Et si les médecins de l’Égypte antique avaient découvert, il y a trois millénaires, une solution biologique que nous peinons aujourd’hui à rendre accessible ? Une nouvelle étude publiée dans le Journal of Ocular Pharmacology and Therapeutics vient de jeter un pavé dans la mare de l’ophtalmologie moderne. En décryptant le célèbre papyrus Ebers, des chercheurs suggèrent que l’utilisation du lait maternel pour soigner les yeux n’était pas un simple rite mystique, mais une stratégie médicale d’une précision moléculaire étonnante.
Au-delà du rite d’Isis : une réalité biologique
Le papyrus Ebers, rédigé vers 1550 avant notre ère, est l’un des plus vieux traités médicaux au monde. Jusqu’ici, les égyptologues souriaient en lisant les recommandations de baigner les yeux malades dans du lait de femme ayant accouché d’un fils. Ils y voyaient une simple évocation magique de la déesse Isis nourrissant Horus.
Pourtant, les scientifiques modernes ont décidé de prendre le texte au pied de la lettre. Le lait maternel est une « soupe » biologique riche en hormones de croissance (EGF, TGF-α, IGF-1). Or, ce sont exactement ces mêmes composés que l’on recherche aujourd’hui dans les traitements de pointe pour la sécheresse oculaire sévère, comme les larmes de sérum autologue (fabriquées à partir du sang du patient). La différence ? Le traitement moderne coûte plus de 1 400 €, là où le remède antique était, par nature, gratuit.
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Un cicatrisant surpuissant caché dans le colostrum
Si l’idée peut surprendre, elle s’appuie sur des preuves précliniques solides. Des tests sur des souris ont montré que le lait maternel accélérait radicalement la cicatrisation de la cornée. Chez les nourrissons prématurés, l’application de colostrum réduit également les risques de conjonctivite grâce à ses propriétés antimicrobiennes et ses immunoglobulines.
Pour les chercheurs, les Égyptiens auraient identifié cette capacité de régénération tissulaire. Le lait maternel pourrait traiter les hémorragies oculaires, les inflammations et certaines formes de cécité mentionnées dans les textes anciens en favorisant la réparation de la surface de l’œil par voie topique.
Vers un retour aux sources médicales ?
Alors, faut-il ressortir les remèdes de pharaons ? Les auteurs de l’étude restent prudents. S’ils voient dans le lait maternel — ou son alternative plus éthique, le colostrum bovin — un traitement d’avenir bien plus rentable, ils rappellent qu’aucun essai clinique humain n’a encore validé cette pratique pour la sécheresse oculaire.
« L’utilisation de préparations à base de lait doit rester confinée à des contextes expérimentaux », préviennent-ils, insistant sur les enjeux de sécurité et de stérilisation. Mais une chose est sûre : en observant les médecins de l’Antiquité, nous pourrions bien trouver une solution à un mal moderne qui touche 17 % de la population mondiale.