: investissements lourds et stratégie assumée

La Tanzanie apparaît aujourd’hui comme le pilier financier du projet Pamoja. Pour l’exercice budgétaire 2025-2026, près de 195 millions de dollars ont été mobilisés pour le développement des infrastructures sportives, dont environ 67 millions de dollars spécifiquement dédiés à la construction et à la rénovation de stades.

Plusieurs projets structurants sont déjà engagés :

 Arusha Sports Stadium, une enceinte de 30 000 places, estimée à 98 millions de dollars, appelée à accueillir des matchs majeurs du tournoi ;Samia Suluhu Hassan Stadium, également à Arusha, d’une capacité équivalente, pour un coût d’environ 38 millions de dollars ;Dodoma Stadium, en construction dans la capitale politique, évalué à 46 millions de dollars.

À travers ces investissements, Dar es-Salaam cherche à positionner le pays comme un hub sportif régional, capable d’attirer tourisme, événements continentaux et retombées économiques durables au-delà de la CAN.

Ouganda : entre modernisation et construction neuve

En Ouganda, la stratégie repose sur une combinaison de rénovation d’infrastructures existantes et de nouveaux projets ambitieux. Le Mandela National Stadium (Namboole) à Kampala est en cours de mise à niveau pour répondre aux standards internationaux. En parallèle, le pays mise sur le Hoima City Stadium, une enceinte polyvalente de 20 000 places dont le coût est estimé à 116 millions de dollars, avec une livraison annoncée avant la fin de l’année 2025.

Sur le plan institutionnel, le Parlement ougandais a recommandé une enveloppe globale d’environ 100 millions de dollars pour les préparatifs de la CAN 2027. Ce budget couvre la rénovation des stades, la mise en place effective de l’Agence nationale antidopage, la modernisation d’infrastructures sportives annexes et la construction de terrains d’entraînement aux normes internationales. L’objectif affiché est clair : faire de la CAN un levier structurel pour le sport ougandais.

Kenya : un rôle central, mais sous observation

Si le Kenya demeure un acteur politique et logistique clé du projet Pamoja, il concentre aussi certaines inquiétudes. Les investissements semblent principalement focalisés sur Nairobi, au détriment d’une répartition plus équilibrée à l’échelle nationale.

Cette approche suscite des critiques parmi les observateurs locaux, qui estiment que la CAN 2027 aurait pu servir de catalyseur pour un développement sportif plus homogène. À deux ans de l’échéance, Nairobi est attendu sur sa capacité à accélérer et à élargir ses chantiers pour ne pas apparaître comme le maillon faible du trio.

Pamoja, une coopération régionale à haut risque

La CAN 2027 repose sur un modèle inédit de co-organisation régionale. Mutualisation des ressources financières, coordination des calendriers de construction, harmonisation des normes CAF et gestion logistique transfrontalière. Le projet Pamoja constitue à la fois une innovation et un défi majeur.

L’expérience du Championnat d’Afrique des Nations, déjà co-organisé par les trois pays, a permis d’identifier des progrès réels, mais aussi des fragilités persistantes, notamment dans la communication inter-institutionnelle et la fluidité des déplacements régionaux.

Un enjeu qui dépasse largement le football

Au-delà de la compétition, la CAN 2027 représente une opportunité de transformation socio-économique pour l’Afrique de l’Est. Les projets d’infrastructures mobilisent des milliers d’emplois directs et indirects, dynamisent les secteurs de l’hôtellerie, du transport et des services, et renforcent l’attractivité de villes comme Arusha, Hoima ou Kampala.

Soutenue par des partenariats internationaux et une exposition médiatique continentale, la région espère s’inscrire durablement dans le calendrier du football africain. Après l’exemple marocain en 2025, le trio Kenya – Tanzanie – Ouganda est désormais attendu sur un point essentiel : transformer des promesses budgétaires en une organisation crédible, fluide et durable en 2027.