La chambre criminelle de la Cour d’appel de Tunis a décidé de réduire la peine prononcée contre l’opposante tunisienne Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre (PDL). Condamnée en première instance à 12 ans de prison dans l’affaire dite du « bureau d’ordre », elle a été condamnée en appel à 10 ans de prison ferme. Maigre consolation d’une justice aux ordres.

Dans la même affaire, la Cour d’appel a également revu à la baisse la peine infligée à Meriem Sassi, militante du Parti destourien libre. Sa condamnation a été ramenée de deux ans de prison à une année.

Une affaire née d’un incident à la présidence

Les poursuites remontent à un incident survenu en 2023 au Palais de Carthage, siège de la présidence tunisienne. Abir Moussi s’était rendue au bureau d’ordre de la présidence pour y déposer des documents et protester contre ce qu’elle considérait comme des pratiques administratives irrégulières.

L’incident avait donné lieu à l’ouverture d’une procédure judiciaire. Le parquet avait retenu plusieurs chefs d’accusation, notamment l’entrave au fonctionnement d’une institution publique ainsi que des infractions liées à l’utilisation et à la gestion de données administratives.

Le jugement de première instance, rendu fin 2025, avait condamné la dirigeante du PDL à douze ans de prison, une décision qui avait provoqué de nombreuses réactions dans les milieux politiques et parmi des organisations de défense des droits humains.

Un dossier au cœur des tensions politiques

La réduction de la peine en appel ne met pas fin au débat politique entourant cette affaire. Pour les partisans d’Abir Moussi, ce procès s’inscrit dans un contexte de tensions politiques croissantes en Tunisie et illustre, selon eux, une pression judiciaire sur l’opposition.

Les autorités tunisiennes, de leur côté, soutiennent que la procédure relève exclusivement du cadre judiciaire et qu’elle concerne des faits considérés comme des infractions par la loi, indépendamment de toute considération politique. Voire.

Depuis son arrestation, Abir Moussi est devenue l’une des figures les plus visibles de l’opposition au président Kais Saied. Sa condamnation et son maintien en détention continuent d’alimenter le débat sur la situation politique du pays et sur l’état des libertés publiques en Tunisie.

Avec cette décision de la Cour d’appel, la peine est donc réduite mais confirmée dans son principe, laissant ouverte la possibilité de nouveaux recours judiciaires.

Mourad Benyahia