La filiale en Algérie de l’opérateur de télécommunications qatari Ooredoo, qui est contrôlé à 66% par des entités publiques du Qatar, a indiqué avoir achevé l’extension de la couverture de son réseau 5G à l’ensemble des 58 wilayas (départements) du pays. L’avancée est présentée comme réalisée en avance sur le calendrier fixé par les autorités de régulation, apprend-on d’une annonce faite le 10 mars 2026 par le troisième opérateur mobile d’Algérie derrière Mobilis et Djezzy.

Cette extension nationale s’inscrit dans un contexte de transformation rapide du secteur des télécommunications en Algérie, marqué par l’augmentation de la consommation de données mobiles et la montée des usages numériques dans les entreprises et les administrations.

L’Algérie, marché stratégique

Pour accompagner cette évolution, l’opérateur prévoit de renforcer la densité de ses stations de base et d’améliorer la capacité de son réseau afin d’offrir une qualité de service conforme aux normes internationales. Le directeur général d’Ooredoo Algérie, Roni Tohme, souligne que ce déploiement constitue un levier pour l’économie numérique nationale. « En étendant la couverture 5G à l’échelle nationale, nous réaffirmons notre engagement à investir dans les infrastructures et les réseaux afin de fournir des services aux normes internationales et de soutenir l’économie numérique », indique-t-il.

Au-delà de l’enjeu technologique, l’Algérie constitue un marché stratégique pour le groupe Ooredoo. Avec près de 15,3 millions d’abonnés mobiles à fin 2025, la filiale algérienne constitue l’un des principaux moteurs commerciaux du groupe au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Selon le rapport annuel 2025 du groupe, l’Algérie représente environ 29% de la base de clients mondiale d’Ooredoo, soit près d’un abonné sur trois. La contribution financière du marché algérien est également significative. En 2025, Ooredoo Algérie a généré un chiffre d’affaires de 3,301 milliards de riyals qataris, soit environ 830 millions d’euros au taux de change de fin 2025. Le résultat opérationnel avant amortissements (EBITDA) atteint, pour sa part, près de 372 millions d’euros, avec une marge opérationnelle de 45 %. Cette performance place l’Algérie parmi les marchés les plus rentables du groupe, aux côtés de l’Irak, de la Tunisie, du Qatar et du Koweït. Le pays représente ainsi environ 13% des revenus du groupe et 14% de son EBITDA, confirmant son rôle central dans la stratégie régionale d’Ooredoo.

Européens et Chinois contributeurs sur le support technologique

La croissance de la filiale s’appuie sur une dynamique d’investissement dans les infrastructures réseau. Au cours de l’année 2025, l’opérateur annonce avoir déployé plus de 2000 nouveaux sites télécoms et ajouté plusieurs centaines de stations destinées à renforcer la capacité 4G et à préparer l’arrivée de la 5G à grande échelle. Le déploiement de ces infrastructures a reposé sur un partenariat industriel structurant avec l’équipementier européen Nokia. En mars 2023, Ooredoo et le groupe finlandais ont signé un accord portant sur la modernisation du réseau d’accès radio de l’opérateur en Algérie et en Tunisie. Dans le cadre de ce partenariat, Nokia fournit notamment des équipements radio, des solutions d’infrastructure IP et des technologies visant à préparer l’évolution vers la 5G. Cette collaboration renforce la présence européenne dans l’écosystème télécom algérien. Nokia joue un rôle notable dans la transformation du réseau d’Ooredoo en modernisant les stations de base existantes et en déployant de nouveaux sites compatibles avec les futures technologies mobiles. Selon les informations communiquées par l’opérateur, l’équipementier finlandais représente désormais près de la moitié de l’infrastructure radio du réseau Ooredoo Algérie.

Concurrence qui s’est intensifiée

Cependant, cette présence européenne s’inscrit dans un environnement de concurrence technologique intense. Les équipementiers chinois, notamment Huawei, sont également présents dans le secteur des télécommunications en Algérie et dans la région, où ils disposent d’une forte capacité industrielle et d’un positionnement compétitif en matière de coûts.

Huawei intervient notamment sur certaines composantes du cœur de réseau et sur les technologies visant à augmenter la capacité et les performances des infrastructures. Cette coexistence d’équipementiers européens et chinois reflète une tendance globale dans le secteur des télécommunications, où les opérateurs diversifient leurs fournisseurs afin de limiter les risques technologiques et d’optimiser leurs investissements.

Pour Ooredoo, l’enjeu consiste à combiner l’innovation technologique, la compétitivité économique et la souveraineté numérique dans un marché en pleine expansion. Au niveau national, le déploiement de la 5G s’inscrit dans le cadre du plan de développement de l’Autorité de régulation de la poste et des communications électroniques (ARPCE). Les licences 5G ont été attribuées aux trois opérateurs du pays — Mobilis, Djezzy et Ooredoo — en décembre 2025.

Le calendrier réglementaire prévoit une extension progressive de la couverture sur une période de six ans. La première phase concerne les grandes agglomérations telles qu’Alger, Oran, Constantine, Sétif, Skikda, Ouargla, Tlemcen et Blida, avant une généralisation progressive à l’ensemble du territoire. Dans ce contexte, l’annonce de la disponibilité de la 5G dans toutes les wilayas place Ooredoo en position d’avant-garde dans la compétition nationale entre opérateurs. Elle reflète également l’importance stratégique du marché algérien dans la transformation numérique de la région.

Pour le groupe qatari, l’Algérie constitue désormais un pilier majeur de sa croissance internationale, dans un secteur où la course aux infrastructures numériques se joue autant sur le plan technologique que sur le plan géopolitique.