Le gouvernement sénégalais a annoncé qu’il ne renouvellerait pas les titres miniers et la convention liant l’État aux Industries chimiques du Sénégal (ICS), acteur majeur de la filière phosphatière contrôlé depuis 2014 par le groupe industriel Indorama. Les autorités accusent l’entreprise d’irrégularités dans l’exploitation, et affirment vouloir reprendre la maîtrise des actifs liés à cette activité stratégique.

ICS au cœur d’un litige

Selon le gouvernement, les travaux menés par le comité de renégociation des contrats, en collaboration avec l’Inspection générale d’État, auraient mis en évidence un manque à gagner d’environ 1 075 milliards de francs CFA, soit environ 1,6 milliard d’euros, sur la durée de la convention conclue avec l’entreprise. « Il a été établi que durant tout le temps (la durée de la convention, ndlr), le Sénégal a été lésé », a déclaré le Premier ministre Ousmane Sonko, selon des propos relayés par l’AFP.

Dakar évoque notamment le non-paiement de certaines taxes et redevances, l’octroi d’avantages fiscaux et douaniers jugés indus ainsi que des exonérations qui auraient été accordées sans base légale. Les autorités indiquent avoir bloqué les comptes de la société afin de l’obliger à s’acquitter de ses obligations financières et de recouvrer une somme estimée à près de 200 milliards de francs CFA (environ 305 millions d’euros).

Un grand complexe de phosphate

Créées dans les années 1980 afin de transformer localement le phosphate extrait au Sénégal, les ICS constituent aujourd’hui l’un des plus importants complexes industriels du pays. L’entreprise exploite une mine située à environ 100 kilomètres de Dakar et dispose d’installations industrielles intégrées comprenant des usines d’acide phosphorique à Darou et une unité de production d’engrais à Mbao, près de la capitale.

L’entreprise revendique une capacité de production d’acide phosphorique d’environ 600 000 tonnes par an, tandis que son usine d’engrais serait capable de produire près de 250 000 tonnes annuelles de fertilisants de type DAP et NPK. Une grande partie de l’acide phosphorique produit est exportée vers l’Inde, tandis que les engrais sont commercialisés en Afrique de l’Ouest et sur d’autres marchés internationaux.

Indorama n’a pas encore réagi publiquement aux accusations de Dakar, qui interviennent quelques mois seulement après l’annonce par le groupe d’un protocole d’accord portant sur un investissement d’environ 126 milliards de francs CFA (environ 192 millions d’euros) sur trois ans dans le pays. Ce programme doit permettre de renforcer les capacités d’ICS, en augmentant la production de phosphate et d’acide phosphorique, tout en construisant une usine d’acide sulfurique.

Reprendre en main l’industrie des phosphates

Pour le gouvernement sénégalais, les enjeux sont avant tout économiques. Dakar a engagé une revue des contrats conclus avec des partenaires étrangers depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye, afin de redéfinir les conditions d’exploitation de certaines ressources naturelles. Dans ce contexte, les autorités ont annoncé le retrait de 71 titres miniers, dont 14 concernant l’or, à des sociétés accusées de ne pas avoir respecté leurs engagements contractuels.

Selon le Premier ministre Ousmane Sonko, des discussions sont également en cours pour renégocier certains contrats dans des domaines tels que les phosphates, le ciment, l’énergie, les infrastructures ou encore le dessalement de l’eau de mer. « Ce que nous voulons, désormais, dans ce secteur, c’est reprendre l’ensemble des actifs, définir par nous-mêmes ce que nous voulons de nos phosphates », a déclaré Ousmane Sonko.

Les phosphates occupent une place importante dans l’économie du Sénégal. Selon les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), l’acide phosphorique constituait en 2024 le deuxième produit d’exportation du secteur extractif après l’or. Il représentait environ 287 milliards de francs CFA (environ 437,5 millions d’euros), soit plus d’un quart de la valeur totale des exportations minières du pays.