L’Agence italienne pour la coopération au développement (AICS) a signé le 15 décembre, un accord de subvention avec la Société holding égyptienne des silos et du stockage (EHCSS). La convention permettra à l’entreprise publique de bénéficier d’une enveloppe de 12 millions d’euros, intégralement financée par l’Union européenne. Dans les détails, une partie du financement servira à la construction de 5 silos verticaux d’une capacité de 10 000 tonnes chacun, dans les gouvernorats clés de production de blé que sont Dakahlia, Damiette, Beheira et Sharqia. L’objectif est de renforcer les capacités de stockage et réduire les pertes post-récolte.

Le reste de la subvention est destiné à la modernisation du système numérique du ministère de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur. Concrètement, les interventions qui seront effectuées aideront à l’amélioration de la fiabilité des données et de renforcer l’efficacité des dispositifs de suivi en temps réel des réserves stratégiques pour faciliter la planification stratégique et la prise de décision de l’État au niveau de l’approvisionnement national.

Un appui stratégique dans un contexte de forte dépendance 

Ce soutien survient à un moment clé pour l’Égypte, confrontée à une dépendance croissante vis-à-vis des marchés internationaux du blé. Selon les dernières estimations du Département américain de l’agriculture (USDA), les importations de blé du pays devraient atteindre 13 millions de tonnes sur la campagne 2025/2026, soit 65% de sa consommation. Ce niveau record qui confirme son statut de premier importateur mondial implique toutefois une montée en puissance de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et de distribution.

Avec un système de subvention du pain qui bénéficie aujourd’hui à près de 69 millions de personnes, la question du stockage devient stratégique, non seulement pour garantir la continuité de ce dispositif social, mais aussi pour réduire la vulnérabilité du pays face aux chocs sur les marchés internationaux. Déjà en septembre 2024, les autorités égyptiennes ont annoncé une enveloppe d’environ 610 millions d’euros (34 milliards de livres égyptiennes) destinée à la construction de nouveaux silos à l’horizon 2030.

Ce programme devrait permettre d’augmenter les capacités nationales de stockage de grains de 2,6 millions de tonnes à terme. Dans cette dynamique, le gouvernement a également approuvé, le 6 novembre dernier, la création de Feerum Egypt. Cette entité résulte d’un partenariat entre le groupe polonais Feerum, spécialisé dans les solutions de stockage et de séchage des céréales, et la société égyptienne Samcrete. Le projet prévoit la construction d’une usine dédiée à la conception, la fabrication et à l’installation de silos de stockage de grains.

L’unité industrielle sera implantée dans la zone industrielle de Port-Saïd Est, au sein de la Zone économique du canal de Suez (SC Zone), pour un investissement total de 29 millions d’euros, soit environ 1,6 milliard de livres égyptiennes.

Formation et renforcement des capacités

À la faveur de ce nouveau partenariat, l’Union européenne renforce davantage son engagement en faveur de la filière céréalière en Égypte. En effet, cette convention s’inscrit dans le cadre du programme UE-KAFI, une initiative déployée dans le pays depuis 2024 en partenariat avec l’Italie, visant à soutenir le développement des cultures céréalières dans le pays des pharaons. Dans le cadre de cette coopération, plusieurs avancées concrètes ont déjà été enregistrées. Fin novembre, des experts du Conseil italien pour la recherche agricole et l’économie (CREA), en collaboration avec le Centre de recherche agricole égyptien (ARC), ont organisé la première session de formation des formateurs (Training of Trainers – ToT) dédiée aux bonnes pratiques agricoles.

Cette formation a porté notamment sur l’agronomie du blé, les stratégies de fertilisation, la gestion de l’eau, ainsi que la lutte intégrée contre les adventices et les ravageurs. La session a réuni 47 agents de vulgarisation agricole, constituant le premier groupe d’un total de 200 formateurs appelés à accompagner près de 9 000 agriculteurs dans plusieurs gouvernorats clés de production, dont Dakahlia, Monufia, Beheira, Gharbia et Sharqia.

En amont, un mémorandum d’entente avait été signé en juillet dernier avec le Centre de recherche agricole (ARC) afin de soutenir la modernisation des infrastructures du secteur du blé. Cet accord prévoit l’appui de l’Agence italienne pour la coopération au développement (AICS) au laboratoire de contrôle de la qualité du blé, aux centres de sélection variétale de Sakha, ainsi qu’à plusieurs unités de traitement des semences.