La remise en service de ce champ pétrolier de Mabruk, situé dans la concession C17, à environ 130 kilomètres au sud de la ville de Syrte, accroît la capacité de production du pays de 25 000 barils supplémentaires par jour. Le redémarrage de cette infrastructure marque une étape clé pour la compagnie, qui détient 37,5% des intérêts dans ce projet via la coentreprise Mabruk Oil Operations, formée avec la National Oil Corporation (NOC), la société d’État libyenne chargée de développer l’exploitation des hydrocarbures.
Réactiver les activités
Le chantier de cette relance, mené sur près de deux ans, avait déjà été évoqué dans plusieurs documents de référence publiés par TotalEnergies, notamment son Document d’enregistrement universel 2024, son Sustainability & Climate Progress Report 2024 et le rapport financier annuel de l’exercice 2025, où le projet figurait parmi les développements majeurs de son activité amont sur le continent africain. L’exploitation du champ de Mabruk avait été interrompue en 2015, dans un contexte marqué par la dégradation des infrastructures pétrolières et par l’instabilité sécuritaire liée à la guerre civile en Libye. Sa remise en route illustre ainsi la volonté de TotalEnergies de réactiver progressivement ses activités dans le pays, après une décennie d’interruption.
Pour TotalEnergies, cette relance représente à la fois un signal stratégique et un apport concret en termes de volumes. Sur les trois dernières années, la production africaine de l’entreprise a globalement reculé de 9%, dans un contexte où les prix du pétrole, avant le conflit armé qui a récemment éclaté dans le golfe persique, avaient reculé de 37%. Ses dirigeants ont ainsi souligné que ce redémarrage témoigne d’un engagement à long terme en Libye. Selon Julien Pouget, directeur Exploration & Production Moyen-Orient et Afrique du Nord de TotalEnergies, cette opération contribue à l’objectif de croissance annuelle de 3% de la production du groupe à l’horizon 2030. « Ce projet, s’inscrivant dans la continuité des annonces récentes de TotalEnergies relatives à l’extension des concessions de Waha, apporte une production de pétrole à bas coût et faibles émissions, en ligne avec la stratégie de la Compagnie, et contribue à atteindre notre objectif de croissance de la production de 3 % par an jusqu’en 2030. », a-t-il fait savoir.
Un apport supplémentaire à la production du groupe en Afrique
De son côté, Mabruk Oil Operations a estimé que cette reprise constitue une nouvelle base pour des opérations durables et la poursuite du développement des infrastructures du champ. En 2025, la production de TotalEnergies en Libye atteignait en moyenne 113 000 barils équivalents pétrole par jour, principalement issus des champs d’Al Jurf et d’El Sharara, ainsi que des concessions Waha. Dans ce contexte, la remise en activité de Mabruk vient renforcer le portefeuille du groupe dans le pays, alors même que ses volumes amont et ses ventes aval en Afrique ont enregistré un recul entre 2022 et 2025.
Cette reprise intervient également dans un environnement plus favorable au retour des investisseurs internationaux en Libye. Les autorités libyennes cherchent en effet à porter la production nationale à 1,6 million de barils par jour dans une première étape, puis à 2 millions de barils par jour dans une seconde phase. La NOC multiplie, pour cela, les initiatives destinées à attirer les compagnies étrangères sur les segments offshore et onshore.
Dans ce contexte, plusieurs majors ont récemment manifesté ou renforcé leur intérêt pour le pays. Chevron, ExxonMobil, Eni, Repsol, BP, Shell, OMV et Wintershall Dea figurent parmi les groupes engagés, en phase de retour ou d’expansion. TotalEnergies, qui a par ailleurs prolongé jusqu’en 2050 la concession de ses actifs majeurs de Waha avec ses partenaires, entend ainsi consolider sa place sur un marché redevenu stratégique malgré les risques sécuritaires persistants. Avec la relance de Mabruk, le groupe français confirme donc son intention de faire de la Libye l’un des éléments centraux de son redressement productif en Afrique. Cette dynamique s’inscrit plus largement dans ses ambitions continentales, aux côtés des projets menés en Angola, en Algérie, en Ouganda, au Mozambique et en Namibie.
Un contexte géopolitique tendu
La remise en production du champ libyen de Mabruk intervient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu pour TotalEnergies au Moyen-Orient, où environ 15% de ses actifs sont exposés aux répercussions du conflit régional. Plusieurs installations du groupe au Qatar, en Irak et dans l’offshore des Émirats arabes unis ont ainsi suspendu ou ralenti leurs opérations, alors que les tensions liées aux frappes iraniennes et les perturbations autour du détroit d’Ormuz — principal corridor d’exportation des hydrocarbures du Golfe — menacent la circulation des flux énergétiques. Le groupe souligne toutefois que l’impact financier reste contenu, ces actifs ne représentant qu’environ 10 % du cash-flow de l’activité amont en raison d’une fiscalité plus élevée que dans d’autres régions. Selon ses estimations, une hausse d’environ 8 dollars du prix du Brent suffirait à compenser les pertes potentielles attendues en 2026. Une hypothèse jugée prudente par de nombreux analystes, dont certains anticipent des tensions bien plus fortes sur les prix du pétrole si les perturbations dans le Golfe devaient s’intensifier. Dans ce contexte, la reprise de la production en Libye apparaît comme un levier de diversification géographique pour le groupe, qui compte s’appuyer davantage sur d’autres régions afin de soutenir la croissance de sa production et limiter l’impact des incertitudes au Moyen-Orient.