Depuis 2021, le Nigeria affiche un excédent commercial moyen de 7 milliards de dollars dans ses échanges avec l’Union européenne (équivalent à 6 milliards d’euros selon le taux USD-EUR au 16 octobre 2025), selon les données de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Malgré une contraction des volumes globaux échangés sur cette période, cette tendance s’est confirmée d’une année à l’autre.

En détail, le pays a dégagé un excédent équivalent à 2,6 milliards d’euros en 2021, 6,2 milliards d’euros en 2022, 5,2 milliards d’euros en 2023 avant un pic à 9,6 milliards d’euros en 2024. Dans le même temps, la valeur totale des échanges bilatéraux de biens a reculé, passant de 41,7 milliards d’euros en 2022 à 36,4 milliards d’euros en 2023 puis 27,7 milliards d’euros en 2024. Le déficit commercial de l’UE s’est donc progressivement creusé, alors que les bénéfices du Nigeria se sont consolidés.

L’Union européenne demeure le principal partenaire commercial multilatéral du Nigeria, mais la relation reste largement dominée par les hydrocarbures. Le pétrole dont le pays est le premier producteur africain, représentait 81,2% des exportations nigérianes vers l’Europe en 2024, tandis que 65,7% des importations en provenance de l’UE concernaient des produits pétroliers raffinés. Une configuration qui illustre encore le schéma classique d’exportation de matières premières brutes africaines contre une importation de produits transformés européens.

Vers un rééquilibrage des échanges 

Cette dynamique pourrait toutefois évoluer avec l’importante transformation que connaît le secteur pétrolier nigérian ces dernières années. La mise en service progressive de la raffinerie Dangote, présentée comme la plus grande raffinerie à train unique au monde, ouvre une nouvelle ère pour le secteur pétrolier nigérian. Avec une capacité prévue de 650 000 barils par jour, l’infrastructure vise à satisfaire la demande intérieure et à faire du Nigeria un exportateur net de produits pétroliers raffinés. Bien que son exploitation à pleine capacité soit encore entravée par divers défis internes, elle a déjà commencé à produire et à exporter vers plusieurs marchés, notamment les États-Unis.

Son impact macroéconomique est déjà visible, notamment à travers sa contribution à réduire la pression sur les réserves de change. En 2023, le pays le plus peuplé d’Afrique avait importé pour plus de 18,2 milliards de dollars (15,5 milliards d’euros) de produits pétroliers selon les chiffres de l’Observatoire de la complexité économique (OEC), soit autant de dollars en moins dans les caisses de la Banque centrale. Mais selon cette dernière la pression sur la demande de la devise américaine devrait continuer à se réduire au fur et à mesure de la montée en puissance de la raffinerie Dangote.

À moyen terme, cette montée en puissance pourrait remodeler la structure des échanges avec l’UE. La baisse des importations de carburants en provenance d’Europe pourrait creuser le déficit commercial européen, bien que d’autres postes, tels que les céréales (8,5% des importations nigérianes depuis l’UE) ou les machines (5,7%), pourraient occuper une place croissante dans les flux bilatéraux.

Ainsi, bien que le partenariat économique entre l’Union européenne et le Nigeria demeure aujourd’hui largement structuré autour des hydrocarbures, les dynamiques en cours laissent entrevoir une évolution progressive vers une plus grande diversification. Cette transformation, ouvre la voie à une redéfinition des flux commerciaux. Cependant, le véritable enjeu pour Abuja consistera à capitaliser sur cette reconfiguration afin non seulement de consolider ses excédents extérieurs, mais aussi d’intégrer durablement dans ses échanges avec l’Europe des secteurs à forte valeur ajoutée, tels que l’agro-industrie, les produits manufacturés ou encore les services numériques émergents.