Le groupe turc Tosyali poursuit ses investissements dans la sidérurgie en Algérie, avec le lancement cette année d’une usine de traitement primaire du minerai de fer extrait de la mine de Gara Djebilet (wilaya de Tindouf).

Cette usine sera réalisée, indique un communiqué de l’entreprise, en partenariat avec la Société nationale de recherche et d’exploitation minière (Sonarem). Sa capacité de production annuelle est estimée à 4 millions de tonnes, précise la même source.


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Elle comprendra trois unités. La première est dédiée à l’enrichissement, la deuxième pour la chaux et la troisième se spécialisera dans la production d’acide sulfurique. Selon Tosyali Algérie qui dispose d’un complexe sidérurgique à Bethioua près d’Oran, le projet sera achevé en décembre 2028.


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Le complexe, faut-il le rappeler, a reçu lundi 2 février, la première cargaison de minerai de fer de la mine de Gara Djebilet, en présence du Premier ministre, Sifi Ghrieb.  

Dimanche, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a inauguré la ligne ferroviaire reliant Béchar à Gara Djebilet sur 950 km qui a couvert la voie à l’exploitation de l’un des plus grands gisements de minerai de fer au monde.


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A cette occasion, le Premier ministre s’est enquis des différentes étapes de l’opération de réception et de déchargement de la cargaison et du niveau de préparation technique et logistique pour assurer le transport du minerai de fer dans des conditions conformes aux normes en vigueur.

Il a visité les différentes unités du complexe Tosyali, notamment celles dédiées au stockage des matières premières en provenance de Gara Djebilet et s’est enquis des différentes étapes de la production du fer.

Dans son allocution, Sifi Ghrieb a qualifié ce jour d’ «historique, qui constitue une étape majeure dans la concrétisation d’un plan de développement global et intégré de l’industrie algérienne ».

Le vice-président du complexe Tosyali, Alp Topcuoglu, a présenté, pour sa part, un exposé sur le processus de transformation du minerai de fer extrait de la mine de Gara Djebilet au sein du complexe, saluant les efforts de l’Etat algérien dans la réalisation de la ligne ferroviaire minière occidentale, qu’il a qualifiée d’ »historique ».

L’Algérie, de pays importateur à exportateur

Soulignant le caractère stratégique de l’acier, Alp Topcuoglu a rappelé qu’il y a une dizaine d’années, l’Algérie dépendait encore des importations de produits sidérurgiques de base. Le pays est désormais autosuffisant et exportateur de produits sidérurgiques à forte valeur ajoutée, a-t-il affirmé.

En effet, le complexe a lancé le 13 janvier 2026 sa première expédition de tôles d’acier de l’année, à destination de la Pologne, de la Lettonie, de l’Italie et de la Tunisie. Quatre navires ont été mobilisés pour transporter simultanément la marchandise à partir des ports d’Arzew et d’Oran.  

Des restrictions pour les exportations vers les USA et l’UE

L’année 2023 a été la plus bénéfique pour les exportations algériennes d’acier notamment à destination des Etats-Unis et de l’Europe avec des volumes importants se chiffrant en plusieurs centaines de milliers de tonnes.

L’Algérie a exporté 485 000 tonnes d’acier vers les Etats-Unis en 2023. Or, au mois de juin 2025, l’association américaine des producteurs de barres d’armature affirmait dans deux requêtes déposées en droit antidumping et en droit compensateur que le taux de dumping des produits en provenance de l’Algérie oscille entre 145,16% et 166,38%.

«Le département du commerce des États-Unis a annoncé ses conclusions préliminaires positives dans le cadre des enquêtes antidumping concernant les barres d’armature en acier pour béton en provenance d’Algérie avec un taux de 127,32% », est-il mentionné dans le communiqué de l’administration américaine de commerce indiquant que la publication des « conclusions finales de ces enquêtes se fera le 3 mars 2026 ».

Selon l’association américaine, « les barres d’armature importées d’Algérie, de Bulgarie, d’Égypte et du Vietnam sont vendues aux États-Unis à un prix inférieur à leur juste valeur », évoquant une concurrence déloyale. Une action qui a coïncidé avec l’entrée en vigueur de la décision de l’administration Trump portant sur l’imposition d’une taxe de 30% sur les importations en provenance d’Algérie.

Cette accusation de dumping a fait chuter les exportations d’acier algérien vers les Etats-Unis à 91.000 tonnes en 2024.    

Les relations commerciales entre l’Algérie et les États-Unis en matière d’acier restent ainsi en « sursis » en raison de ces mesures protectionnistes américaines, qui cherchent à protéger leur industrie locale, notamment sous l’administration Trump.

Le marché américain devient, de ce fait, difficilement accessible pour les exportateurs algériens notamment Tosyali et AQS (Algerian Qatari Steel) qui comptaient beaucoup sur cette destination pour écouler leurs marchandises.

Même l’accès au marché de l’Union européenne, qui est un partenaire naturel de l’Algérie, du fait de sa proximité et ses besoins industriels, reste encadré par des quotas jugés insuffisants par les producteurs algériens.

En dépit des investissements réalisés par les producteurs locaux pour améliorer davantage la qualité du produit et sa conformité aux nouvelles exigences environnementales, les exportations algériennes vers les pays européens demeurent limitées.

Ce système de quotas a fait réagir le patron de Tosyali.  « L’UE devrait lever les quotas pour des pays comme la Turquie et l’Algérie, qui fournissent de l’acier en amont à faibles émissions. Sinon, elle risque d’affaiblir ses propres industries en aval », a déclaré le président de Tosyalı Holding, Fuat Tosyali, lors de son intervention au Forum économique mondial de Davos (Suisse), au mois de janvier 2026.