Les mobilités répondent aussi à un défi démographique important, avec de plus en plus de jeunes qui accèdent aux études supérieures dans la plupart des pays du continent mais des infrastructures et financements qui ne suivent pas et peu de postes à la clé, que ce soit dans le public ou le privé. En plus de co-construction de diplômes entre l’Afrique et l’Europe, la diaspora pourrait ici aider de deux manières : en facilitant l’accueil dans le pays où ils se sont installés ou en revenant aider au développement de la recherche et de l’innovation, et des industries liées, dans leur pays d’origine. « C’est en développant toute la chaîne de valeur que l’on peut faire en sorte que les étudiants sortent de l’université avec non seulement un diplôme mais aussi un emploi », assure ainsi Roger Tsafack Nanfosso, recteur de l’Université de Dschang au Cameroun.
Des réseaux à toutes les échelles
Une autre piste pour aider au développement de la recherche et des partenariats : les réseaux. Ils se déploient de plus en plus en Afrique, au sein des pays et de manière régionale, à l’image des centres d’excellence de l’African Research Universities Alliance (ARUA) qui compte aujourd’hui 16 membres ou du réseau en mathématiques African Institute for Mathematical Sciences Global Network, mais aussi à l’international avec par exemple le réseau des Chaires Unesco
. Outre une meilleure utilisation des ressources techniques et financières disponibles sans redondance, ces réseaux permettent aux scientifiques de talent de mettre en commun leurs connaissances et compétences pour s’attaquer à des problèmes transnationaux. En atteignant une masse critique de scientifiques sur un sujet donné, la visibilité acquise permet d’attirer des financeurs et de s’assurer que les savoirs produits auront un impact.

Francine Ntoumi a présenté les principaux enjeux et freins relatifs au développement de la recherche et de la diffusion de la culture scientifique en Afrique. © CNRS
Les réseaux ont un fort intérêt également pour aider à la mobilité des scientifiques et étudiants, créer du lien et promouvoir les bonnes pratiques comme la science ouverte. Leur rôle dans la formation et l’innovation n’est plus à démontrer. Face au risque de « fuite des cerveaux » que peut causer la mobilité et dans un cadre de développement durable, l’utilisation d’outils numériques pour des enseignements et collaborations à distance, sous forme de réseaux, peut aussi être utile. Les diverses méthodes de financement et d’organisation ont été discutées, avec un point commun : l’implication des institutions, scientifiques ou gouvernementales, est indispensable pour pérenniser ces réseaux, souvent nés d’abord d’échanges informels entre scientifiques et laboratoires.
C’est d’ailleurs ainsi qu’est né ce qui allait devenir l’International research laboratory (IRL) « Environnement, Santé, Sociétés »
. Son directeur, Lamine Gueye, est venu partager les éléments ayant contribué à la « success story » du seul, à ce jour, laboratoire international du CNRS en Afrique de l’Ouest, lors d’une des trois interventions d’experts et expertes qui ont rythmé la journée. Il a notamment cité l’importance de la formation à la recherche pour rendre les projets et les réseaux durables sur le long terme. Ce haut niveau de partenariat formel facilite les coopérations et permet d’apporter des éclairages complémentaires sur des questions en lien avec les contraintes du milieu de vie et les mutations sociétales identifiées dans la région.
La diffusion des connaissances, une clé pour le futur
Une autre intervention très remarquée fut celle de Francine Ntoumi, présidente de la Fondation congolaise pour la recherche médicale en République du Congo, qui a présenté les principaux enjeux et freins relatifs au développement de la recherche et de la diffusion de la culture scientifique en Afrique, composantes essentielles de la lutte contre les fausses informations et pour l’attractivité des carrières scientifiques auprès des jeunes. Elle est professeure en épidémiologie moléculaire des maladies infectieuses, en particulier le paludisme, la tuberculose et le Sida, à l’Université de Tübingen (Allemagne), et présidente du conseil scientifique de l’IRD. « Parler de science, c’est parler du futur. Parler de culture scientifique, c’est parler d’investissement multiforme dans l’humain », a-t-elle résumé, avant d’insister sur l’urgence « de mutualiser nos efforts face aux défis démographiques, climatiques, technologiques », comme l’a montré la crise du Covid.