qualité au-dessus de la moyenne au sein de cette équipe ?

Patrice Beaumelle : Bien sûr. On voit des joueurs d’expérience, notamment des joueurs tunisiens qui ont tous un gros vécu en équipe nationale, mais on a aussi des internationaux algériens, maliens, ivoiriens, burkinabés ou mauritaniens. Tous ces joueurs évoluent au plus haut niveau. On a aussi un joueur brésilien qui revient de blessure et qui a un fort potentiel. On a vraiment un bel effectif.

Bien sûr, l’absence de Belaïli est pour moi quelque chose d’important parce que c’est vraiment le « facteur X » de l’Espérance de Tunis. C’est un garçon que je connais très bien et j’espère vraiment qu’il va pouvoir rapidement se soigner pour venir apporter toute sa fougue et son talent, parce qu’on en a besoin.

Mais à côté de cela, on a des Tougaï derrière, on a un effectif complet et solide dont la majorité a déjà gagné des Ligues des champions en 2019 ou auparavant. Ils connaissent les enjeux de ces matchs, ils connaissent la pression et la gestion de ces rendez-vous. Il faut simplement bien se préparer toute cette semaine. Par chance, on va pouvoir jouer après l’iftar, ce qui va nous permettre d’avoir le plein d’énergie. On demande à tout le public de l’Espérance, de Taraji, de venir nous supporter et de faire le maximum pour que ce match aller soit positif pour l’équipe.

Patrice Beaumelle ES Tunis GFXGetty Images

« Le joueur tunisien est demandeur et aime travailler »

Une question un peu plus globale : vu de l’extérieur, en Afrique, on a peut-être parfois le sentiment que le football tunisien manque de profils “hors normes”, de joueurs qui crèvent l’écran, en comparaison avec d’autres pays voisins. Partagez-vous ce constat ou pensez-vous qu’il y a une réelle richesse intrinsèque au sein de ce football ?

Patrice Beaumelle : Non, sincèrement, je trouve que le joueur tunisien est un joueur qui aime travailler. Je m’en suis rendu compte : c’est un joueur qui est demandeur. Quand on s’occupe de lui et qu’on lui propose des choses, il est à l’écoute, il est concentré. Je n’ai pas encore une grande expérience du championnat puisque j’ai joué deux fois à l’extérieur, mais c’est vrai que, par moments, les infrastructures ne permettent pas toujours de produire du jeu.

Je pense que le joueur tunisien aurait tout à gagner à disposer d’infrastructures de haut niveau parce que c’est un joueur qui a du talent, qui est engagé, qui a du caractère et de la personnalité. Si vraiment on arrive à avoir des infrastructures de très bonne qualité, je pense que le football tunisien va vraiment gagner à avoir un championnat encore plus mis en avant. On le voit de toute façon : dès qu’il y a des stades avec de bonnes pelouses, le jeu est beaucoup plus fluide et agréable.

Ce week-end, j’ai donné une première sélection à un joueur de 17 ans, Amine Hachmidi. Il est entré, il a percuté sur ses premiers ballons et il aurait pu donner une passe décisive. En tant qu’entraîneur, je suis toujours très fier de donner une chance à des jeunes. C’est l’avenir du football tunisien. J’ai pu voir avec Christian Brocconi, avec la réserve et le centre de formation, de beaux jeunes de talent. Il faut travailler dans ce sens, sur la continuité. Le football tunisien a vraiment de la qualité et des joueurs qui ne demandent qu’à progresser.

Votre compatriote Sabri Lamouchi vient de prendre la tête de la sélection. Avez-vous déjà pu échanger avec lui et peut-on imaginer une forme de collaboration entre vous pour le bien du football tunisien ?

PatriceBeaumelle : Bien sûr ! Déjà, je le félicite pour sa nomination. Faire une Coupe du monde avec la Tunisie, c’est toujours quelque chose de magnifique. Je lui souhaite vraiment le meilleur pour porter le drapeau tunisien très haut lors de la prochaine Coupe du monde.

Nous savons, lui et moi, que nous sommes sur Tunis ; je crois qu’il doit arriver dans les prochains jours. Si nos emplois du temps nous le permettent, on se verra. Nous avons déjà eu l’occasion d’échanger à de nombreuses reprises par le passé. Ce sera toujours un plaisir de pouvoir collaborer. En tout cas, je suis à la disposition des équipes nationales. S’il a besoin de quoi que ce soit, de manière très humble, je lui apporterai tout ce que je peux en étant sur place à Tunis.

Patrice Beaumelle ES TunisES Tunis

« Le MC Alger restera toujours dans mon cœur »

Votre passage au MC Alger a marqué les esprits, vous y avez connu beaucoup d’émotions. Rejoindre l’ES Tunis vous permet-il aussi de revivre une aventure similaire dans un grand club du Maghreb ? Y avait-il aussi cela dans votre choix ?

PatriceBeaumelle : C’est sûr que ce que j’ai pu vivre à Alger avec le club d’Alger, c’est à jamais gravé dans mon cœur et dans ma tête. J’ai vécu de grandes émotions aussi bien sur le terrain que dans les tribunes. Et c’est toujours difficile de comparer des clubs, mais en tout cas, dans la ferveur, dans la popularité, dans l’engagement, dans la passion, on retrouve ces similitudes entre le Mouloudia et le Taraji.

Il y a beaucoup d’envie, beaucoup de passion. On voit dans les tribunes les supporters qui ne vivent que pour leur club. Donc là, c’est vrai qu’il y a une certaine similitude. Après, chaque club a sa spécificité, mais ce que j’ai vécu avec le Mouloudia Club d’Alger reste quelque chose à jamais gravé dans mon cœur et dans ma tête. Et je me souhaite de vivre autant d’émotions avec l’Espérance de Tunis et toutes ces échéances qui arrivent rapidement, que ce soit en Ligue des champions, pour ce championnat, la Coupe de Tunisie aussi et tout ce qui va pouvoir venir dans le futur proche ou lointain.

Avec le recul, gardez-vous quelques regrets sur la manière dont cette aventure s’est terminée à Alger ? Une petite frustration, peut-être un sentiment d’ingratitude ?

PatriceBeaumelle : Non, non, parce qu’en fait, cela s’est fait d’un commun accord. Parfois, c’est extra-sportif, ce n’était pas sur le plan sportif. En fait, cela a davantage été des pleurs de se séparer. On était dans les bureaux, on a beaucoup échangé avec les dirigeants, avec le président Hadj Redjem. Il y avait beaucoup d’émotions. Je pense que personne ne voulait qu’on se sépare, mais bon, cela fait partie du football parfois.

Ce n’était pas seulement du sportif, c’était extra-sportif, mais j’ai très souvent le président et de nombreux joueurs au téléphone. Je regarde quasiment tous les matchs dès que je suis disponible. Je suis le championnat, leur évolution en coupe, en Ligue des champions… Je suis les informations parce que c’est un club qui est gravé en moi. Donc non, aucun regret. Au contraire, j’ai beaucoup d’émotion et de fierté d’avoir contribué à remettre le Mouloudia là où il méritait d’être, c’est-à-dire sur la scène internationale, sur le continent africain, parmi les meilleurs clubs.

Je lui souhaite vraiment le meilleur parce que ce club et ses supporters méritent le plus beau. J’ai des frissons à chaque fois que je vois le stade plein, que ce soit le stade Ali-La Pointe ou le 5-Juillet à l’époque. On voit à chaque fois cette ferveur, cette passion, et cela me donne des frissons. Donc aucun regret, beaucoup de fierté et beaucoup d’énergie positive que j’ai pu amener. Je suis très, très fier de mon passage au Mouloudia et je dis à tout le monde que je les aime pour toujours, parce que c’était quelque chose de très fort entre nous.

Un message qui va certainement faire beaucoup plaisir aux supporters du club.

PatriceBeaumelle : Et c’est du fond du cœur, ce n’est vraiment pas pour dire… Ce sont des souvenirs incroyables et c’est vraiment sincère.

« Je serai toujours là pour Belaïli »

On avait parlé tout à l’heure du cas Youcef Belaïli. Comment se porte-t-il en ce moment ? Quelle place occupe-t-il dans votre projet à l’Espérance de Tunis ? Et qu’en est-il précisément de sa situation disciplinaire ?

PatriceBeaumelle : Déjà, Youcef, on s’est toujours parlé depuis qu’il était parti du Mouloudia. Que ce soit cet été, à la Coupe du monde des clubs, je lui ai envoyé des messages ; même l’année dernière, lorsqu’ils ont fait le doublé, je l’avais par message. On ne s’est vraiment jamais quittés. J’ai Youcef, mais j’ai aussi son papa régulièrement.

Lorsqu’il s’est blessé, j’étais encore avec l’Angola. Je lui avais envoyé des messages de soutien car je regardais son match au moment de l’impact ; j’ai tout de suite vu le coup qu’il avait pris au genou. C’est vraiment dommage, car c’est un joueur qui aurait fait du bien pour la Coupe d’Afrique et la Coupe du monde à venir. C’est un joueur de génie, le véritable « facteur X » des équipes. Il est imprévisible, et pour un entraîneur, c’est génial d’avoir des profils comme ça.

Actuellement, il est toujours en soins et poursuit sa rééducation. Pendant ce mois de Ramadan, il a souhaité faire ses soins chez lui ; nous l’avons laissé tranquille pour qu’il puisse se soigner et rester en famille.

On a aussi entendu parler d’une suspension de la part de la FIFA, mais il n’y a pas eu d’annonce officielle. Avez-vous des informations ?

PatriceBeaumelle : Sur le cas de sa suspension, comme vous tous, j’ai pu lire cela dans la presse. Je pense que des gens s’occupent de ce dossier, notamment ses conseillers et ses avocats, pour essayer de régler cela. Je souhaite que tout puisse rentrer dans l’ordre avec le club d’Ajaccio afin que les deux parties continuent leur route et que Youcef, une fois soigné, puisse poursuivre sa carrière et nous donner un coup de main à l’Espérance de Tunis.

C’est un club qui lui est très cher, il est l’enfant du club et tout le monde l’adore ici. On a besoin de lui. Je serai toujours là, en tant qu’entraîneur et proche de lui, pour l’aider à être dans les meilleures dispositions possibles sur le terrain.

« Pour le futur, je ne ferme aucune porte »

Après toutes ces expériences à l’étranger, un retour en France fait-il encore partie de vos plans ou votre trajectoire s’inscrit-elle désormais uniquement à l’international ?

PatriceBeaumelle : J’ai 47 ans, bientôt 48. Certains me disent que je suis encore un jeune entraîneur, mais cela fait plus de 20 ans que je fais ce métier. J’ai vécu huit Coupes d’Afrique, une Coupe du monde, j’ai gagné des trophées…

Je ne me ferme aucune porte. Le choix de l’Afrique n’est pas un choix par défaut. J’ai eu des propositions en France, en Europe et ailleurs. Mais à chaque fois, je choisis le projet qui m’anime le plus. Bien sûr, je ne ferme pas la porte au championnat français, bien au contraire, mais il faudrait que le projet proposé soit plus stimulant que ceux que j’ai actuellement.

Un projet comme l’Espérance de Tunis, ou celui que j’ai eu au Mouloudia, c’est difficile à refuser. Ce sont des clubs qui vous attrapent et vous marquent à jamais. Je ne connais pas un entraîneur passé par le Mouloudia ou l’Espérance qui n’en soit pas ressorti transformé. En tant qu’entraîneur, on a envie de vibrer, et ces clubs-là vous font vibrer quoi qu’il arrive.