L’Ethiopie a annoncé début janvier 2026 la signature d’un accord de principe avec un groupe d’investisseurs détenant une partie de sa dette extérieure. L’accord porte sur un eurobond de 1 milliard de dollars (855 millions d’euros) arrivé à échéance en 2024, sur lequel Addis-Abeba s’est retrouvé en défaut de paiement fin 2023 et qu’il tente depuis de renégocier au titre du Cadre commun du G20.
Le projet d’accord a été conclu avec un comité ad hoc composé de détenteurs institutionnels contrôlant au total plus de 45% des obligations 2024, précise un communiqué publié vendredi 2 janvier sur les réseaux sociaux du ministère éthiopien des Finances. Les autorités ajoutent que l’accord porte à ce stade sur les termes financiers, tandis que certains aspects non financiers doivent encore être finalisés.
Les termes proposés ont été transmis au Comité des créanciers officiels, afin d’en obtenir l’aval, ainsi qu’au Fonds monétaire international (FMI), pour vérifier la compatibilité de l’opération avec les objectifs de soutenabilité de la dette à long terme. L’Ethiopie espère mettre en œuvre cette restructuration « dès que possible en 2026 ».
Une dette extérieure « insoutenable »
La recherche par l’Ethiopie d’un compromis avec une partie de ses créanciers privés intervient alors que sa dette extérieure, qui représentait 44,5% de la dette publique totale à fin juin 2024, est jugée insoutenable par la Banque mondiale et le FMI. Dans une analyse conjointe publiée en septembre 2025, les deux institutions relèvent que la dette publique totale, qui s’élevait à 60,84 milliards d’euros, (soit 71,37 milliards USD) à fin juin 2024, a reculé à 34,8% du PIB, contre 48,9% à la fin de l’exercice 2021-2022, une baisse liée en grande partie à la croissance de l’économie et au ralentissement des nouveaux emprunts extérieurs.
Le rapport note cependant que l’Éthiopie reste confrontée à de fortes difficultés pour générer suffisamment de recettes en devises, ce qui complique le remboursement de sa dette extérieure. Selon les deux institutions, le rétablissement de la soutenabilité de la dette passe nécessairement par des restructurations avec les créanciers, un soutien accru des partenaires internationaux et la poursuite des réformes engagées dans le cadre du programme appuyé par le FMI.
En décembre 2025, Addis-Abeba est d’ailleurs parvenue à un accord avec l’institution de Bretton Woods à l’issue de la quatrième revue de son programme appuyé par la Facilité élargie de crédit, ouvrant la voie à un nouveau décaissement de près de 223,5 millions d’euros, soit 261 millions de dollars. Le FMI a alors salué les progrès réalisés dans le cadre du programme de réformes économiques engagé par le gouvernement, évoquant une amélioration de plusieurs indicateurs macroéconomiques, notamment la croissance, les exportations et les recettes budgétaires.
L’étape des créanciers bilatéraux
L’accord de principe conclu avec des créanciers privés et le récent décaissement du Fonds monétaire international constituent des étapes importantes dans la restructuration de la dette éthiopienne. Ils ne suffisent néanmoins pas à clore le dossier. Addis-Abeba devant encore finaliser le volet bilatéral de sa restructuration dans le Cadre commun du G20.
Après avoir soumis une demande dans ce cadre en février 2021, l’Ethiopie n’est parvenue à un accord de principe avec ses créanciers officiels qu’en mars 2025, sur 7,16 milliards d’euros, soit 8,4 milliards USD de dette. Selon le ministère des Finances, cet accord prévoit un allégement du service de la dette d’environ 2,13 milliards d’euros (2,5 milliards USD) sur la période 2023-2028. En juillet 2025, cette étape a été formalisée par la signature d’un mémorandum d’accord avec le Comité des créanciers officiels, coprésidé par la Chine et la France.
La mise en œuvre de cet accord passe désormais par la conclusion d’accords bilatéraux avec chacun des créanciers concernés. Sur les 10,57 milliards d’euros, (12,4 milliards USD) dus à des créanciers officiels, rappelons que la Chine concentre 6,30 milliards d’euros, (7,4 milliards USD), tandis que l’Ethiopie doit moins de 2 milliards d’euros aux créanciers du Club de Paris.